Crédits carbone : ils ne serviraient quasiment à rien !

Une étude internationale vient de relancer le débat sur la compensation carbone. Malgré des milliards investis pour neutraliser les émissions de gaz à effet de serre, la recherche démontre que la majorité des projets ne réduisent pas réellement la pollution. Ce constat remet en cause un pilier central des politiques d’énergie et de lutte climatique.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 7 octobre 2025 7h50
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co2, carbone, émissions, monde, aie, 2023, record, pollution - © Economie Matin
16%Moins de 16 % des crédits carbone analysés correspondent à de véritables réductions d’émissions

Le 6 octobre 2025, une analyse relayée par The Guardian a révélé que les crédits de compensation carbone souffrent de « problèmes systémiques inextricables ». Ces conclusions, issues d’un travail dirigé par Stephen Lezak à l’Université d’Oxford, confirment une tendance inquiétante : loin d’être la solution miracle vantée depuis deux décennies, le marché du carbone semble avoir perdu toute efficacité mesurable.

Une promesse verte en panne : la compensation par crédits carbone déraille

La compensation carbone devait permettre d’équilibrer les émissions en finançant des projets de reforestation, d’énergie propre ou de préservation des forêts tropicales. Or, selon The Guardian, les chercheurs identifient des « problèmes inextricables » qui minent la fiabilité du système depuis ses origines. « Nous devons cesser d’espérer que la compensation carbone fonctionne à grande échelle », a déclaré Stephen Lezak, principal auteur de l’étude d’Oxford.

D’après une revue scientifique publiée dans Nature Communications en 2024, moins de 16 % des crédits carbone analysés correspondent à de véritables réductions d’émissions. Cela signifie que plus de 80 % des transactions prétendument neutres reposent sur des promesses fictives ou mal vérifiées. Ces chiffres confirment une dérive structurelle : la compensation, censée réduire la pollution, entretient paradoxalement une dépendance accrue aux activités fortement émettrices.

Les chercheurs estiment également que de nombreux programmes surestiment leur impact climatique d’un facteur 5 à 10. Cette surestimation, rapportée par Annual Reviews, découle de calculs biaisés et d’un manque de contrôle indépendant. Les entreprises affichent ainsi des bilans carbone « neutres » sans que les émissions réelles aient diminué.

Des projets censés réduire l’impact carbone qui ont l’effet inverse

Au-delà du manque d’efficacité, certaines initiatives se révèlent nocives pour le climat. Une étude publiée par Oregon State University le 6 octobre 2025 montre qu’environ 10 % des projets forestiers financés par la compensation peuvent produire un effet net de réchauffement, en raison des modifications de l’albédo terrestre — c’est-à-dire la manière dont la surface reflète l’énergie solaire. En remplaçant certaines zones claires par des forêts sombres, ces programmes absorbent plus de chaleur qu’ils n’en compensent. L’efficacité énergétique promise par ces projets devient alors un mirage : au lieu de réduire la pollution, certains contribuent à l’aggraver.

Les données de Nature Communications (2024) confirment que 87 % des crédits achetés par les grandes entreprises présentent un risque élevé de ne pas correspondre à de vraies réductions d’émissions. Ce déséquilibre mine la crédibilité des engagements « zéro émission nette », un concept devenu central dans la communication énergétique mondiale.

Vers une refonte des politiques climatiques et énergétiques

Cette découverte majeure appelle une révision profonde des politiques publiques. Selon Morgan Bazilian, expert cité par The Guardian, « l’intrinsèque des déséquilibres est ce qui rend le système irrémédiable ». Autrement dit, les défaillances ne relèvent pas d’erreurs isolées mais d’une logique structurelle : le carbone est traité comme un produit financier, alors qu’il s’agit d’un phénomène physique cumulatif. Cette confusion entre économie et climat a retardé la mise en œuvre de vraies réductions d’émissions.

Les conséquences de cette inefficacité affectent directement la stratégie énergétique mondiale. Si la compensation ne fonctionne pas, la neutralité carbone exigera une baisse réelle des émissions à la source, par la sobriété énergétique, la décarbonation industrielle et la substitution des énergies fossiles. Dans cette perspective, les gouvernements devront réorienter les milliards actuellement alloués à l’achat de crédits vers des politiques d’efficacité énergétique locale, mesurable et durable.

De plus, la permanence des puits de carbone naturels est elle-même menacée. Une étude de 2023 publiée sur ArXiv projette une hausse de 55 % du risque d’incendie dans les zones de compensation forestière d’ici 2080, ce qui rend incertaine la conservation du carbone stocké. Ce risque remet en cause le principe même de la « durabilité » des crédits forestiers, souvent vendus pour des durées de trente à cent ans. Si ces forêts brûlent, les émissions compensées sont instantanément relâchées dans l’atmosphère, annulant toute efficacité climatique.

Face à ces limites, plusieurs chercheurs appellent à la disparition progressive du modèle actuel. Stephen Lezak, dans son étude relayée par The Guardian, propose de « mettre fin à la dépendance politique et financière envers les crédits carbone, pour concentrer les efforts sur la réduction directe des émissions ».

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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