La compagnie australienne prévoit de lancer Sydney-Londres sans escale en octobre 2027. Derrière le record de distance, l’opération repose sur un modèle économique exigeant : peu de sièges, beaucoup de confort et un fort premium tarifaire.
Project Sunrise : Qantas lance le plus long vol du monde

Qantas s’apprête à franchir une nouvelle étape dans le très long-courrier. La compagnie australienne prévoit de lancer en octobre 2027 une liaison quotidienne sans escale entre Sydney et Londres, opérée en Airbus A350-1000ULR. Le vol, d’une durée estimée entre 19 et 22 heures, s’inscrit dans Project Sunrise, un programme lancé pour connecter directement la côte est australienne aux grandes métropoles mondiales.
Le projet est autant industriel que commercial. Avec environ 17 000 kilomètres parcourus sans escale, Sydney-Londres deviendrait la plus longue liaison régulière au monde. Mais pour Qantas, l’enjeu principal n’est pas seulement de battre un record : il s’agit de démontrer qu’un vol aussi long peut être rentable.
Un appareil modifié pour repousser les limites
Qantas utilisera une version ultra-long-courrier de l’Airbus A350-1000. L’A350-1000ULR destiné à Project Sunrise est équipé d’un réservoir supplémentaire d’environ 20 000 litres, portant la capacité totale de carburant à environ 168 000 litres. Sa masse maximale au décollage atteint 324 tonnes et son autonomie est portée à près de 9 800 milles nautiques.
La compagnie a commandé 12 A350-1000ULR, ainsi que 12 A350-1000 standards. Le premier appareil ultra-long-courrier est attendu en avril 2027, avant une montée en puissance progressive. Selon Aviation Week, Qantas aura besoin de trois appareils pour assurer une liaison quotidienne vers Londres, et d’un nombre similaire pour Sydney-New York, la prochaine route prévue dans le cadre du programme.
Cette commande marque aussi une victoire industrielle pour Airbus. Boeing avait proposé une solution fondée sur le 777-8, mais Qantas a finalement retenu l’A350-1000. Depuis, Boeing a priorisé d’autres versions du programme 777X.
Moins de sièges, plus de valeur
Le cœur du modèle économique repose sur la configuration cabine. Qantas prévoit seulement 238 sièges en quatre classes, bien moins que ce que peut accueillir un A350-1000 dans une configuration standard. Cette densité réduite répond à deux impératifs : limiter le poids et proposer une expérience de voyage susceptible de justifier des tarifs plus élevés.
La compagnie mise sur une clientèle prête à payer davantage pour éviter une escale. Le plan d’affaires de Project Sunrise repose sur un premium d’environ 20 % par rapport aux vols avec correspondance. Qantas estime que ce niveau est déjà observé sur Perth-Londres, sa liaison directe entre l’Australie occidentale et le Royaume-Uni.
Le pari est particulièrement clair dans les cabines premium. Sur un vol de près de 22 heures, la qualité du siège, la possibilité de dormir et l’accès à davantage d’espace deviennent des éléments centraux de la décision d’achat. Qantas veut donc vendre non seulement du temps gagné, mais aussi une expérience mieux maîtrisée.
Le confort comme levier commercial
La compagnie a beaucoup travaillé sur la dimension physiologique du voyage. Les repas seront programmés en fonction du rythme biologique, l’éclairage simulera différents moments de la journée et une zone de bien-être permettra aux passagers de bouger pendant le vol. Ces aménagements ne relèvent pas uniquement du marketing : ils participent à l’équation économique du projet.
Plus l’expérience sera jugée supportable, plus Qantas pourra défendre son premium tarifaire. À l’inverse, si les passagers perçoivent le vol comme trop long ou inconfortable, l’avantage de l’absence d’escale pourrait ne pas suffire.
Des risques opérationnels à surveiller
Le modèle comporte plusieurs contraintes. L’emport de carburant réduit les marges disponibles pour le fret et limite la densité cabine. Les conditions météorologiques ou les vents contraires pourraient aussi peser sur l’exploitation, voire obliger à ajuster ponctuellement la charge commerciale.
Qantas devra également convaincre au-delà de l’effet de nouveauté. Sydney-Londres offrira une visibilité mondiale au programme, mais la rentabilité se jouera dans la durée, avec la capacité de la compagnie à remplir régulièrement ses cabines premium.
Après Londres, Qantas prévoit Sydney-New York, puis pourrait envisager Melbourne-Londres, Melbourne-New York ou d’autres routes vers l’Amérique du Nord. Si Project Sunrise réussit, l’Australie pourrait transformer son isolement géographique en avantage concurrentiel : offrir des liaisons directes que peu de transporteurs peuvent reproduire.
