L’or plonge sous les 4000 dollars : la fin d’une ère dorée de trois ans

L’or vient de repasser sous le seuil symbolique des 4000 dollars l’once pour la première fois depuis novembre 2025, mettant fin à une période faste de trois ans durant laquelle son prix avait plus que doublé. Cette chute de 28% depuis le sommet de janvier s’explique par la perspective de nouvelles hausses de taux américains et le renforcement du dollar, qui rendent les obligations d’État plus attractives que le métal jaune ne versant aucun rendement.

Cropped Favicon Economi Matin.jpg
By Jehanne Duplaa Published on 25 juin 2026 9h40
L'or plonge sous les 4000 dollars : la fin d'une ère dorée de trois ans
L'or plonge sous les 4000 dollars : la fin d'une ère dorée de trois ans - © Economie Matin
13 %Les pertes du mois de juin s'élèvent déjà à 13 %

Le métal jaune franchit un seuil symbolique après sept mois de résistance

Le 24 juin 2026, l'or est repassé sous la barre des 4000 dollars l'once, un niveau qu'il n'avait plus franchi depuis novembre dernier. L'once a chuté jusqu'à 3999,90 dollars, enregistrant un recul de 2,9 % sur la séance. La correction met fin à une période faste de trois années durant lesquelles le cours du métal précieux avait plus que doublé, porté par des achats massifs des banques centrales, des fonds d'investissement et des épargnants particuliers.

La dynamique s'est brutalement inversée depuis la fin janvier, après que l'or ait inscrit un sommet historique proche de 5600 dollars l'once. Depuis ce pic, le métal a perdu plus de 28 % de sa valeur, franchissant le seuil généralement considéré par les analystes comme l'entrée dans une phase baissière durable. D'après Livemint, les pertes du mois de juin s'élèvent déjà à 13 %, plaçant ce repli sur la trajectoire de la plus forte baisse mensuelle en plus d'une décennie si la tendance persiste.

Les investisseurs délaissent progressivement le refuge traditionnel qu'incarnait l'or au profit d'autres placements jugés plus rémunérateurs dans l'environnement actuel. Le contexte géopolitique et monétaire, particulièrement tendu, accélère le mouvement.

La Réserve fédérale adopte un ton restrictif sous Kevin Warsh

Le principal facteur expliquant la débâcle réside dans l'évolution de la politique monétaire américaine. Kevin Warsh, le nouveau président de la Réserve fédérale, a surpris les marchés lors de sa première réunion de politique monétaire la semaine dernière en adoptant un ton résolument restrictif. Le message privilégie clairement la lutte contre l'inflation, laissant entrevoir de nouvelles hausses de taux d'intérêt à venir.

« Le marché anticipe désormais une hausse des taux dès septembre en raison d'une Fed belliciste, d'un dollar en forte hausse atteignant des sommets sur 13 mois, combinés à des anticipations d'inflation plus faibles, ce qui exerce une pression considérable sur les métaux précieux », explique Tai Wong, trader indépendant spécialisé dans les métaux, cité par RTÉ. Il ajoute : « Pour l'or, il existe un support juste en dessous de 3900 dollars et les achats des banques centrales se poursuivent, donc un effondrement est peu probable, mais attendez-vous à une période potentiellement longue de consolidation car le commerce de l'or est désormais tombé en disgrâce. »

La perspective de taux durablement élevés transforme radicalement l'équation pour les investisseurs. Lorsque les taux augmentent, les placements générant un rendement régulier, comme les obligations d'État américaines, deviennent mécaniquement plus attractifs. À l'inverse, l'or, qui ne verse ni intérêt ni dividende, perd de son attrait relatif. Les acteurs du marché réduisent donc leurs positions sur le métal précieux pour se repositionner vers les actifs rémunérateurs. L'économie américaine connaît d'ailleurs une dynamique particulière en 2026, avec des investissements massifs dans certains secteurs stratégiques.

Un billet vert renforcé qui pèse sur la demande internationale

Parallèlement à la hausse anticipée des taux, le dollar américain connaît un regain de vigueur significatif. L'indice dollar a atteint son plus haut niveau depuis plus d'un an, soutenu par l'afflux de capitaux étrangers attirés par les rendements américains. L'appréciation du billet vert pénalise doublement l'or : d'une part, elle rend le métal précieux, libellé en dollars, plus coûteux pour les détenteurs d'autres devises, réduisant ainsi la demande internationale ; d'autre part, elle renforce la concurrence entre deux valeurs refuges traditionnelles.

Christopher Wong, stratégiste chez Oversea-Chinese Banking Corporation, observe sur Bloomberg que « le prix de l'or se recouple de plus en plus avec les rendements réels ». Autrement dit, les investisseurs privilégient désormais clairement les placements qui rapportent plutôt que la simple conservation de valeur qu'offre le métal jaune.

Un phénomène de ventes forcées a également amplifié la configuration monétaire. Bien que l'or soit traditionnellement considéré comme une valeur refuge, il sert souvent de source de liquidité lors de fortes vagues de ventes sur plusieurs marchés simultanément. La chute de Wall Street mardi, provoquée par les inquiétudes concernant la surchauffe du rallye boursier alimenté par l'intelligence artificielle, a ainsi contribué à accentuer la pression vendeuse sur le métal précieux. Les enjeux technologiques et financiers liés à l'IA sont d'ailleurs au cœur des préoccupations économiques actuelles.

