Se déplacer pour travailler, étudier, se soigner ou simplement faire ses courses devient une contrainte de plus en plus lourde pour une partie de la population. D’après le nouveau baromètre de Wimoov réalisé par Ipsos bva, 17 millions d’adultes sont désormais en situation de précarité mobilité en France, soit près d’un sur trois. Une progression qui ne tient plus seulement au manque d’alternatives : le coût des déplacements pousse aussi certains ménages à rogner sur l’alimentation, les soins ou leur vie sociale.
Précarité de mobilité : 1 Français sur 3 est désormais touché

Mobilité : un coût qui pèse de plus en plus lourd
La mobilité quotidienne se dégrade fortement en France, au point qu'émerge une « précarité de mobilité ». En 2026, 17 millions de Français majeurs, soit 31% de la population, étaient dans ce cas, contre 15 millions en 2024, peut-on lire dans la dernière édition du « Baromètre des Mobilités du Quotidien » réalisé par Ipsos bva pour l'association Wimoov.
Le premier verrou est financier. Les déplacements du quotidien coûtent en moyenne 225 euros par mois, hors achat du véhicule, estime l'association. Cette moyenne masque cependant de profondes différences de niveau de vie. Pour les personnes vivant sous le seuil de pauvreté, les dépenses de mobilité absorbent environ 25% du budget disponible, contre près de 10% chez les ménages aisés. Autrement dit, une même nécessité de se déplacer ne produit pas le même effort financier selon le revenu.
Cette pression conduit directement à réduire certains trajets. Près d’un Français sur deux, 48%, indique renoncer parfois à des déplacements pour économiser. La proportion grimpe à 62% dans les familles monoparentales et à 63% chez les personnes situées sous le seuil de pauvreté. Dans le même temps, 38% de l’ensemble des personnes interrogées déclarent ne pas sortir de leur domicile chaque jour. C’est le cas de 43% des personnes sous le seuil de pauvreté et de 55% des demandeurs d’emploi.
Le baromètre va plus loin en observant ce que les ménages sacrifient pour continuer à bouger. Quelque 15% des Français disent avoir réduit leurs dépenses alimentaires afin de financer leurs déplacements. Parallèlement, 12% déclarent avoir renoncé à des soins pour continuer à payer leurs trajets quotidiens.
Voiture : les automobilistes enfermés dans une dépendance coûteuse
Dans cette équation, la voiture conserve une place centrale. Elle constitue le mode de transport principal de 72% des Français, soit quatre points de plus qu’en 2024. Dans les territoires ruraux, cette proportion atteint 87%. Ce recours massif ne traduit pourtant pas toujours une préférence. Au total, 47% des personnes interrogées estiment ne pas réellement avoir le choix de leur mode de déplacement quotidien. Chez les automobilistes, le taux monte à 55%.
La dépendance apparaît très concrètement lorsqu’il faut imaginer une panne ou l’indisponibilité du véhicule. Parmi les automobilistes, 63% estiment qu’il leur serait difficile de remplacer leur voiture par un autre moyen de transport, et 58% estiment qu’ils auraient du mal à acquérir un nouveau véhicule. Dans les territoires ruraux, 79% des habitants interrogés déclarent qu’ils ne pourraient pas substituer un autre mode de transport à leur voiture à la suite d’une panne.
Le manque d’offres alternatives nourrit cette contrainte. Toujours d'après ce sondage, 37% des Français disent ne pas disposer de transports en commun à proximité de leur domicile. Le taux atteint 61% dans le périurbain et 79% dans les zones rurales. Or, la sensibilité au prix des carburants demeure forte : 54% des automobilistes utilisant une voiture thermique déclarent qu’une hausse de 30 centimes par litre les obligerait à réduire leurs déplacements. Avec une augmentation d’un euro par litre, cette proportion atteindrait 65%.
Précarité de mobilité : des conséquences concrètes sur l’emploi et la santé
Les conséquences dépassent dès lors largement le seul budget consacré aux transports. Toujours d'après ce Baromètre, au cours des cinq dernières années, 40% des Français interrogés disent avoir renoncé à au moins un déplacement du quotidien. Surtout, 10% ont renoncé à un emploi, une formation ou même à déposer une candidature en raison de difficultés pour s’y rendre. Parmi les demandeurs d’emploi, cette proportion atteint 26%.
La santé est également touchée par ce mécanisme. Alors que 12% des personnes interrogées déclarent avoir renoncé à des soins afin de pouvoir continuer à financer leurs déplacements, 14% disent avoir abandonné un rendez-vous médical en raison de difficultés de transport. Ces deux données décrivent des phénomènes distincts mais liés : dans un cas, le coût de la mobilité entre directement en concurrence avec celui des soins ; dans l’autre, l’absence ou l’insuffisance d’une solution de transport empêche d’accéder au rendez-vous.
Les jeunes apparaissent particulièrement exposés. Chez les 18-24 ans, 74% ont déjà renoncé à un déplacement du quotidien au cours des cinq dernières années, contre 40% dans l’ensemble de la population interrogée. Ils sont également 36% à ne pas détenir le permis de conduire, principalement pour des raisons financières. Par ailleurs, 62% évitent fréquemment de se déplacer afin de limiter leurs dépenses. Dans le même temps, 69% aimeraient pouvoir se déplacer plus souvent et 72% aimeraient pouvoir aller plus loin. Le décalage entre aspirations et possibilités concrètes est donc particulièrement marqué dans cette tranche d’âge.
Wimoov veut faire reculer la précarité et mieux informer les Français
Face à ce constat, Wimoov fixe un objectif chiffré : faire passer sous les 10 millions le nombre de personnes en situation de précarité mobilité d’ici à 2030. L’association veut notamment généraliser le métier de conseiller mobilité dans les territoires. L’idée est d’accompagner les changements de pratiques, d’améliorer l’utilisation des solutions déjà disponibles et surtout de mieux faire connaître les aides. Le déficit d’information est important : seuls 28% des Français connaissent les aides destinées à la mobilité durable.
Wimoov demande aussi de pérenniser et de financer davantage les dispositifs qui ont déjà démontré leur efficacité, en particulier l’accompagnement des demandeurs d’emploi. L’association plaide parallèlement pour une « conception universelle » des politiques de transport afin que les besoins des territoires et des publics les plus fragiles soient intégrés dès leur création. Enfin, elle souhaite faire de la mobilité une compétence à acquérir et à actualiser tout au long de la vie grâce à un continuum éducatif porté de manière interministérielle. Pour Wimoov, l’enjeu n’est donc pas seulement d’ajouter des offres de transport : il consiste aussi à permettre à chacun de connaître les solutions existantes et d’être effectivement en mesure de les utiliser.
