Bioéthanol : pourquoi ce carburant moins cher séduit si peu

Le bioéthanol s’affiche à un prix défiant toute concurrence, autour de 0,73 euro le litre. Pourtant, malgré cet écart spectaculaire avec l’essence et le gasoil, ce carburant alternatif peine encore à convaincre massivement les automobilistes français. Comment expliquer ce paradoxe économique alors que le pouvoir d’achat demeure au cœur des préoccupations ?

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By Rédaction Published on 15 février 2026 15h01
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Bioéthanol : pourquoi ce carburant moins cher séduit si peu - © Economie Matin
15%Le bioéthanol entraîne en général une hausse de la consommation de carburant de l’ordre de 15 à 25 %.

Un bioéthanol nettement moins cher, mais un carburant encore marginal

En ce début février 2026, le bioéthanol demeure le carburant le moins cher à la pompe en France. Selon Caradisiac, « Le bioéthanol E85 est un carburant secondaire, mais solidement installé, dans le paysage automobile hexagonal […] ce carburant mêlant de 65 % à 85 % d’éthanol d’origine agricole à du sans plomb bénéficie d’une sous-taxation qui se traduit par un prix au litre imbattable de 0,73 € en moyenne, contre 1,67 € pour le SP95. » L’écart est donc de près d’un euro par litre. Dès lors, sur un plein de 50 litres, l’économie peut dépasser 45 euros. Pourtant, malgré cet avantage financier évident, le bioéthanol reste un carburant de niche dans le parc automobile français.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Toujours selon Caradisiac, « 418 000 automobilistes sont passés au Superéthanol-E85 […] depuis l’apparition de ce carburant en 2006. » Vingt ans après son lancement, le bioéthanol ne concerne donc qu’une fraction limitée des conducteurs. Or, dans le même temps, le réseau de distribution s’est considérablement étoffé. L’article précise que près de 4 000 stations-services proposent aujourd’hui ce carburant, soit environ 40 à 42 % du réseau national. En outre, « Le problème ne se situe pas dans le réseau de distribution, sachant que 93 % des automobilistes habitent à moins de 10 km d’une station distribuant de l’E85 », selon le même article de Caradisiac. Ainsi, ni le prix ni l’accessibilité géographique ne semblent constituer le principal frein à l’essor du bioéthanol.

Bioéthanol : des avantages économiques réels, mais des contraintes techniques

Le premier atout du bioéthanol demeure son prix. À 0,73 euro le litre en moyenne début février 2026, contre environ 1,67 à 1,69 euro pour le SP95-E10, l’avantage budgétaire est substantiel. De plus, cette différence s’explique par une fiscalité réduite, qui favorise ce carburant issu de matières premières agricoles. Par conséquent, pour les automobilistes parcourant de longues distances, l’intérêt économique est tangible. À l’échelle annuelle, l’économie peut atteindre plusieurs centaines, voire plus d’un millier d’euros selon le kilométrage.

Cependant, le bioéthanol présente aussi des contraintes techniques non négligeables. D’une part, tous les véhicules ne sont pas compatibles d’origine avec ce carburant. Selon Caradisiac, un seul modèle est actuellement proposé en France en version compatible d’usine : le Ford Kuga. D’autre part, pour la majorité des automobilistes, le passage au bioéthanol suppose l’installation d’un boîtier homologué ou une conversion spécifique du moteur. Le coût d’installation débute autour de 690 euros, toujours selon Caradisiac. Certes, l’investissement peut être amorti en un ou deux ans pour les gros rouleurs. Néanmoins, il représente un frein psychologique et financier immédiat. En outre, certains conducteurs redoutent une surconsommation, car le bioéthanol entraîne en général une hausse de la consommation de carburant de l’ordre de 15 à 25 % en raison de son pouvoir calorifique inférieur, même si cet élément n’annule pas totalement l’avantage tarifaire.

Une dynamique de filière contrastée et des automobilistes hésitants

Paradoxalement, la filière éthanol affiche une progression globale. Selon Hydrocarbon Processing, la consommation d’éthanol en France a augmenté de 15 % en 2025. Cette hausse reflète une intégration croissante de l’éthanol dans les carburants traditionnels. Toutefois, cette croissance ne signifie pas un engouement massif pour le bioéthanol E85 en tant que carburant spécifique. En effet, les volumes d’E85 distribués stagnent, voire reculent légèrement selon les professionnels cités dans la presse spécialisée récente.

Dès lors, le bioéthanol se heurte à une forme d’inertie du marché. Les automobilistes privilégient souvent la simplicité. Changer de carburant implique de s’informer, de vérifier la compatibilité du véhicule et, le cas échéant, d’investir dans une adaptation technique. De plus, dans un contexte de transition énergétique accélérée, certains conducteurs hésitent à investir dans une conversion thermique alors que les pouvoirs publics encouragent simultanément l’électrification du parc automobile. Ainsi, même si le bioéthanol apparaît comme le carburant le moins cher, il souffre d’un manque de visibilité et d’un déficit d’image face aux motorisations hybrides et électriques. En conséquence, l’arbitrage économique ne suffit pas toujours à déclencher la décision d’achat ou de conversion.

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