Open AI : derrière le licenciement de trois chercheurs, des centaines de milliards de dollars sont en jeu

Le licenciement de trois membres des équipes de sécurité d’Open AI intervient à un moment stratégique pour l’entreprise américaine. Le créateur de ChatGPT connaît une croissance exceptionnelle de ses revenus et lève des montants records auprès des investisseurs. Mais il accumule parallèlement des engagements considérables pour financer les centres de données et la puissance de calcul nécessaires à ses modèles. Dans ce contexte, la maîtrise des informations confidentielles devient aussi un enjeu économique.

Jean Baptiste Le Roux
By Jean-Baptiste Le Roux Published on 6 octobre 2026 9h56
Le licenciement de trois chercheurs en sécurité intervient alors qu’Open AI connaît une croissance spectaculaire. Revenus, valorisation, contrats avec Oracle, CoreWeave, Cerebras ou Synopsys : les enjeux financiers deviennent considérables.
Le licenciement de trois chercheurs en sécurité intervient alors qu’Open AI connaît une croissance spectaculaire. Revenus, valorisation, contrats avec Oracle, CoreWeave, Cerebras ou Synopsys : les enjeux financiers deviennent considérables. - © Economie Matin

Une entreprise qui approche désormais 70 milliards de dollars de revenus annualisés

La décision d’Open AI de se séparer de trois collaborateurs accusés d’avoir enfreint ses règles concernant les informations sensibles pourrait sembler limitée à une affaire de gouvernance interne. Son importance prend pourtant une autre dimension lorsqu’elle est replacée dans la trajectoire financière de l’entreprise. Selon Reuters, le rythme de revenus annualisé d’Open AI approchait 70 milliards de dollars fin septembre 2026. Ce chiffre ne correspond pas à un chiffre d’affaires effectivement réalisé sur douze mois. Il extrapole le niveau récent des ventes. Il illustre néanmoins l’accélération spectaculaire de l’activité. Les ventes aux entreprises auraient plus que doublé depuis juillet et le rythme de revenus aurait progressé de plus de 70% depuis le début du troisième trimestre. Les recettes provenant des consommateurs au troisième trimestre auraient même dépassé celles enregistrées sur l’ensemble de l’année précédente. La situation a donc profondément changé en quelques années : ChatGPT n’est plus seulement un produit technologique grand public. Open AI devient progressivement une plateforme vendue aux entreprises, aux développeurs et aux grands groupes internationaux. Cette croissance reste cependant extrêmement coûteuse. Le Financial Times rapporte qu’en 2025 Open AI avait généré environ 13 milliards de dollars de chiffre d’affaires, tout en dépensant près de 34 milliards de dollars. Hors éléments comptables exceptionnels, sa perte opérationnelle aurait atteint environ 8 milliards de dollars.

Cette consommation de capitaux explique l’ampleur des levées de fonds. En mars 2026, Open AI a annoncé avoir obtenu 122 milliards de dollars d'engagements financiers, pour une valorisation post-investissement de 852 milliards de dollars. SoftBank a joué un rôle central dans cette opération. Le groupe japonais a confirmé le 1er octobre avoir achevé son investissement de 30 milliards de dollars. Selon Reuters, ses investissements cumulés dans Open AI atteindraient désormais 64,6 milliards de dollars pour environ 13% du capital. L’entreprise pourrait déjà préparer l’étape suivante. Des informations publiées fin septembre indiquent qu’Open AI cherche au moins 30 milliards de dollars supplémentaires, sur la base d’une valorisation susceptible d’approcher 1.400 milliards de dollars. Cette valorisation potentielle placerait le groupe dans une catégorie jusque-là réservée aux plus grandes sociétés cotées mondiales. Mais elle impose aussi des perspectives de croissance considérables. Selon des projections rapportées en septembre par Bloomberg à partir du Financial Times, Open AI pourrait enregistrer jusqu’à 278 milliards de dollars de flux de trésorerie disponible négatifs entre 2026 et 2030. L’enjeu économique est donc clair : les revenus progressent très rapidement, mais la puissance de calcul nécessaire au développement et au fonctionnement des modèles absorbe parallèlement des sommes gigantesques.

