L’étude 2024 de l’Insee sur les patrimoines des ménages dévoile une cartographie précise de la richesse française. Des 6 200 euros détenus par le premier décile aux 857 700 euros nécessaires pour intégrer les 10 % les plus riches, les données révèlent une fracture nette entre les étages de la distribution. En observant chaque décile, on voit apparaître une société dont la structure patrimoniale repose sur des écarts massifs, tant en niveau qu’en composition des patrimoines.
Patrimoine : voici le détail de ce que possèdent les ménages

L’Insee publie début 2024 une série complète de données sur la répartition du patrimoine brut des ménages français. Cette photographie, enrichie par un tableau détaillé de la distribution par décile, éclaire les mécanismes d’accumulation, les écarts entre ménages et la structure même de la richesse. Le patrimoine apparaît ainsi comme l’indicateur le plus stable et le plus révélateur des inégalités. Chaque décile possède ses seuils, ses caractéristiques et ses contraintes. Ensemble, ils dessinent une société profondément hiérarchisée.
Des premiers déciles très faiblement dotés, prisonniers de patrimoines fragiles
Décile 1 : moins de 6 200 euros de patrimoine brut
Selon la page détaillée de l’Insee, le premier décile se situe en dessous de 6 200 euros de patrimoine brut. À ce niveau, les ménages ne possèdent ni immobilier, ni actifs financiers significatifs. Leur patrimoine se limite souvent à des biens durables ou de faibles montants d’épargne. Il constitue un amortisseur minimal, insuffisant pour absorber un choc économique. Cette absence d’actifs les expose directement aux aléas du marché du travail et du coût de la vie.
Déciles 2 et 3 : moins de 40 000 euros
Les données montrent que 30 % des ménages disposent d’un patrimoine brut inférieur à 40 000 euros. Dans ces deux déciles, les actifs restent modestes : petits livrets d’épargne, véhicules, biens mobiliers variés. L’absence d’immobilier est la règle. Ces ménages n’ont pas encore accumulé d’épargne structurante, ce qui rend difficile l’accès ultérieur à la propriété. Dans cette zone basse de la distribution, le patrimoine ne constitue pas un levier d’investissement, mais une simple réserve de court terme.
Le cœur de la distribution : un patrimoine centré sur la résidence principale
Décile 4 à Décile 5 : le passage vers la classe patrimoniale médiane
La médiane du patrimoine brut atteint 205 100 euros début 2024.
Ces déciles regroupent donc les ménages dont le patrimoine se situe entre 40 000 et environ 205 000 euros.
Il s’agit du segment où commence véritablement l’accumulation patrimoniale structurée :
- apparition fréquente de la résidence principale, parfois acquise récemment ;
- patrimoine immobilier partiellement financé par un crédit ;
- patrimoine financier modeste mais existant.
Ces ménages entrent dans la phase d’investissement structurée grâce à l’accès à la propriété, mais restent vulnérables aux fluctuations de taux et de prix immobiliers.
Déciles 6 et 7 : entre 205 000 et environ 350 000 euros
Ces ménages ont consolidé leur patrimoine autour de l’immobilier. Leur résidence principale est souvent largement remboursée. Ils disposent d’une épargne financière plus fournie que les déciles inférieurs. Le tableau détaillé de l’étude montre que dans ces groupes :
- l’immobilier représente la majorité du patrimoine,
- les actifs financiers commencent à se diversifier,
- les patrimoines professionnels existent mais restent marginaux.
C’est la partie de la population la plus sensible à la valorisation immobilière : une hausse des prix leur profite directement, une baisse les fragilise.
Décile 8 : autour de 500 000 euros de patrimoine brut
L’Insee montre, via les masses patrimoniales, que la concentration commence réellement à s’accentuer ici. Les ménages de ce décile possèdent :
- un immobilier solide, parfois complété par un second bien,
- une épargne financière plus conséquente,
- parfois un patrimoine professionnel.
Ils ne sont pas parmi les “riches”, mais leur position patrimoniale est déjà très supérieure à la médiane.
Les plus riches : diversification, accumulation accélérée et concentration extrême
Décile 9 : entre environ 500 000 et 857 700 euros
Le neuvième décile est celui des ménages bien dotés, juste en dessous des 10 % les plus riches. Leur patrimoine repose sur :
- un immobilier diversifié, souvent plusieurs biens ;
- un patrimoine financier significatif ;
- dans de nombreux cas, un patrimoine professionnel ;
- une faible exposition à la dette.
Leur situation est plus proche de celle des 10 % les plus riches que de la médiane. Ils captent déjà une part considérable de la masse patrimoniale.
Décile 10 : au-delà de 857 700 euros de patrimoine brut
C’est le cœur de l’inégalité française.
Pour appartenir au dernier décile, il faut dépasser 857 700 euros de patrimoine brut.
Selon les données de l’Insee, ces ménages :
- détiennent près de 48 % du patrimoine total du pays,
- possèdent une forte diversification d’actifs : immobilier secondaire, placements financiers, patrimoine professionnel, biens résiduels de haute valeur,
- disposent de revenus patrimoniaux élevés,
- accumulent plus vite que toutes les autres classes sociales.
Leur patrimoine n’est pas stagnant : il produit des rendements qui accentuent mécaniquement l’écart avec le reste de la population.
