Alimentation trop chère : Familles Rurales attaque la grande distribution

Les marges de la grande distribution reviennent au cœur du débat alimentaire. Le 12 février 2026, Familles Rurales hausse le ton et met la concurrence au défi. L’association affirme que la mécanique des marges pénalise les produits jugés essentiels. Et, surtout, elle veut faire trancher par le gendarme de la concurrence une question devenue explosive pour les prix et la consommation : qui paie, au final, l’addition d’une alimentation plus saine ?

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 13 février 2026 6h03
Quel est le budget alimentation des Français ?
Alimentation trop chère : Familles Rurales attaque la grande distribution - © Economie Matin
800 EUROSL'alimentation pour une famille de 4 personnes coûte 800 euros en moyenne par mois.

Le 12 février 2026, Familles Rurales a annoncé saisir l’Autorité de la concurrence pour demander une enquête sectorielle sur la formation des prix et sur la péréquation des marges dans la grande distribution. Cette initiative s’appuie, selon l’association, sur son « Observatoire des prix 2025 » et sur des données publiques. En toile de fond, la question est simple et politique : l’accès à une alimentation jugée saine reste trop cher, tandis que les marges seraient réparties de façon à favoriser des produits d’appel au détriment d’autres achats du quotidien.

Familles Rurales accuse la grande distribution de « péréquation » au cœur des prix

La cible est clairement identifiée : Familles Rurales conteste la façon dont les marges seraient équilibrées entre catégories de produits. L’association parle de « péréquation des marges », autrement dit une compensation interne entre rayons, qui permettrait d’afficher des prix agressifs sur certains produits d’appel, puis de se « rattraper » ailleurs. Dans une déclaration citée par LePetitJournal, Nadia Ziane, directrice du département consommation de Familles Rurales, décrit ce mécanisme ainsi : « la péréquation des marges (…) consiste, pour les supermarchés, à ne gagner quasiment pas d'argent sur certains produits d'appel sucrés (…) et à se rattraper sur d'autres comme les fruits et légumes ». L’association estime que les produits frais sont plus chers à cause des marges plus élevées.

Pour étayer sa lecture, Familles Rurales met en avant des ordres de grandeur issus de son dossier de presse « Observatoire des prix 2025 » . Selon ce document, le montant payé « à l’entrée » de la chaîne, par les distributeurs aux producteurs, atteindrait 12,5 milliards d’euros sur la période 2021-2023, alors que le montant payé « à la sortie » par les consommateurs monterait à 22,7 milliards d’euros. L’association souligne aussi des résultats par rayons : en 2021, le rayon fruits et légumes dégagerait 247 millions d’euros de résultat net, tandis que le rayon viennoiserie-pâtisserie afficherait -65 millions d’euros. Autrement dit, selon Familles Rurales, ces écarts de marges alimenteraient un modèle où les prix bas de certains produits d’appel pèseraient indirectement sur le coût d’une alimentation plus équilibrée.

Marges de la grande distribution e : pourquoi saisir l’Autorité de la Concurrence ?

Familles Rurales explique agir à la suite de la publication de la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC), et reproche au texte de manquer de mesures contraignantes sur la formation des prix et la structure des marges, selon son communiqué. Dans ce même communiqué, l’association alerte : « La SNANC vient d’être publiée. (...) Mais sans action structurelle sur les prix, l’accès à cette dernière restera un privilège pour trop de consommateurs. », affirme Familles Rurales. En saisissant l’Autorité de la concurrence, l’association cherche donc un levier institutionnel, afin d’obtenir une lecture plus précise, et potentiellement plus encadrée, de la construction des marges en grande distribution.

Familles Rurales avance qu’alimenter une famille de quatre conformément aux recommandations du PNNS coûterait environ 800 euros par mois en panier non bio, et 1 314 euros par mois en panier bio. Et, en « renonçant à la diversité des produits et en isolant les moins chers », le coût tomberait à 539 euros par mois. Le débat sur les marges prend alors une dimension de consommation contrainte : si le « panier sain » est inaccessible, l’alimentation recommandée se heurte à la réalité des budgets. Challenges met en avant un autre chiffre : 11 millions de personnes en situation de précarité alimentaire. Dans ce contexte, la bataille des marges sur les produits alimentaires devient, pour Familles Rurales, une bataille des prix et un enjeu de concurrence au sens large, c’est-à-dire la capacité du marché à orienter l’offre vers des produits jugés meilleurs pour la santé.

La grande distribution se défend

Dans son dossier de presse « Observatoire des prix 2025 » (février 2026), l’association indique avoir relevé des prix sur quatre périodes en 2025 (février, avril, juin, octobre), dans 135 magasins, grâce à 100 “veilleurs consommation”, sur 42 départements. Entre 2024 et 2025, le prix des paniers conventionnels suivis par Familles Rurales aurait reculé de -0,75 %, alors que l’inflation alimentaire Insee sur la période serait de +1,7 %.

Sur un pas de temps plus long, Familles Rurales compare aussi ses paniers « produits sains » et l’inflation : depuis 2023, ces paniers auraient augmenté de +9,4 %, contre +14,7 % pour l’ensemble des produits alimentaires. Même lorsque certains prix baissent, l’association insiste : la question des marges demeure, car elle concerne la structure des rayons et les écarts de coût entre alimentation bio et conventionnelle : +291 % d’écart entre « abricot bio » et « abricot conventionnel ».

Face à ces accusations sur les marges, les distributeurs opposent une lecture défensive et contestent l’idée d’une « surmarge » sur les produits dits sains. Thierry Cotillard, dirigeant de Mousquetaires/Intermarché, affirme : « Il n'y a pas de surmarge sur les produits sains par rapport aux produits ultra-transformés ». Et, dans la même veine, Challenges cite Judith Jiguet, déléguée générale de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) : « Il n'y a pas de trésor caché dans les rayons, il y a l'équilibre fragile d'un magasin ». Dominique Schelcher (Coopérative U) dévoile une estimation de la rentabilité globale : « pour 100 euros dépensés (…) il nous reste 1,94 euro en moyenne », soit une marge nette d’environ 2 %, toujours selon ces reprises.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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