La ministre du Logement Valérie Létard a annoncé que l’État consacrera 116 millions d’euros à la rénovation urbaine en 2026, soit plus du double du montant alloué en 2025. Cette enveloppe, bien que saluée, reste inférieure aux 270 millions réclamés par l’Agence nationale pour la rénovation urbaine. Les autorités ont lancé une mission de préfiguration pour préparer un nouveau cycle de politiques urbaines.
Rénovation urbaine : l’État double son financement en 2026, mais reste loin des besoins

Une hausse bienvenue, mais encore insuffisante
Le gouvernement semble vouloir donner un nouveau souffle à la rénovation urbaine. Jeudi 12 juin 2025, Valérie Létard, ministre du Logement, a annoncé le versement de 116 millions d’euros en 2026 à l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), soit plus du double de l’enveloppe de 2025 (50 millions). Cette décision a été accueillie positivement par les acteurs du secteur, réunis à Paris pour deux jours de conférences. Mais elle reste bien en deçà des attentes de l’ANRU, qui avait réclamé 270 millions d’euros.
Patrice Vergriete, président de l’ANRU, préfère y voir une avancée majeure, un « accord de principe pour la mise en œuvre d’un troisième programme de renouvellement urbain », après ceux institués en 2004 avec la création de l’ANRU et en 2014 avec le lancement du nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU).
Une politique en mutation
Dans la foulée de cette annonce, le ministère du Logement a lancé une mission de préfiguration, première étape vers un nouveau cycle de rénovation. « Il faut faire en sorte qu’il n’y ait pas de creux entre deux programmes », a insisté Valérie Létard. L’objectif est aussi large qu’ambitieux : repenser les finalités, les financements et les modalités d’une politique qui a changé le visage de nombreux quartiers depuis 2004.
Cette mission va donc définir l’avenir de la rénovation urbaine, dans un contexte de précarité énergétique, de transition climatique et de vieillissement démographique. Pour Emmanuelle Cosse, présidente de l’Union sociale pour l’habitat, cette démarche est essentielle. « C’est un enjeu majeur. Rien que chez les bailleurs sociaux, les besoins sont identifiés », affirme-t-elle.
Des millions de Français concernés
Lancé en 2014, le NPNRU prévoyait 12 milliards d’euros d’investissements jusqu’en 2030, dont 8,4 milliards apportés par l’Action Logement, 2,4 milliards par les bailleurs sociaux, et 1,2 milliard par l’État. Aujourd’hui, l’enjeu est clair : éviter un blocage de projets en cours faute de financements étatiques. Patrice Vergriete avait d’ailleurs lancé un signal d’alerte, estimant que l’avenir de certains chantiers était compromis.
Les quartiers concernés ne sont pas marginaux : des millions de Français y vivent, souvent dans des conditions de précarité ou de stigmatisation liée à leur adresse. Pour Valérie Létard, « c’est un combat quotidien », qu’elle mène dans la lignée de Jean-Louis Borloo, fondateur de l’ANRU.
Rénovation urbaine et justice sociale
Au-delà des budgets, c’est l’ambition d’un modèle de ville durable et inclusive qui est en jeu. Logements insalubres, précarité énergétique, fractures sociales : la rénovation urbaine vise à corriger ces inégalités structurelles. Mais les besoins explosent, et les financements restent sous tension.
Le doublement des crédits pour 2026 relance la dynamique, mais ne garantit pas la continuité de cette politique publique essentielle. Sans engagement législatif fort, les acteurs restent prudents. Et les quartiers en attente de transformation pourraient voir leur avenir suspendu à des arbitrages budgétaires.
Pour beaucoup, l’urgence est sociale autant qu’urbaine : la rénovation des quartiers n’est pas seulement une question de béton, c’est aussi celle de la dignité de millions de citoyens.