OTAN : la logique économique qui pousse Donald Trump à promouvoir l’Allemagne à sa tête

Cropped Favicon Economi Matin.jpg
By Jehanne Duplaa Last modified on 20 novembre 2025 13h16
OTAN : la logique économique qui pousse Donald Trump à promouvoir l’Allemagne à sa tête
OTAN : la logique économique qui pousse Donald Trump à promouvoir l’Allemagne à sa tête - © Economie Matin
2 %Après l’invasion russe de l’Ukraine, l’Allemagne a presque doublé ses dépenses militaires pour atteindre 2 % du PIB

Le 19 novembre 2025, à Berlin, l’envoyé américain auprès de l’OTAN, Matthew Whitaker, a indiqué que Donald Trump souhaitait voir l’Allemagne assumer, à terme, la fonction de commandant suprême allié Europe. Cette volonté, exprimée lors de la Berlin Security Conference, met en lumière les enjeux économiques croissants qui pèsent sur l’Alliance.

Un signal politique qui repose d'abord sur les chiffres de la défense allemande

Si Donald Trump désigne l’Allemagne, c’est d’abord parce que Berlin a transformé sa trajectoire budgétaire depuis 2022. Après l’invasion russe de l’Ukraine, l’Allemagne a presque doublé ses dépenses militaires pour atteindre 2 % du PIB, selon American Legion. Cet effort représente une rupture historique pour un pays longtemps accusé de sous-investir dans sa défense.

Surtout, Berlin a créé un fonds spécial de réarmement de 112,7 milliards de dollars, soit environ 104 milliards d’euros. Ce programme massif permet de renouveler des capacités, moderniser les équipements et renforcer l’intégration de la Bundeswehr dans les structures alliées.

Dans ce contexte de montée en puissance, la volonté de Donald Trump apparaît comme une conséquence directe du rééquilibrage économique entre alliés. L’administration américaine estime que celui qui investit davantage doit, en retour, assumer une responsabilité accrue. C’est ce que reflète la déclaration de Matthew Whitaker, qui dit « attendre le jour où l’Allemagne viendra voir les États-Unis et dira qu’elle est prête à prendre la fonction de commandant suprême allié », rapporte The Independent.

Cette phrase, volontairement structurée comme une invitation, reflète une approche économique assumée : transférer une partie des responsabilités militaires à un pays qui consacre désormais des moyens colossaux à sa défense.

Le calcul économique de Trump : alléger le fardeau américain

Pour Donald Trump, l’objectif dépasse le débat stratégique. Il s’agit de réduire le coût que représente l’engagement américain en Europe. Les États-Unis consacrent plus de 3 % de leur PIB à leur budget militaire, un niveau très supérieur à celui de la plupart des alliés. Donald Trump répète depuis des années que la contribution américaine est disproportionnée au sein de l’OTAN.

En poussant l’Allemagne vers le commandement suprême allié Europe, il poursuit deux objectifs économiques :
diminuer la charge financière américaine,
inciter les Européens à investir davantage pour compenser.

C’est un message politique, mais aussi un message budgétaire. L’idée de transférer le SACEUR à un Européen ne relève pas d’une provocation : elle sert une logique de rééquilibrage économique.

Matthew Whitaker l’a d’ailleurs formulée dans des termes prudents, estimant que « peut-être dans quinze ans, peut-être plus tôt », l’Europe serait prête à ouvrir cette discussion. En mentionnant un horizon aussi lointain, la Maison-Blanche reconnaît la complexité du processus tout en posant un cadre temporel : c’est un objectif à long terme, destiné à préparer un allégement progressif de la facture américaine.

Le calcul de Trump est clair : si l’Allemagne devient un acteur financier majeur dans la défense européenne, elle doit aussi devenir un acteur politique majeur dans la gouvernance militaire. En d’autres termes, le leadership doit suivre les investissements.

Une Allemagne en quête d’influence pour rentabiliser ses investissements massifs

La montée en puissance budgétaire allemande répond également à des objectifs internes. Sous la direction du chancelier Friedrich Merz, Berlin affiche sa volonté de faire de la Bundeswehr « l’armée conventionnelle la plus forte d’Europe ». La création du fonds de réarmement et l’augmentation persistante du budget de la défense ont pour but de combler des lacunes accumulées depuis plus de deux décennies.

Pour Berlin, assumer la fonction de SACEUR constituerait un moyen de convertir ses investissements en influence réelle. Diriger le commandement suprême permettrait :
— de peser sur les choix capacitaires,
— de renforcer ses industries de défense,
— de consolider son rôle d’acteur central dans l’Europe de la sécurité.

Cependant, cette perspective soulève également des réserves. Le général allemand Wolfgang Wien, membre du comité militaire de l’OTAN, a déclaré être « un peu étonné » de l’idée que l’Allemagne puisse prendre la fonction de SACEUR, rappelant qu’elle est « très, très importante ».

Cette prudence montre que même au sein de la Bundeswehr, la possibilité de diriger les opérations alliées est perçue comme un défi considérable. Le commandement suprême n’est pas seulement un poste prestigieux : il engage la nation qui l’occupe dans une responsabilité opérationnelle permanente.

Pour l’Allemagne, obtenir ce rôle impliquerait d’assumer un risque financier, diplomatique et militaire supplémentaire. Cela reviendrait à placer Berlin au cœur des arbitrages de crise, des planifications d’opérations, et de la stratégie globale de l’OTAN.

No comment on «OTAN : la logique économique qui pousse Donald Trump à promouvoir l’Allemagne à sa tête»

Leave a comment

* Required fields