Des économistes de l'OFCE proposent d'élargir l'assiette de l'impôt sur le revenu à des revenus aujourd'hui exonérés. Le diagnostic est juste, mais le remède est le mauvais. La France a un problème de dépenses, pas un problème de recettes — et il est temps de le dire clairement.
57,1 %
C'est le taux de prélèvements obligatoires en France en 2025, le plus élevé de toute l'Union européenne — loin devant l'Allemagne (43 %) ou les Pays-Bas (45 %).
La bonne question, la mauvaise réponse
Il faut reconnaître une chose aux économistes Guillaume Allègre et Xavier Timbeau : ils ne font pas semblant. Ils voient les déficits, ils voient la dette, et ils proposent des solutions. C'est déjà plus courageux que beaucoup de politiques qui préfèrent regarder ailleurs. Mais leur remède — élargir l'assiette de l'impôt sur le revenu à des revenus actuellement exonérés — illustre parfaitement ce que j'appelle le syndrome du percepteur : quand tout va mal, cherchez d'abord le portefeuille du contribuable.
La France prélève déjà 57,1 % du PIB en impôts et cotisations diverses. C'est le record absolu de l'Union européenne. Nos voisins allemands, pourtant réputés pour leur rigueur, se contentent de 43 %. Les Suisses, eux, vivent très bien avec 28 %. Alors quand on me dit que le problème de la France, c'est qu'on ne taxe pas assez, je réponds : vous plaisantez ?
Le vrai sujet, que personne dans les cercles officiels ne veut regarder en face, c'est que l'État français dépense trop. Pas un peu trop — structurellement trop. Depuis quarante ans, chaque gouvernement a trouvé une bonne raison d'augmenter la dépense publique plutôt que de la rationner. Résultat : une dette qui dépasse 3 200 milliards d'euros et un déficit qui ne descend pas sous les 5 % du PIB même en période de croissance.
Taxer les exonérations, ou comment décourager ce qui fonctionne
La proposition des économistes de l'OFCE vise notamment des revenus exonérés comme certaines prestations, heures supplémentaires, ou dispositifs d'épargne. Derrière des formules technocratiques se cache une réalité simple : on veut taxer ce que les gouvernements précédents avaient choisi de ne pas taxer, précisément pour encourager le travail, l'épargne ou certains comportements économiques vertueux.
Les heures supplémentaires défiscalisées ? C'est un outil qui pousse les salariés à travailler plus sans que cela coûte trop cher aux entreprises. Y toucher, c'est attaquer directement la compétitivité des PME et le pouvoir d'achat des ouvriers qui font des heures le week-end pour joindre les deux bouts. C'est la même logique qui conduit régulièrement à remettre en cause les niches fiscales sur l'épargne longue, alors même que la France manque cruellement de capital patient pour financer ses entreprises.
Force est de constater que chaque fois que l'État cherche à renflouer ses caisses par la fiscalité, il frappe d'abord ceux qui produisent, épargnent et entreprennent. Les autres, ceux qui consomment des services publics sans contribuer au financement — ou si peu —, eux, ne sont jamais dans le viseur.
La règle d'or ne suffira pas sans le courage politique
Édouard Philippe remet sur la table la règle d'or budgétaire : interdire les déficits structurels par la Constitution. L'idée n'est pas mauvaise en soi — l'Allemagne l'a fait en 2009 avec son fameux *Schuldenbremse*, le frein à la dette. Mais comme le rappelle justement Le Figaro, une règle d'or ne vaut que si la volonté politique d'en respecter l'esprit existe.
Le problème de la France n'est pas constitutionnel. Il est culturel et politique. On ne sortira pas de l'addiction à la dépense publique en inscrivant trois lignes dans la loi fondamentale. On en sortira quand des dirigeants auront le courage de dire : cet impôt disparaît, ce programme est supprimé, cet opérateur de l'État est dissous. Pas dans dix ans. Maintenant.
Le contribuable français mérite mieux qu'un État qui, face à ses propres erreurs de gestion, lui présente chaque fois la facture.

