Le pétrole perd 4% après l’accord de paix en Iran

Les cours du pétrole s’effondrent de plus de 4% après l’annonce d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran. Le détroit d’Ormuz, voie de passage de 20% du pétrole mondial, va rouvrir vendredi lors de la signature officielle en Suisse.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 15 juin 2026 6h30
L’ONU sonne la fin du pétrole : les renouvelables deviennent plus rentables
Le pétrole perd 4% après l’accord de paix en Iran - © Economie Matin
120 DOLLARSLes prix du brut avaient bondi de 70 dollars le baril en février à plus de 120 dollars au pic du conflit

Le pétrole s'effondre de 4% après l'accord de paix États-Unis-Iran

Les cours du pétrole ont chuté de plus de 4% dimanche soir, suite à l'annonce par Donald Trump d'un accord de paix avec l'Iran qui met fin au conflit opposant les deux nations depuis février. Le baril de Brent a plongé à 83,31 dollars, son plus bas niveau depuis le 10 mars, tandis que le WTI américain perdait 5,6% à 80,13 dollars. Les marchés saluent la perspective de rouvrir le détroit d'Ormuz, verrou stratégique du commerce pétrolier mondial.

"L'accord avec la République islamique d'Iran est maintenant finalisé", a déclaré Trump sur Truth Social, annonçant simultanément la levée du blocus naval américain et la réouverture sans péage du détroit d'Ormuz. "Navires du monde entier, démarrez vos moteurs. Laissez le pétrole couler !", a-t-il ajouté, provoquant une onde de choc immédiate sur les marchés énergétiques.

Le détroit d'Ormuz, artère vitale enfin libérée

Fermé depuis les frappes américano-israéliennes du 28 février contre l'Iran, le détroit d'Ormuz transporte en temps normal un cinquième de la consommation mondiale de pétrole. Passage obligé des exportations saoudiennes, irakiennes, koweïtiennes, émiraties et qataries, cette voie maritime étroite entre l'Iran et Oman constitue l'artère vitale de l'économie énergétique planétaire.

Sa fermeture avait déclenché "la plus importante perturbation de l'approvisionnement pétrolier de l'histoire", selon les analystes. Les prix du brut avaient bondi de 70 dollars le baril en février à plus de 120 dollars au pic du conflit, alimentant une inflation mondiale et freinant la croissance économique.

Wall Street et les Bourses asiatiques s'envolent

La réaction des marchés financiers a été immédiate. Les contrats à terme sur les indices américains ont bondi dans la nuit de dimanche, avec le Dow Jones gagnant 342 points (+0,7%), le S&P 500 progressant de 0,9% et le Nasdaq 100 bondissant de 1,4%. L'euphorie s'est propagée aux Bourses asiatiques dès l'ouverture lundi matin.

Les marchés sud-coréens ont particulièrement brillé avec le Kospi en hausse de 5,1%, tandis que le Nikkei japonais grimpait de 3,6%. L'Australie affichait un gain de 1,3% pour le S&P/ASX 200. Les investisseurs saluent unanimement la fin d'une crise géopolitique majeure qui menaçait l'équilibre économique mondial.

Médiation pakistanaise et signature prévue en Suisse

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, médiateur crucial du processus, a confirmé dimanche que les USA et l'Iran avaient "déclaré une cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban". La cérémonie officielle de signature de cet accord de paix historique se déroulera vendredi 19 juin en Suisse.

Le ministre adjoint iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a confirmé lors d'un appel téléphonique sur la télévision d'État qu'un accord avec Washington avait été finalisé. Trump a précisé que le détroit s'ouvrirait vendredi, jour de la signature officielle, après déminage des eaux.

Défis logistiques et prudence des experts

Malgré l'euphorie des marchés, les experts tempèrent l'optimisme à court terme. Andrew Lipow, de Lipow Oil Associates, estime que le déminage des eaux pourrait prendre "de quelques semaines à six mois". Il souligne également l'existence d'un important arriéré de pétroliers en attente et la nécessité de redémarrer la production pétrolière du Moyen-Orient, largement interrompue pendant le conflit.

Bob McNally, président de Rapidan Energy, met en garde contre un possible rebond des cours : "Je crains que les prix du pétrole ne grimpent en flèche plus tard cet été, avec le brut se dirigeant vers 100-150 dollars le baril et l'essence atteignant 5 dollars le gallon aux États-Unis." La reconstruction des infrastructures endommagées, la reconstitution des réserves d'urgence épuisées et le rétablissement des chaînes d'approvisionnement mondiales constituent autant de défis majeurs.

L'Inde, grand bénéficiaire de la réouverture

Parmi les pays les plus soulagés figure l'Inde, l'un des plus gros importateurs mondiaux de pétrole brut. Avant le conflit, le pays importait plus de 88% de ses besoins en pétrole, dont la moitié provenait des producteurs du Golfe via le détroit d'Ormuz. La réouverture devrait considérablement réduire les coûts de fret et les primes d'assurance maritime, tout en atténuant les pressions inflationnistes.

Volatilité attendue avant la normalisation

Vandana Hari, de Vanda Insights, tempère cependant l'enthousiasme en soulignant que "le manque de détails sur ce qui a été convenu risque d'injecter de l'inquiétude et de l'incertitude sur le marché". Elle anticipe "une semaine d'incertitude et de volatilité pour le marché du pétrole".

Lars Barstad, PDG de la compagnie de pétroliers Frontline, se montre plus optimiste : "Je suis très confiant qu'à la minute où la tendance s'inversera et que les États-Unis et l'Iran auront trouvé un accord pour ne plus attaquer le transport maritime, ces transits reprendront assez rapidement."

L'accord historique entre Washington et Téhéran marque potentiellement la fin d'une crise énergétique majeure qui aura duré près de quatre mois. Si les marchés célèbrent déjà la perspective, comme nous l'avons vu récemment avec l'impact des tensions géopolitiques sur Wall Street, la véritable normalisation des flux pétroliers nécessitera encore plusieurs semaines pour retrouver pleinement les niveaux d'avant-guerre.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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