Plastiques en supermarchés : l’étude de Que Choisir épingle les enseignes peu vertueuses

Une vaste étude menée par Que Choisir Ensemble et No Plastic in My Sea dans 1 659 supermarchés révèle l’omniprésence persistante des plastiques malgré les engagements des enseignes. Les bouteilles d’eau dominent avec 40% des emballages plastiques à usage unique.

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By Nicolas Egon Last modified on 6 mai 2026 9h52
Plastiques en supermarchés : l'étude de Que Choisir épingle les enseignes peu vertueuses
Plastiques en supermarchés : l’étude de Que Choisir épingle les enseignes peu vertueuses - © Economie Matin
40%Les bouteilles en plastique représentent 40% des plastiques présents dans les supermarchés

Plastiques : les supermarchés français pointés du doigt par une vaste enquête citoyenne

Malgré les engagements affichés et les contraintes légales, les plastiques envahissent toujours les rayons des supermarchés français. Cette réalité tenace émerge d'une investigation d'envergure orchestrée par les bénévoles du réseau Que Choisir Ensemble et l'association No Plastic in My Sea, qui ont scruté minutieusement 1 659 magasins à travers l'Hexagone entre février et mars 2026.

L'enquête révèle un fossé béant entre les promesses environnementales des distributeurs et les pratiques observées sur le terrain. Cette analyse rigoureuse du comportement des principales enseignes françaises intervient alors que la réglementation se durcit progressivement, notamment avec la loi Antigaspillage pour une économie circulaire (Agec) de 2020, dont les objectifs peinent manifestement à se concrétiser.

Une investigation de terrain révélatrice des contradictions commerciales

Durant deux semaines, du 7 au 21 février 2026, les équipes bénévoles ont disséqué méthodiquement les pratiques de onze enseignes majeures : E.Leclerc, Carrefour, Intermarché, Coopérative U, Auchan, Lidl, Aldi, Monoprix, ainsi que les spécialistes du bio Biocoop, La Vie Claire et Naturalia. Cette démarche de terrain s'est enrichie d'un questionnaire adressé aux directions de ces groupes, qui ont généralement répondu, bien qu'avec une transparence variable.

L'ampleur de cette mobilisation citoyenne témoigne de l'implication grandissante des consommateurs dans la surveillance des pratiques environnementales de la grande distribution. Cette étude constitue l'une des plus vastes jamais entreprises par des associations de consommateurs sur cette problématique cruciale.

L'hégémonie persistante des bouteilles plastiques

Les résultats dépeignent la domination écrasante des bouteilles d'eau et de boissons en plastique, qui accaparent près de 40 % de l'ensemble des plastiques à usage unique commercialisés en grande surface. Paradoxalement, alors que la législation envisage une diminution de 50 % de ces contenants d'ici 2030, les ventes d'eaux embouteillées ont progressé de 3,3 % en 2025, selon les données de l'institut Circana.

Cette croissance contrarie frontalement les objectifs de la loi Agec, qui impose une réduction de 20 % des emballages plastiques à usage unique dès la fin 2025, par rapport aux niveaux de 2018. Lucile Buisson, chargée de mission environnement chez Que Choisir, déplore auprès de l'AFP : « Nous n'avons même pas amorcé la trajectoire escomptée ».

Les distributeurs alimentent eux-mêmes ce marché florissant via leurs marques propres, certains proposant jusqu'à 186 références distinctes. Les mini-formats de moins de 50 centilitres se retrouvent dans 81 % des magasins audités, exacerbant la problématique du suremballage dans un contexte où l'inflation pousse les consommateurs vers des formats plus économiques.

Fruits et légumes : la persistance de l'emballage systématique

Le secteur des fruits et légumes cristallise parfaitement les contradictions du système actuel. L'étude s'est focalisée sur cinq produits emblématiques : pommes de terre, oranges, pommes, carottes et tomates. Dans les magasins traditionnels, 60 % de ces produits non biologiques sont commercialisés emballés, principalement sous plastique.

Ironiquement, cette proportion grimpe à 91 % pour les produits biologiques, dont la moitié demeure sous emballage plastique. Cette situation paradoxale découle notamment des contraintes réglementaires visant à prévenir les contaminations croisées entre produits bio et conventionnels. En revanche, 90 % des fruits et légumes sont proposés en vrac dans les enseignes spécialisées bio, illustrant qu'une alternative reste possible.

Les associations dénoncent également l'essor de la tendance émergente des légumes et fruits frais prédécoupés, qui multiplient les emballages plastiques au nom de la praticité commerciale, alimentant ainsi une spirale inflationniste qui pèse sur les ménages.

Le vrac en déroute malgré les exigences réglementaires

Autre révélation préoccupante : le net recul de l'offre en vrac observé dans de nombreux établissements. Cette régression survient paradoxalement au moment où un décret publié fin 2025, après cinq années d'atermoiements, contraint les commerces de détail de plus de 400 mètres carrés à consacrer au moins 20 % de leur surface de vente au vrac d'ici 2030.

Les pratiques de suremballage perdurent, aggravées par l'émergence de nouvelles tendances comme les masques cosmétiques à usage unique en sachet, importées de Corée du Sud. Le réemploi des emballages demeure "embryonnaire" selon l'étude, en dépit des incitations réglementaires.

Des stratégies d'adaptation contrastées selon les enseignes

Confrontés à ces constats accablants, les distributeurs développent des réponses hétérogènes. Bertrand Swiderski, directeur RSE du groupe Carrefour, met en avant les 350 magasins équipés de machines de récupération des bouteilles plastiques, rétribuant les clients à hauteur de 1 à 2 centimes par unité, ainsi que les 450 points de vente proposant un système de consigne pour les contenants en verre.

Seule l'enseigne Biocoop a franchi le Rubicon en cessant totalement la commercialisation d'eaux en bouteilles plastiques. Cette différenciation souligne les disparités d'approche entre les circuits de distribution conventionnels et spécialisés.

Philippe Joguet, directeur développement durable à la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), privilégie une perspective temporelle : « L'essentiel réside non dans l'instantané mais dans la tendance baissière du plastique et les efforts déployés par le secteur pour honorer les échéances de 2030 et au-delà ».

Enjeux économiques et perspectives d'évolution

Cette problématique des plastiques en grande distribution s'inscrit dans un contexte économique complexe. Muriel Papin, déléguée générale de No Plastic In My Sea, souligne que l'actualité géopolitique, notamment la guerre en Iran, influence les coûts des matières plastiques, incitant à « repenser de manière holistique notre rapport au plastique ».

Les recommandations formulées par l'étude s'adressent tant aux distributeurs qu'aux pouvoirs publics. Elles préconisent l'abandon des emballages plastiques superflus, la priorisation des actions de réduction sur les eaux et boissons, le développement du réemploi des contenants, la promotion de l'eau du robinet par les autorités, ainsi que la sanctuarisation des objectifs de la loi Agec.

Cette enquête citoyenne révèle l'ampleur du défi que représente la transition écologique dans le secteur de la grande distribution. Entre contraintes économiques, habitudes de consommation ancrées et obligations réglementaires, les enseignes naviguent dans un environnement complexe où l'innovation et l'engagement authentique détermineront leur capacité à répondre aux attentes sociétales croissantes en matière de préservation environnementale.

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