Pesticides : près de 26 millions d’euros touchés par les victimes en 2025

Le record de demandes adressées au Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides cache une évolution plus lourde pour ses finances : les dossiers augmentent encore, mais les dépenses progressent bien plus vite. En 2025, pour la première fois, la taxe destinée à financer certaines prestations n’a plus suffi à les couvrir. Le FIVP a commencé à consommer le matelas accumulé depuis sa création.

Anton Kunin
By Anton Kunin Last modified on 7 septembre 2026 8h14
Pesticides : près de 26 millions d'euros touchés par les victimes en 2025
Pesticides : près de 26 millions d’euros touchés par les victimes en 2025 - © Economie Matin
35,5%Les indemnisations des victimes de pesticides ont atteint 25.923.077 euros en 2025, soit 35,5% de plus qu’en 202.

Pesticides et prestations : la facture du FIVP change d’échelle

Le 3 septembre 2026, le Fonds d’indemnisation des victimes de pesticides a publié son rapport d’activité pour 2025. Il y recense 1.044 demandes, soit 6,8% de plus qu’en 2024. Parmi elles, 1.024 concernent des victimes d’une exposition professionnelle et 20 des enfants exposés pendant la période prénatale. Mais le record de saisines ne dit qu’une partie de l’histoire. La véritable rupture est financière. Le FIVP ne chiffre pas le coût économique global des pesticides pour la société : il retrace les indemnisations relevant de son périmètre. Or, ce seul poste atteint désormais une dimension qui n’a plus rien à voir avec les premières années du dispositif.

Les indemnisations versées ont atteint 25.923.077 euros en 2025, soit 35,5% de plus qu’en 2024. Un an auparavant, elles représentaient 19.127.102 euros. En 2021, elles n’étaient encore que de 2.341.463 euros. En quatre ans, le montant annuel a donc été multiplié par un peu plus de onze. Ce décalage est central. Les demandes ont progressé de 6,8% sur un an, alors que les dépenses d’indemnisation ont bondi de 35,5%. Une demande déposée une année donnée ne produit pas uniquement une dépense ponctuelle. Lorsqu’une maladie professionnelle est reconnue et laisse des séquelles, la réparation peut prendre la forme d’une rente. Les nouvelles victimes indemnisées viennent ainsi s’ajouter à celles dont les droits ont été ouverts auparavant.

La transformation est déjà visible dans la composition des prestations. Les rentes, tous régimes confondus, ont représenté 8.102.049 euros en 2025, en hausse de 60,4% en un an. À l’inverse, les indemnités journalières ont atteint 2.596.470 euros. Le poids des dépenses récurrentes augmente donc beaucoup plus rapidement que celui des prestations temporaires.

Cette mécanique explique pourquoi le coût annuel peut accélérer même si le nombre d’indemnisations nouvelles n’explose pas. Les auteurs du rapport expliquent eux-mêmes que la rente correspond à une indemnisation récurrente de situations médicales pérennes et consolidées. Autrement dit, le FIVP entre progressivement dans une phase où son historique de décisions pèse autant que son flux de nouvelles demandes.

Taxe phytopharmaceutique : des recettes qui reculent

La comparaison des montants exige une précaution. Les 25,9 millions d’euros d’indemnisations ne sont pas financés uniquement par la taxe sur les produits phytopharmaceutiques. Le Fonds dispose également de contributions provenant des branches accidents du travail-maladies professionnelles. Celles-ci ont apporté 4.707.214,39 euros en 2025, tandis que la taxe a rapporté 13.610.129,11 euros. Au total, les recettes annuelles hors reprise sur provisions ont atteint 18.317.343,50 euros.

Pour mesurer la tension sur la taxe, il faut donc comparer celle-ci aux seules prestations qu’elle est chargée de financer. Celles-ci ont représenté 17.267.917,63 euros en 2025, en progression de 34,5%. Face à elles, la taxe n’a rapporté que 13.610.129,11 euros, en baisse de 14,8%. L’écart atteint ainsi environ 3,66 millions d’euros.

C’est ce basculement qu’Anne-Laure Torresin, directrice du Fonds, résume dans le rapport : « Pour la première fois depuis la création du Fonds, le montant des prestations versées excède celui de la taxe perçue ». Jusqu’alors, la montée en charge du dispositif avait été absorbée par une taxe qui dégageait suffisamment de ressources pour constituer une réserve. Or, la recette fiscale recule depuis son sommet récent. Elle avait atteint 18.156.489,73 euros en 2023, puis 15.969.922,83 euros en 2024, avant de tomber à 13.610.129,11 euros en 2025. Cela représente une diminution d’environ 25% entre 2023 et 2025.

