Alerte rouge : le réchauffement climatique hors de contrôle

Le Programme des Nations unies pour l’environnement publie un rapport alarmant : même si tous les pays respectent leurs engagements climatiques, le réchauffement climatique atteindra 2,6°C d’ici 2100, dépassant largement l’objectif de 1,5°C de l’accord de Paris. Pour limiter ce dépassement, des réductions drastiques des émissions sont nécessaires dès maintenant : 18% d’ici 2030, 45% d’ici 2035.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 22 octobre 2026 7h37
Réchauffement climatique : l’année 2024 marque le début de la fin de la Terre
Réchauffement climatique : l’année 2024 marque le début de la fin de la Terre - © Economie Matin
71%71 % des Français se déclarent inquiets ou très inquiets face au changement climatique

Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) a publié mercredi 21 octobre 2026 son rapport annuel sur l'écart entre les émissions actuelles et les objectifs climatiques. Le constat est sans appel : si les engagements pris par les nations sont respectés, le réchauffement climatique atteindra 2,6°C au-dessus des niveaux préindustriels d'ici la fin du siècle. Dans l'hypothèse où les politiques actuelles se poursuivent sans modification substantielle, la hausse grimperait jusqu'à 2,8°C. António Guterres, secrétaire général de l'ONU, a déclaré que le monde est « dangereusement loin du compte » et qu'il ne peut désormais « plus éviter de dépasser la limite de 1,5°C », objectif phare de l'accord de Paris signé en 2015.

Les projections se sont assombries par rapport à l'année précédente, où le réchauffement climatique anticipé oscillait entre 2,3°C et 2,5°C. Deux facteurs expliquent principalement la dégradation : le retrait des États-Unis de l'accord de Paris sous l'administration Trump, et la révision à la hausse des estimations d'émissions historiques. Selon le rapport du PNUE, les données préliminaires pour 2025 révèlent une augmentation des émissions aux États-Unis, en Indonésie et en Chine, tandis que l'Inde, la Russie et l'Union européenne affichent une baisse.

La limite de 1,5°C définitivement hors de portée

La possibilité de maintenir le réchauffement sous 1,5°C « a disparu », affirme sans détour le rapport du PNUE. Après des décennies d'action climatique jugée insuffisante, notamment de la part des pays du G20 responsables de 75 % des émissions mondiales, l'humanité fait face à un échec collectif. Mohamed Adow, directeur de Power Shift Africa, dénonce « un échec historique du leadership politique ». Il ajoute : « Les données scientifiques sont claires depuis des décennies, mais les gouvernements ont préféré tergiverser plutôt que d'agir. Les conséquences se mesureront en vies perdues, et pas seulement en degrés de réchauffement. »

Les scientifiques insistent sur le fait que chaque fraction de degré supplémentaire au-delà de 1,5°C accroît la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes. L'année 2026 en offre une illustration saisissante : inondations meurtrières, canicules brutales et incendies incontrôlables ont frappé de nombreuses régions, notamment l'Europe durant l'été. Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE, rappelle que « chaque fraction supplémentaire de degré et chaque année de réchauffement au-delà de 1,5°C augmentent les impacts et les risques climatiques ».

Un scénario de dépassement minimal encore envisageable

Face à l'inéluctabilité du dépassement, le PNUE propose néanmoins un scénario de « dépassement minimal » du seuil de 1,5°C. Dans ce cadre, le pic de réchauffement climatique culminerait entre 1,7°C et 1,8°C vers le milieu du siècle, avant de redescendre sous 1,5°C d'ici 2100, avec environ 50 % de chances d'y parvenir. Un objectif ambitieux qui nécessite des efforts colossaux et immédiats.

Pour atteindre une telle trajectoire, les émissions mondiales de gaz à effet de serre devraient baisser de 18 % d'ici 2030 par rapport aux niveaux de 2025, puis de 45 % d'ici 2035 et de 69 % d'ici 2040. À titre de comparaison, la mise en œuvre complète des contributions déterminées au niveau national (CDN) actuelles ne permettrait qu'une baisse de 5 à 8 % d'ici 2030 et de 11 à 15 % d'ici 2035. L'écart entre les intentions affichées et les besoins réels demeure donc abyssal. Anne Olhoff, rédactrice principale du rapport et directrice du Centre climatique de Copenhague du PNUE, précise que les taux de réduction annuels requis atteignent 5,7 % pour la période 2025-2035, dépassant les estimations précédentes du GIEC qui tablaient sur 5 %.

Le poids du désengagement américain

Le retrait américain de l'accord de Paris pèse lourd dans les nouvelles projections. Takeshi Kuramochi, l'un des scientifiques ayant contribué au rapport, estime que les politiques climatiques de l'administration Trump ajouteront à elles seules environ 0,1°C au réchauffement climatique d'ici la fin du siècle. Selon TBS News, sur les 189 millions de tonnes d'émissions supplémentaires de CO₂ enregistrées en 2025 par 124 pays, environ 70 % proviennent des États-Unis.

