Des millions de Français viennent d'apprendre que leurs données fiscales les plus intimes — revenus, patrimoine, successions — ont été volées par des pirates. Pendant ce temps, l'État continue de réclamer toujours plus d'impôts et de transparence aux contribuables. L'ironie serait savoureuse si elle n'était pas aussi dramatique.
348
C'est le nombre de taxes et prélèvements en France, contre 60 seulement en Allemagne — un maquis fiscal dont l'État ne parvient même plus à sécuriser les données.
L'État nous demande tout, et ne protège rien
Force est de constater qu'il y a quelque chose de profondément indécent dans ce qui vient de se passer à la Direction générale des finances publiques. Des pirates ont réussi à s'introduire dans les systèmes informatiques du fisc en utilisant les identifiants d'un agent de la DGFiP combinés à ceux d'un tiers. Résultat : des centaines de milliers, peut-être des millions de contribuables voient leurs données les plus sensibles — revenus déclarés, biens immobiliers, héritages reçus — désormais dans la nature.
David Amiel, ministre des Comptes publics, a présenté ses "excuses". Des excuses. Comme si un simple mot d'excuse suffisait à réparer la confiance brisée entre l'État et les citoyens qu'il est censé protéger. Je pense que nous méritons mieux que des excuses de façade : nous méritons des comptes, de la transparence, et surtout des actes.
Car voilà la réalité brutale : l'État français collecte 348 taxes différentes, prélève près de 48 % du PIB en recettes fiscales et sociales, dispose d'une administration pléthorique de plusieurs millions d'agents — et il est incapable de sécuriser les données qu'il nous a contraints de lui confier sous peine de sanctions pénales. En Suisse ou aux Pays-Bas, pareille défaillance provoquerait une crise gouvernementale majeure. Ici, on se contente d'un communiqué et d'un courrier promis aux victimes.
Quand l'incompétence publique coûte à tous
Ce piratage n'est pas qu'un scandale technique. C'est le révélateur d'un État obèse, surchargé, qui accumule les missions et les données sans jamais s'interroger sur sa propre efficacité. On nous impose des normes de cybersécurité draconniennes aux entreprises privées — et à juste titre — mais qui contrôle l'État lui-même ? Qui audite réellement la sécurité des systèmes de la DGFiP ?
Les conséquences concrètes pour les victimes sont pourtant très réelles. Données cadastrales exposées : c'est une invitation au cambriolage ciblé. Données de succession divulguées : c'est la porte ouverte aux arnaques contre les héritiers. Ces informations valent de l'or pour les réseaux criminels. Et pendant que les contribuables subiront pendant des années les conséquences de cette négligence, personne ne sera véritablement sanctionné.
Je note par ailleurs que ce piratage survient dans un contexte économique déjà anxiogène : les taux d'intérêt à long terme atteignent des niveaux historiques sur les marchés obligataires mondiaux, la dette française continue de gonfler, et un Français sur deux a désormais peur de consulter son compte en banque à la rentrée. La confiance, ciment de tout pacte fiscal républicain, s'effrite un peu plus chaque jour.
Moins d'État, mais un meilleur État
La vraie question que personne ne veut poser dans les couloirs de Bercy est la suivante : à quoi bon un État aussi tentaculaire s'il se révèle incapable d'assurer ses fonctions régaliennes les plus élémentaires, à commencer par la protection des données qu'il collecte de force ?
Réduire le nombre de taxes, simplifier radicalement l'administration fiscale, investir massivement dans la cybersécurité des systèmes publics plutôt que dans de nouvelles dépenses clientélistes : voilà ce que réclame l'urgence du moment. L'Allemagne gère sa fiscalité avec 60 taxes. La France en empile 348, sans même pouvoir les sécuriser.
Le contribuable français paye trop, et reçoit trop peu. Ce piratage en est la démonstration la plus humiliante qui soit.