Goldman Sachs et Deutsche Bank revoient leurs prévisions à la baisse

Face au retournement brutal, plusieurs institutions financières majeures ont procédé à des ajustements significatifs de leurs prévisions. Goldman Sachs Group a réduit de 500 dollars son estimation et table désormais sur un cours de 4900 dollars l'once à la fin de l'année. Deutsche Bank a pour sa part abaissé sa prévision pour le quatrième trimestre de 17 %. ING a également revu ses projections, anticipant désormais un cours moyen de 4300 dollars au troisième trimestre 2026 et de 4600 dollars au quatrième, contre des estimations précédentes de 4850 et 5000 dollars respectivement.

Les révisions témoignent d'un changement profond dans l'appréciation du contexte macroéconomique par les analystes. Selon le courtier domestique Kotak Securities, « les métaux précieux sont restés sous pression en raison d'un dollar américain plus fort, de rendements réels en hausse et de flux de liquidation généralisés, les investisseurs réduisant leur exposition au lingot pour compenser les pertes résultant d'une forte correction boursière menée par le secteur technologique. Le sentiment du marché s'est également affaibli suite à la position de plus en plus belliciste de la Réserve fédérale sous la présidence de Kevin Warsh, les décideurs signalant une plus grande volonté de maintenir des paramètres politiques restrictifs si l'inflation reste élevée. »

Les banques centrales continuent d'acheter malgré la correction

Malgré le tableau sombre, un élément de soutien demeure solide : la demande des banques centrales. Les institutions monétaires ont accéléré leurs achats d'or au cours du premier trimestre 2026, atteignant leur rythme le plus rapide depuis plus d'un an. La tendance constitue un facteur stabilisateur important pour le marché.

Plus révélateur encore, une enquête du World Gold Council (WGC) auprès de 74 banques centrales indique que 45 % d'entre elles prévoient d'augmenter leurs réserves d'or au cours des 12 prochains mois. La proportion, en hausse de deux points, atteint son plus haut niveau depuis la première édition de ce sondage en 2018. L'appétence persistante des institutions monétaires pour le métal jaune s'explique par des considérations stratégiques de long terme : diversification des réserves, protection contre les risques géopolitiques et recherche d'actifs non corrélés aux monnaies fiduciaires.

La demande institutionnelle robuste explique pourquoi, selon Tai Wong, « un effondrement est peu probable ». Les banques centrales jouent en quelque sorte le rôle d'acheteurs de dernier ressort, établissant un plancher sous le marché même lorsque les investisseurs privés se retirent massivement.

L'argent métal perd 38 % depuis février

La correction ne se limite pas à l'or. L'argent métal a également subi une chute spectaculaire, perdant 6 % mercredi pour tomber à 58 dollars l'once, un niveau qui n'avait plus été observé depuis décembre 2025. Depuis le début de la guerre fin février, l'argent a décliné de 38 %, contre 24 % pour l'or, reflétant une tendance baissière encore plus prononcée.

Sur le marché indien MCX, l'or a chuté de 5601 roupies pour 10 grammes, atteignant un creux intrajournalier de 140 928 roupies, avant de récupérer partiellement. L'argent a plongé de 8834 roupies par kilogramme jusqu'à 217 000 roupies. Depuis son record historique de 457 328 roupies par kilogramme, l'argent a perdu près de 240 000 roupies, soit environ 52 % de sa valeur.

Le platine et le palladium n'ont pas été épargnés, perdant respectivement 4,3 % et 4,9 %. La correction généralisée des métaux précieux illustre un mouvement de fond : le repositionnement massif des portefeuilles d'investissement dans un environnement de taux d'intérêt structurellement plus élevés.

Une période de consolidation prolongée en perspective

Les investisseurs scrutent désormais avec attention les prochains indicateurs économiques américains, notamment les données sur les dépenses de consommation personnelle (PCE), l'indicateur d'inflation privilégié par la Réserve fédérale, attendues jeudi. Les chiffres fourniront des signaux supplémentaires sur la trajectoire de la politique monétaire.

Lukman Otunuga, analyste senior chez FXTM, prévient que « des signaux plus bellicistes de la part des responsables de la Fed ou des données économiques qui soutiennent l'argument en faveur de taux plus élevés pourraient se traduire par un risque de baisse supplémentaire pour l'or ».

Selon NewsBytes, plusieurs facteurs pèsent simultanément sur le métal : les inquiétudes inflationnistes alimentées par le conflit entre les États-Unis et l'Iran, la hausse des coûts énergétiques, et le refroidissement de la demande, notamment les ventes continues des fonds négociés en bourse (ETF) et la faiblesse des importations chinoises.

Néanmoins, l'accord de paix intérimaire signé la semaine dernière entre les États-Unis et l'Iran, bien qu'ayant contribué à faire baisser les prix du pétrole, n'a pas suffi à inverser la tendance baissière de l'or. Le ton restrictif de Kevin Warsh a largement contrebalancé l'effet positif potentiel.

Pour les mois à venir, les analystes anticipent une période de consolidation prolongée. Le marché devra digérer la nouvelle donne monétaire américaine, tout en surveillant l'évolution de l'inflation et les décisions effectives de la Fed. La demande des banques centrales continuera probablement à fournir un soutien structurel, empêchant un effondrement total, mais sans suffire à relancer une tendance haussière dans l'immédiat.

Les investisseurs particuliers et institutionnels devront ainsi recalibrer leurs stratégies d'allocation d'actifs, en tenant compte de la nouvelle réalité : dans un monde de taux d'intérêt durablement élevés, l'or pourrait perdre temporairement son statut de placement incontournable, au profit d'actifs générant des rendements réguliers. La question demeure de savoir si la phase marque une simple correction technique ou un changement structurel plus profond dans le rôle du métal jaune au sein des portefeuilles d'investissement mondiaux.

No comment on «L’or plonge sous les 4000 dollars : la fin d’une ère dorée de trois ans»

Leave a comment

* Required fields