La lutte méconnue en faveur de la biodiversité pour sauver les forêts européennes

Partout en Europe, les forêts sont confrontées à la sécheresse, aux incendies et aux maladies. Selon des chercheurs, la biodiversité serait un élément clé de la résilience des forêts.

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By Horizon Published on 6 août 2026 5h30
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La lutte méconnue en faveur de la biodiversité pour sauver les forêts européennes - © Economie Matin
43%La forêt représente 43% de la superficie terrestre de l'UE

Dans le village de Suonenjoki, l’Institut finlandais des ressources naturelles (Luke) se dresse au milieu d’une forêt de pins. Les sols environnants ne sont pas fertiles et le pin est pratiquement la seule essence qui puisse supporter de telles conditions.

Cependant, une pépinière de l’institut abrite une diversité génétique d’essences provenant de tout le continent, où de jeunes arbres sont cultivés à partir de graines avant d’être plantés: mélèze d’Europe, merisier et pin sylvestre. Ce soutien modeste mais délibéré en faveur de la biodiversité s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche plus large financé par l’UE intitulé OptFORESTS.

Les semis sont mis en terre dans des parcelles réparties sur 28 sites à travers l’Europe, regroupant 12 essences d’arbres. Ces parcelles ont pour but d’étudier le comportement de différentes espèces et combinaisons génétiques dans diverses conditions environnementales et sous les climats futurs.

«L’objectif est de diversifier les forêts en Europe et de mettre en avant des espèces souvent ignorées dans la sylviculture», explique Katri Himanen, responsable scientifique à l’institut Luke, qui supervise la culture des plants en Finlande.

Santiago González-Martínez, chercheur en sciences forestières à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) et coordinateur des travaux de recherche OptFORESTS, partage cette ambition: «Nous voulons accompagner la transition vers des écosystèmes forestiers plus résilients et plus productifs.»

Les forêts sous pression

Représentant environ 43 % de la superficie terrestre de l’UE, les forêts jouent un rôle essentiel en matière de biodiversité, de régulation du climat et de stockage du carbone. Cependant, elles sont soumises à des pressions croissantes.

Les forêts d’épicéa commun en Allemagne, en Tchéquie et en Autriche, par exemple, ont subi un dépérissement massif – c’est-à-dire la mort généralisée d’arbres sur de vastes zones forestières – à la suite de sécheresses caniculaires répétées et d’attaques d’insectes depuis 2018.

Le projet OptFORESTS a été mis en place pour faire face à l’urgence croissante que représentent ces effets du changement climatique sur les forêts européennes. Les chercheurs ont également constaté que les ressources génétiques des forêts – c’est-à-dire la diversité génétique naturelle des espèces d’arbres – sont encore trop peu exploitées en tant qu’outil d’adaptation. Aujourd’hui, ils cherchent à tirer parti de ces ressources.

«La diversité génétique constitue une sorte de système de secours biologique. Elle augmente les probabilités qu’au moins certains arbres pourront résister à de nouvelles menaces telles que la sécheresse, les ravageurs ou les maladies », estime Santiago González-Martínez.

Par exemple, les forêts de pins brûlent souvent très intensément parce que ces arbres contiennent beaucoup de substances inflammables. Lorsque des chênes poussent aux côtés des pins, les incendies ont tendance à être moins violents et à causer moins de dégâts.

«Avec davantage de forêts mixtes, la propagation des incendies ne serait pas aussi rapide et plus d’arbres appartenant à des espèces résistantes au feu pourraient survivre», ajoute-t-il.

Selon François Lefèvre, généticien à l’INRAE, la diversification des forêts ne se limite pas à la diversité génétique locale: «Elle contribue à la résilience des forêts à plusieurs échelles: à l’échelle du territoire ou du paysage, ainsi qu’au niveau national. La diversité génétique doit être prise en compte à toutes ces échelles.»

De la semence à la forêt

De nombreuses forêts sont des monocultures ou ne comptent qu’un nombre limité d’essences, principalement parce que ces dernières sont plus simples et plus économiques à gérer, à exploiter et à transformer. Dans certaines régions, seules quelques essences d’arbres peuvent naturellement prospérer, augmentant la vulnérabilité des écosystèmes.

Une grande partie des connaissances et des infrastructures forestières existantes s’articulent autour d’un petit nombre d’essences commerciales bien étudiées, telles que l’épicéa commun ou le hêtre. La grande majorité des espèces d’arbres en Europe reste peu étudiée dans le cadre de la sylviculture.

