Lever des fonds n’a jamais été un exercice simple. Pourtant, entre 2017 et 2024, la règle du jeu a profondément changé : la personnalité des fondateurs, leur manière de s’exposer et de raconter leur histoire sont devenues des critères centraux pour les investisseurs.
Le personal branding des fondateurs, un facteur-clé de financement dans le Venture Capital

C’est ce que révèle une étude de terrain exclusive menée sur sept ans, fondée sur près de quarante entretiens qualitatifs réalisés en France, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Israël auprès de fondateurs de start-up, de fonds de capital-risque et d’acteurs institutionnels de l’assurance.
Une décennie de mutation
Longtemps considérée comme un secteur conservateur, l’assurance a été bousculée par les start-ups de l’Insurtech, qui ont introduit de nouveaux modèles B2C et B2B2C. Entre 2017 et 2022, les financements ont littéralement explosé, atteignant des centaines de millions d’euros, portés par un engouement généralisé pour la technologie. Dans cet écosystème en pleine effervescence, les fondateurs capables de maîtriser les codes de la communication — qu’il s’agisse des réseaux sociaux, des médias ou des conférences — bénéficiaient d’un avantage décisif.
Peu à peu, un constat s’est imposé : le fondateur devient le premier “produit” de son entreprise. Sa manière de raconter son histoire, de présenter sa vision et d’incarner son projet conditionne directement la confiance que les investisseurs lui accordent.
Des cultures différentes, une même tendance
Les différences culturelles entre écosystèmes sont marquées, mais elles convergent sur un point essentiel : un récit incarné renforce la crédibilité du projet.
Aux États-Unis et en Israël, l’exposition publique du fondateur est attendue et valorisée, perçue comme un signe de leadership et de confiance en soi. En France, la communication demeure plus institutionnelle et prudente, mais une absence totale de visibilité peut fragiliser la perception d’un projet. Au Royaume-Uni, la réputation professionnelle et la crédibilité au sein des réseaux spécialisés jouent un rôle prépondérant.
Partout, pourtant, le même mécanisme opère : un dirigeant capable d’incarner son projet et de le faire vivre à travers un récit authentique augmente significativement ses chances de convaincre.
Le tournant
Depuis 2022, le paysage s’est durci. Les difficultés emblématiques de Luko (France) et By Miles (Royaume-Uni) rappellent qu’un personal branding mal maîtrisé peut se retourner contre la société. Dans un contexte de baisse drastique des financements, les investisseurs exigent désormais plus de sobriété, de maturité et de preuves opérationnelles.
Les profils expérimentés, capables d’assumer publiquement des échecs et de démontrer leur résilience, sont privilégiés. L’époque du “growth à tout prix” soutenu par une communication flamboyante est révolue.
Trois évolutions clés
L’actualisation de l’étude en 2024 met en lumière trois évolutions majeures dans la manière dont les fondateurs se présentent aux investisseurs.
D’abord, les supports de communication se diversifient. Si LinkedIn reste la plateforme de référence, TikTok s’impose progressivement comme un nouveau canal, y compris pour traiter des sujets complexes comme l’assurance. Ensuite, une nouvelle génération de fondateurs émerge : plus âgée, plus expérimentée, souvent marquée par la gestion de crises et la connaissance intime de son secteur. Enfin, la perception de l’échec évolue profondément : une faillite assumée, intégrée dans le récit du fondateur comme une étape d’apprentissage, est désormais mieux acceptée — voire valorisée.
Au-delà de l’Insurtech
Ce qui a été observé dans l’assurance s’applique aussi plus largement à l’écosystème start-up. Dans un environnement marqué par l’incertitude économique et les tensions géopolitiques, les capitaux se raréfient, et les investisseurs arbitrent entre un grand nombre de projets. Le « branding » devient alors un filtre, une manière d’évaluer la solidité humaine du projet.
Mais il ne s’agit pas d’une simple stratégie de communication. C’est avant tout un test : celui de la capacité du dirigeant à porter une vision, à dialoguer avec ses parties prenantes — investisseurs, régulateurs, partenaires — et à rassurer ses équipes.
L’évolution est donc nette. Le personal branding des fondateurs est passé du statut d’accélérateur de financement à celui de véritable critère de sélection. S’il ne garantit pas le succès, il peut faire la différence entre deux projets comparables. Mais une limite demeure : une image forte ne remplace pas un modèle économique solide. Elle n’est efficace que si elle s’ancre dans la réalité de l’entreprise et dans sa capacité à durer !
