Rachat de SFR : ce que préparent Orange, Bouygues et Free

Orange se retrouve au centre d’un feuilleton télécom majeur, et pourtant, derrière les rumeurs, les faits sont plus sobres. D’une part, Orange confirme des discussions avec Altice au sujet de SFR ; d’autre part, le groupe insiste sur l’absence d’accord, alors que l’enjeu pourrait changer la concurrence, donc votre facture, et votre service.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 22 janvier 2026 11h45
Rachat De Sfr Orange Bouygues Free
Rachat de SFR : ce que préparent Orange, Bouygues et Free - © Economie Matin

Le 22 janvier 2026, les principaux opérateurs français ont choisi de couper court aux spéculations. Bouygues Telecom, Free (groupe iliad) et Orange ont publié un communiqué commun pour reconnaître l’existence de discussions avec le groupe Altice autour d’une éventuelle reprise d’actifs télécoms en France, et notamment SFR. L’objectif est clair : répondre à l’emballement médiatique, tout en rappelant que le processus reste à un stade préliminaire, malgré le lancement de premiers audits.

Le projet de reprise expliqué par Orange et Bouygues

Pour Orange, il ne s’agit ni d’un rachat acté ni d’un accord ficelé. Le communiqué évoque seulement « l’acquisition potentielle d’une grande partie des activités de télécommunications » d’Altice en France. Le périmètre précis n’est pas détaillé, mais ces activités incluent SFR, propriété d’Altice France. Aucun calendrier n’est avancé, et surtout, aucun prix n’est arrêté.

Orange et ses partenaires insistent sur un point central : des travaux de due diligence sont bien engagés depuis début janvier 2026, mais les conditions juridiques et financières « ne font l’objet d’aucun accord à date ». Cette précision vise à rappeler que les échanges autour de SFR relèvent encore de l’exploration stratégique. Autrement dit, les discussions existent, mais rien n’est signé, et aucune décision irréversible n’a été prise.

Rumeurs de marché et réalités industrielles

Si le communiqué a été jugé nécessaire, c’est parce que le dossier circulait déjà activement sur les marchés. Une offre antérieure, évoquée à l’automne 2025, aurait valorisé les actifs concernés à 17 milliards d’euros, sans convaincre Altice. Plus récemment, la chaîne BFM Business a avancé l’hypothèse d’une nouvelle proposition pouvant atteindre 20 milliards d’euros dans les mois à venir.

Ces chiffres expliquent l’agitation, mais ils ne modifient pas la position officielle des opérateurs. Ceux-ci soulignent qu’aucune certitude n’existe quant à l’aboutissement du processus. Même en cas d’accord entre Orange, Bouygues, SFR et Free, celui-ci devrait être validé par les organes de gouvernance internes, puis soumis aux autorités de concurrence. Un passage de quatre à trois opérateurs en France nécessiterait d'ailleurs un feu vert réglementaire, tant au niveau national qu’européen.

Quels effets possibles pour les clients

Pour les consommateurs, l’enjeu dépasse largement la seule logique financière. Une éventuelle recomposition du marché et le rachat de SFR pourrait modifier l’équilibre concurrentiel en place depuis l’arrivée de Free en 2012, qui avait fait passer le secteur à quatre opérateurs. Une concentration accrue suscite mécaniquement des interrogations sur l’évolution des prix, la qualité de service et la dynamique d’investissement dans les réseaux.

À ce stade, aucun engagement n’est pris concernant le rachat de SFR. Le communiqué se contente d’indiquer qu’une information au marché sera diffusée « le moment venu », conformément aux règles en vigueur. Il reste toutefois un point notable : les groupes évoquent l’acquisition d’« une grande partie » des activités, et non l’ensemble. Cette formulation laisse entrevoir plusieurs scénarios, allant d’un partage d’actifs à une redistribution de clients ou d’infrastructures entre opérateurs.

Un autre paramètre pèsera lourd dans les arbitrages à venir de Orange, Bouygues, SFR et Free : le rôle du régulateur et, plus largement, le signal envoyé au marché. Toute opération modifiant en profondeur la structure du secteur devra être examinée par l’Autorité de la concurrence, avec l’appui du régulateur des télécoms, afin d’évaluer ses effets sur les prix, l’investissement et la qualité de service. Pour les investisseurs comme pour les entreprises clientes, l’enjeu est aussi celui de la visibilité. Une consolidation mal encadrée pourrait accroître l’incertitude, retarder certains investissements et peser sur la dynamique concurrentielle, alors qu’un cadre clair et exigeant pourrait, à l’inverse, sécuriser les stratégies industrielles et soutenir l’effort de modernisation des réseaux.

Dans ce contexte, le poids industriel des acteurs impliqués n’est pas anodin. Le groupe Orange revendique 40,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024 et 124 100 salariés au 30 septembre 2025, dont 68 000 en France. Des chiffres qui rappellent que ce dossier touche autant à la concurrence qu’à l’emploi, à l’organisation des réseaux et à la stratégie de long terme du secteur télécom français.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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