Bill Hare, directeur de Climate Analytics, se montre particulièrement critique : « Les États-Unis s'efforcent de bloquer les énergies renouvelables tout en promouvant et subventionnant activement le charbon sale. Leur diplomatie tente également d'inciter d'autres pays à reculer sur l'action climatique. » Il compare la situation à quelqu'un qui nierait l'existence d'un incendie tout en y versant de l'essence. Johan Rockström, directeur de l'Institut de Potsdam pour la recherche sur les impacts climatiques, craint que le désengagement américain n'entraîne un effet domino, d'autres nations pouvant être tentées de réduire leurs propres efforts.

Des avancées technologiques réelles mais trop lentes

Malgré un tableau sombre, le rapport identifie des motifs d'espoir. Depuis l'adoption de l'accord de Paris, les énergies renouvelables ont connu un essor spectaculaire. La capacité mondiale en énergies renouvelables a progressé trois fois plus vite que prévu, tandis que le déploiement de l'énergie solaire photovoltaïque a été multiplié par sept. La croissance de l'approvisionnement énergétique total provenant du charbon et du pétrole s'est révélée plus lente que projeté, et les politiques climatiques ont effectivement réduit les émissions dans de nombreux endroits.

Plus de 220 évaluations de politiques climatiques démontrent l'efficacité de certaines mesures. Les politiques évaluées dans le secteur de l'électricité ont réduit les émissions d'en moyenne 9 %, tandis que les instruments économiques, incluant les systèmes de plafonnement et d'échange de quotas d'émission ainsi que les taxes carbone, ont permis des réductions de 5 à 13 % dans différents secteurs. Toutefois, ces succès restent concentrés géographiquement et sectoriellement. Inger Andersen souligne : « Nous disposons d'une multitude d'exemples de réussite montrant que les émissions peuvent être réduites rapidement. Il appartient désormais aux nations de mettre en place d'urgence des politiques déclenchant des réductions rapides, profondes et durables. »

Les objectifs du bilan mondial loin d'être tenus

Lors du premier bilan mondial (Global Stocktake), les nations se sont engagées à tripler la capacité en énergies renouvelables et à doubler le taux annuel d'amélioration de l'efficacité énergétique d'ici 2030. Elles ont également promis de s'éloigner progressivement des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques, de réduire les émissions non liées au CO₂, notamment le méthane, et d'arrêter puis d'inverser la déforestation.

Or, les taux récents de changement pour tous les indicateurs suivant les émissions absolues de gaz à effet de serre évoluent dans la mauvaise direction. Bien que les scénarios politiques actuels prévoient une stabilisation de certaines émissions d'ici 2030, aucun ne montre de baisses se produisant au rythme et à l'échelle nécessaires pour minimiser l'ampleur et la durée du dépassement de 1,5°C. Le rapport propose une extension préliminaire des objectifs à 2035 et 2040, cohérente avec le scénario de dépassement minimal : tripler au minimum la capacité en électricité renouvelable d'ici 2035 (par rapport à 2025), et la multiplier par 4,5 d'ici 2040, réduire l'intensité énergétique primaire du PIB d'au moins 30 % d'ici 2035 et 40 % d'ici 2040, diminuer la part du charbon, du pétrole et du gaz dans l'approvisionnement énergétique total d'au moins 55 %, 15 % et 5 % respectivement d'ici 2035, réduire les émissions de méthane d'au moins 25 % d'ici 2035 et 40 % d'ici 2040.

Selon Nature, les émissions mondiales de gaz à effet de serre seraient restées globalement stables entre 2024 et 2025, principalement grâce à une diminution des émissions liées à l'utilisation des sols, notamment après les incendies sans précédent de 2024. Si la tendance se confirmait, il pourrait s'agir du premier déclin observé depuis la pandémie de COVID-19, marquant potentiellement un plateau, voire un pic des émissions.

Une fenêtre d'action qui se referme rapidement

António Guterres insiste : « Le dépassement n'est pas une capitulation. Nous pouvons encore le maintenir aussi faible et aussi bref que possible, et ramener les températures sous 1,5°C d'ici la fin du siècle. » Toutefois, le secrétaire général prévient que sans action urgente, maintenir le pic de réchauffement sous 1,7 à 1,8°C deviendra rapidement impossible. Chaque période de cinq ans d'émissions de CO₂ aux niveaux actuels augmente le pic de réchauffement d'environ 0,1°C.

Le scénario de dépassement minimal implique également le retrait de l'atmosphère et le stockage permanent d'environ 320 gigatonnes de CO₂ au cours du siècle, soit l'équivalent de huit années d'émissions mondiales de CO₂ au niveau de 2024. Les défis socio-économiques et technologiques rendent néanmoins les chances d'y parvenir incertaines. Inger Andersen affirme que « le moment décisif est arrivé, c'est maintenant, et non plus tard », avertissant que « la fenêtre d'opportunité est en train de se refermer ».

À trois semaines de la 31e conférence de l'ONU sur le climat (COP31) qui se tiendra du 9 au 20 novembre en Turquie, le rapport du PNUE constitue un appel pressant à l'action. Adelle Thomas, vice-présidente d'une évaluation scientifique de l'ONU sur les impacts climatiques, résume : « Le message du rapport est clair. Nous savons ce qui doit être fait. Nous avons les outils pour le faire. Et le retard ne fait que rendre le défi plus dangereux et plus coûteux pour tous. »

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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