Le marché français des pompes à chaleur air-eau s’est effondré de 50% en un an. Pour relancer ce secteur stratégique, le gouvernement lance un leasing social permettant aux ménages modestes d’échelonner le coût sur trois ans, avec l’objectif d’équiper 25 000 foyers d’ici 2028 et de diviser leur facture énergétique par deux.
Pompe à chaleur : le leasing social veut relancer un marché en chute libre

Le secteur français des pompes à chaleur traverse une crise sans précédent. En 2024-2025, le marché européen a reculé de 23%, tandis que la France enregistrait une chute vertigineuse de 50% sur le segment air-eau. Face à cet effondrement, le gouvernement dévoile ce mardi 7 juillet 2026 un plan d'électrification ambitieux, centré sur un dispositif de leasing social. L'objectif affiché : équiper 25 000 ménages modestes d'ici 2028 et diviser leur facture de chauffage par deux, tout en insufflant une dynamique nouvelle à un secteur en détresse.
Pompe à chaleur : un marché en détresse que le gouvernement veut relancer
La chute du marché européen des pompes à chaleur : -23% en 2024-2025
L'Europe entière subit une contraction brutale du marché des pompes à chaleur. Selon les données du secteur, les ventes ont diminué de 23% entre 2024 et 2025, pénalisées par la baisse de la construction neuve et le ralentissement des projets de rénovation énergétique. Les ménages européens, confrontés à une inflation persistante et à des taux d'intérêt élevés, ont différé leurs investissements dans les équipements de chauffage électrique. Cette dégradation frappe particulièrement les fabricants, dont les carnets de commandes se sont vidés en quelques trimestres.
La France particulièrement touchée : -50% sur le segment air-eau
L'Hexagone accuse un recul encore plus marqué. Le segment des pompes à chaleur air-eau, qui représente l'essentiel du marché résidentiel, a perdu la moitié de ses volumes en un an. Les installateurs constatent une frilosité inédite des particuliers, malgré les aides existantes comme MaPrimeRénov'. Le coût d'installation, compris entre 10 000 et 15 000 euros, reste un obstacle majeur pour les ménages aux revenus limités. Laurent Roegel, président-directeur-général d'Airwell, fabricant français de pompes à chaleur, reconnaît la gravité de la situation tout en affichant son optimisme : « Ces forces nous placent en bonne position pour tirer parti du rebond à venir du marché et capter de nouvelles opportunités. »
Le leasing social : une stratégie de relance éprouvée
Un modèle inspiré du succès du leasing automobile
Le gouvernement transpose au secteur du chauffage un mécanisme qui a fait ses preuves dans l'automobile. Le leasing social sur pompes à chaleur permet aux ménages modestes d'échelonner le financement et la maintenance sur trois ans, sans apport initial. Au terme du contrat, la facture de chauffage devrait être « divisée par deux », selon les estimations de Bercy. Le dispositif couvre l'installation, l'entretien régulier et les éventuelles réparations, transformant un investissement lourd en mensualités accessibles. Les opérateurs privés seront désignés le 15 septembre 2026 pour un lancement effectif le 1er octobre.
25 000 ménages équipés d'ici 2028 : les objectifs du gouvernement
L'ambition affichée reste modeste mais ciblée. Avec 25 000 installations prévues d'ici 2028, le gouvernement vise d'abord les foyers les plus précaires, ceux pour qui la facture énergétique pèse le plus lourdement. Bercy qualifie cette initiative d'« accélération historique », inscrite dans un plan plus large visant à réduire la part des énergies fossiles dans le mix énergétique français de 60% à 40% en cinq ans. L'interdiction des chaudières à gaz dans les bâtiments neufs, effective dès le 1er janvier 2027, accentue la pression sur le marché pour basculer vers des solutions électriques. La pompe à chaleur devient ainsi l'équipement pivot de cette transition, soutenue par une enveloppe publique conséquente.
Les trois candidats du leasing social : EDF, Octopus Energy et Effy en première ligne
IZI par EDF : la stratégie du géant national
IZI, filiale d'EDF spécialisée dans les travaux de rénovation énergétique, se positionne naturellement sur ce marché. Fort de son réseau d'installateurs certifiés et de sa capacité à proposer des offres couplant fourniture d'électricité et équipements, le géant public dispose d'atouts majeurs. Sa présence nationale et sa notoriété auprès des particuliers lui confèrent une longueur d'avance. IZI mise également sur son expérience dans la gestion de projets complexes, comme les dispositifs de climatisation réversible, pour rassurer les ménages sur la fiabilité technique et financière du leasing.
Octopus Energy et Effy : les challengers en position de force
Octopus Energy, fournisseur britannique implanté en France depuis 2020, apporte une approche disruptive. Spécialiste des offres d'électricité verte et des services énergétiques innovants, l'entreprise compte sur sa réactivité et son modèle digital pour séduire une clientèle jeune et connectée. Effy, acteur historique de la rénovation énergétique en France, capitalise quant à lui sur son expertise en accompagnement des particuliers et sa connaissance fine des aides publiques. Ces deux challengers partagent une stratégie commune : proposer un service clé en main, de l'audit énergétique initial à la maintenance post-installation, pour simplifier le parcours des bénéficiaires.
Perspectives économiques : emploi, création de valeur et compétitivité
Débouchés pour les fabricants nationaux comme Airwell
Le leasing social représente une bouée de sauvetage pour les industriels français. Airwell, qui a perdu 70% de sa valeur boursière en trois ans, espère reconquérir des parts de marché grâce à ce dispositif. Les fabricants nationaux bénéficient d'un avantage compétitif : leur proximité géographique réduit les délais de livraison et facilite le service après-vente. Le diagnostic thermique et la mise en service exigent une coordination logistique fine, domaine où les acteurs locaux excellent. La relance attendue pourrait stabiliser les effectifs et relancer l'innovation produit, notamment sur les pompes à chaleur haute performance adaptées aux climats rigoureux.
Emplois directs et indirects dans l'installation et la maintenance
Au-delà des fabricants, c'est toute la chaîne de valeur qui profite du dispositif. Les installateurs, plombiers-chauffagistes et bureaux d'études thermiques anticipent une hausse de leur activité. Chaque pompe à chaleur installée génère entre trois et cinq journées de travail qualifié, de l'audit préalable à la mise en service. La maintenance régulière, incluse dans le leasing, crée des emplois pérennes dans les territoires. Les centres de formation professionnelle, comme ceux soutenus par les programmes d'EDF, renforcent leurs cursus pour répondre à la demande croissante de techniciens certifiés. Le gouvernement table sur plusieurs milliers d'emplois créés ou consolidés d'ici 2028, dans un secteur réputé non délocalisable.
Le pari du leasing social repose sur une équation simple : transformer un frein financier en opportunité économique. Si les 25 000 installations prévues paraissent modestes face aux 35 millions de logements français, elles constituent un signal fort envoyé aux acteurs privés. La réussite du dispositif dépendra de la capacité des opérateurs à tenir leurs engagements de service et à convaincre les ménages sceptiques. Dans un marché en pleine mutation, où le gaz recule et l'électricité s'impose, la pompe à chaleur devient l'équipement stratégique d'une transition énergétique enfin accessible au plus grand nombre.