Oracle, CoreWeave, Cerebras : Open AI sécurise sa puissance de calcul à prix d’or

La principale bataille financière d’Open AI concerne désormais l’accès aux infrastructures. L’entreprise multiplie les fournisseurs afin de ne plus dépendre d’un seul partenaire. Oracle occupe une place centrale dans cette stratégie. Reuters a rapporté l’existence d’un accord pouvant représenter environ 300 milliards de dollars sur cinq ans pour fournir de la puissance informatique à Open AI. En parallèle, le projet Stargate doit créer une infrastructure dédiée à l’intelligence artificielle à une échelle rarement observée dans l'industrie technologique. Open AI avait annoncé avec Oracle le développement de 4,5 gigawatts supplémentaires de capacité aux États-Unis. Avec les différents sites Stargate, l'entreprise indiquait dès septembre 2025 disposer de près de 7 gigawatts de capacité planifiée associés à plus de 400 milliards de dollars d’investissements envisagés sur trois ans. CoreWeave constitue un autre fournisseur important. Après plusieurs extensions successives, les contrats conclus entre les deux entreprises représentaient déjà 22,4 milliards de dollars en septembre 2025. L’accord comprenait notamment un contrat initial de 11,9 milliards, une extension de 4 milliards puis un nouvel engagement allant jusqu’à 6,5 milliards de dollars. Cette diversification illustre la stratégie d’Open AI : garantir suffisamment de capacités pour entraîner ses futurs modèles et servir simultanément des centaines de millions d’utilisateurs. Elle crée également une dépendance financière croissante entre le laboratoire d’IA, les fabricants de puces, les opérateurs de centres de données et les grands groupes du cloud.

Open AI cherche également des alternatives technologiques aux infrastructures traditionnelles reposant massivement sur Nvidia. Selon des informations de The Information reprises par Reuters en avril, le groupe aurait accepté de dépenser plus de 20 milliards de dollars sur trois ans auprès de Cerebras, avec un montant susceptible d’atteindre 30 milliards. L’accord pourrait aussi permettre à Open AI d'obtenir une participation minoritaire dans le fabricant de processeurs. Reuters précisait toutefois ne pas avoir pu vérifier indépendamment l'ensemble de ces conditions. Dans le même temps, l’entreprise développe des contrats destinés à générer directement de nouvelles recettes. Le 30 septembre, Synopsys a ainsi annoncé un partenariat avec Open AI pour créer GPT-Synopsys, un modèle spécialisé dans la conception de semi-conducteurs. Open AI percevra une partie des revenus générés par son utilisation tandis qu’il versera à Synopsys des frais liés à l’apprentissage de ses logiciels de conception. Le modèle économique évolue donc : Open AI ne cherche plus seulement à vendre des abonnements ChatGPT ou de l’accès à ses API. L’entreprise veut installer ses modèles au cœur des processus industriels à forte valeur ajoutée. Dans ce contexte, l’affaire des trois chercheurs prend une dimension financière supplémentaire. Lorsqu’une société dépend d’investisseurs capables d’engager des dizaines de milliards de dollars, de contrats industriels à très long terme et d’entreprises qui lui confient leurs données, la protection des informations sensibles devient un actif économique. Une faiblesse de gouvernance peut fragiliser la confiance des clients, des partenaires, des financeurs et des régulateurs. Les licenciements révélés début octobre montrent ainsi que, pour Open AI, la sécurité n’est plus seulement un sujet technique : elle participe désormais directement à la valeur de l’entreprise et à sa capacité à financer sa croissance.

Jean Baptiste Le Roux

Jean-Baptiste Le Roux est journaliste. Il travaille également pour Radio Notre Dame, en charge du site web. Il a travaillé pour Jalons, Causeur et Valeurs Actuelles avec Basile de Koch avant de rejoindre Economie Matin, à sa création, en mai 2012. Il est diplômé de l'Institut européen de journalisme (IEJ) et membre de l'Association des Journalistes de Défense. Il publie de temps en temps dans la presse économique spécialisée.

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