«La diversification de cet écosystème représente un véritable défi. Cela implique de collecter et de conserver une gamme plus large de semences, d’adapter les pratiques des pépinières aux différentes espèces et de renforcer nos connaissances», estime Santiago González-Martínez.

Au cœur de ce défi se trouvent les matériels de reproduction (fruits, graines, cônes et parties de plantes) qui déterminent concrètement l’espèce génétique plantée.

Les chercheurs du projet OptFORESTS évaluent actuellement le secteur arboricole en Europe, en établissant des prévisions concernant les besoins futurs en matériel de reproduction et en collaborant avec les pépiniéristes afin de développer les capacités de production pour un éventail plus large d’espèces. Cette évolution prendra du temps et nécessitera des investissements pour se concrétiser. Toutefois, à mesure que les pays intensifient leurs efforts de restauration des forêts face aux dommages climatiques, la demande de matériels de plantation plus diversifiés est susceptible d’augmenter.

Des parcelles expérimentales réparties dans toute l’Europe permettent d’étudier sur le long terme la manière dont les forêts génétiquement mixtes se développent et s’adaptent, tandis que de nouveaux outils de planification permettent aux responsables forestiers d’identifier les espèces et les combinaisons génétiques les mieux adaptées à leurs conditions locales.

Ces recherches ont déjà permis de réaliser des progrès significatifs en faveur de certaines espèces d’arbres. En Norvège, les gestionnaires forestiers plantent désormais des semis résistants à la chalarose du frêne. En Slovénie, les plantations expérimentales sont également repeuplées à l’aide de sources de semences et de plants mis au point dans le cadre du projet OptFORESTS.

«Au cours des 10 prochaines années, notre travail peut aider les forestiers à choisir des sources de semences mieux adaptées et des stratégies de gestion plus adéquates, notamment grâce à une meilleure formation en matière de diversité génétique», souligne Santiago González-Martínez.

Au-delà du laboratoire

Cette initiative intègre des données génétiques dans les modèles traditionnels de développement des forêts, ce qui permet aux chercheurs d’utiliser des simulations pour évaluer l’influence de différentes stratégies sur la résilience à long terme.

La collaboration transfrontalière joue un rôle essentiel, en permettant aux chercheurs d’échanger leurs expériences et leurs ressources entre différents écosystèmes forestiers.

«On ne peut pas aborder la question de la diversité génétique des forêts sans collaboration internationale», explique François Lefèvre. «Certains pays connaissent aujourd’hui les conditions que d’autres devront affronter au cours de la prochaine décennie.»

Ces travaux ont également permis d’établir un lien entre la recherche scientifique, l’industrie et les politiques publiques, en soulignant l’importance des forêts pour l’économie, qui dépend des arbres pour le bois, le papier et la construction.

«Si les arbres sont malades, cela pose un problème économique très concret», relève Katri Himanen.

Raisonner à l’échelle des siècles

L’objectif du projet OptFORESTS est de favoriser la transition vers des forêts plus diversifiées et plus résilientes face au changement climatique, pour que ces dernières restent une source d’avantages environnementaux et économiques.

Comme le relève François Lefèvre: «lorsqu’un gestionnaire forestier prend une décision, il ne plante pas à l’horizon d’une année, comme c’est le cas en agriculture».

Dans la pratique, cela implique de surveiller les forêts sur le long terme, d’utiliser une gamme plus large de semences et de semis et de bien conseiller les gestionnaires forestiers à mesure que les conditions deviennent moins prévisibles.

«En fin de compte, le changement le plus important doit s’opérer dans les mentalités: il faut accepter que les forêts de demain ne ressembleront pas exactement à celles du passé, et les gérer en conséquence», explique Santiago González-Martínez.

Pour les gestionnaires de forêts, ce changement d’état d’esprit revêt une dimension très concrète: le temps.

«Les forêts sont des écosystèmes pérennes, et les gestionnaires doivent déterminer la composition de leur patrimoine génétique pour les cent prochaines années», conclut Katri Himanen. «La meilleure solution est d’y intégrer un maximum de diversité génétique, en tant que police d’assurance pour l’avenir. Fort heureusement, la préservation de la diversité génétique s’inscrit dans une longue tradition dans la sylviculture européenne.»

Cet article a été initialement publié dans Horizon, le magazine européen de la recherche et de l’innovation.

Les travaux de recherche figurant dans cet article ont été financés par le programme Horizon Europe de l’UE.

Pour en savoir plus:

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Horizon, le magazine de l’UE dédié à la recherche et à l’innovation.

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