Le taux du prélèvement, lui, n’a pas évolué depuis 2020. Il demeure fixé à 0,9% du chiffre d’affaires hors TVA des ventes de produits phytopharmaceutiques réalisées l’année précédente. Le texte précise que le plafond légal peut atteindre 3,5%. Aucune hausse n’est pour autant annoncée dans le rapport : ces données décrivent simplement la marge prévue par le cadre juridique actuel.

Le Fonds n’est pas à court de ressources. Le stock cumulé de taxe non consommée s’établissait encore à environ 42,9 millions d’euros fin 2025. Il approchait 45 millions d’euros au début de l’exercice. La réserve a donc diminué d’un peu plus de 2 millions d’euros sur l’année, calcul à partir des données du rapport. La rupture est moins celle d’une insolvabilité immédiate que celle d’un changement de régime : le coussin financier ne grossit plus, il commence à être utilisé.

Pesticides, maladies professionnelles et rentes : un coût devenu récurrent

Cette accélération financière s’explique aussi par le profil des personnes qui saisissent le Fonds. Les retraités représentent désormais 58,9% des demandeurs, alors qu’ils ne constituaient qu’environ un tiers des victimes aux débuts du dispositif. La reconnaissance plus récente du cancer de la prostate parmi les maladies professionnelles liées aux pesticides a joué un rôle important dans ce basculement.

Le cancer de la prostate concentre à lui seul 443 demandes, soit 43,3% des dossiers professionnels enregistrés en 2025. Cette pathologie domine également les travaux de consolidation médicale : 340 des 648 rapports de consolidation étudiés en 2025 concernaient un cancer de la prostate. Une consolidation peut déboucher sur la fixation d’un taux d’incapacité et, selon son niveau, sur le versement d’un capital ou d’une rente.

Parallèlement, la reconnaissance des maladies professionnelles est élevée parmi les dossiers instruits. Le FIVP a rendu 975 décisions sur les demandes professionnelles en 2025, dont 795 accords et 180 refus. Le taux d’avis favorables atteint ainsi 81,5%. Ce taux ne doit pas être appliqué mécaniquement aux 1.044 nouvelles demandes reçues la même année, puisque les décisions et les nouvelles saisines ne correspondent pas nécessairement aux mêmes dossiers.

Le contenu des demandes joue également sur les délais et les dépenses futures. 84,9% des demandes professionnelles concernent une pathologie figurant dans un tableau de maladie professionnelle. Pour les dossiers plus complexes, le comité de reconnaissance des maladies professionnelles a étudié 337 demandes en 2025, soit 45,9% de plus qu’en 2024. L’instruction mobilise donc davantage d’expertise au moment même où le nombre de rentes à servir augmente.

Cette architecture rappelle aussi que la facture du FIVP ne correspond pas à une dépense budgétaire classique payée intégralement par l’impôt général. Une partie est supportée par les cotisations des branches AT-MP, financées par les entreprises et exploitants concernés, et une autre par la taxe affectée aux ventes de produits phytopharmaceutiques. La réparation des conséquences reconnues de l’exposition aux pesticides est ainsi répartie entre plusieurs mécanismes de financement socialisé.

Exposition prénatale et lien de causalité : une charge encore limitée

Les enfants exposés pendant la période prénatale représentent pour l’instant un volume réduit de dossiers, mais leur indemnisation possède une logique financière particulière. Le FIVP a enregistré 20 nouvelles demandes concernant des enfants en 2025. Sur 11 décisions rendues dans l’année, 8 ont été favorables et 3 défavorables, soit un taux d’accord de 72,7%.

Les prestations versées à ce titre ont représenté 1.149.377 euros en 2025, contre 1.288.112 euros en 2024, soit une baisse de 10,8%. Ce recul ne signifie pas que le risque financier disparaît. Il résulte surtout d’un moindre montant d’indemnités versées en capital. Celles-ci ont atteint 1.128.580 euros en 2025, tandis que les rentes ont représenté 20.797 euros.

La rente versée à un enfant dont l’état n’est pas encore stabilisé peut ensuite être remplacée par un capital après consolidation. Le Fonds souligne donc que les indemnités en capital correspondant aux victimes actuellement indemnisées sous forme de rente constituent des dépenses prévisibles pour les années suivantes. Le lien de causalité entre l’exposition prénatale et la pathologie reste examiné au cas par cas par la commission spécialisée, mais chaque reconnaissance peut créer une charge qui se déplace dans le temps plutôt qu’une dépense limitée à l’année de la décision.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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