Réseaux électriques : Engie s’offre UK Power Networks

Engie change d’échelle au Royaume-Uni. En rachetant UK Power Networks pour plus de 12 milliards d’euros, le groupe français mise sur les réseaux régulés pour stabiliser ses revenus et renforcer son profil d’acteur clé de la transition énergétique européenne.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 26 février 2026 7h56
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Réseaux électriques : Engie s’offre UK Power Networks - © Economie Matin
20%L'action d'Engie a grimpé de près de 20% depuis début 2026.

Le 25 février 2026, Engie a annoncé la signature d’un accord pour acquérir 100 % de UK Power Networks (UKPN), l’un des principaux distributeurs d’électricité du Royaume-Uni, selon un communiqué officiel du groupe. L’opération représente une valeur des fonds propres de 10,5 milliards de livres sterling, soit environ 12,05 milliards d’euros. Engie ne cherche pas une capacité de production supplémentaire. Le groupe vise autre chose : des infrastructures régulées, peu exposées à la volatilité des marchés, au cœur de l’électrification des usages. Un choix stratégique assumé.

Engie renforce son ancrage dans les réseaux au Royaume-Uni

UK Power Networks n’est pas un énergéticien au sens classique. Il s’agit d’un opérateur de réseaux de distribution. Concrètement, l’entreprise exploite les infrastructures qui acheminent l’électricité jusqu’aux ménages et aux entreprises dans trois zones majeures : Londres, le Sud-Est et l’Est de l’Angleterre, selon le communiqué d’Engie. UKPN distribue environ 71 TWh d’électricité par an à 8,5 millions de clients et s’appuie sur 6 500 salariés. Son réseau s’étend sur environ 192 000 kilomètres, dont près des trois quarts sont souterrains.

Le groupe français met également en avant la performance réglementaire de l’actif. UKPN a été classé numéro un par le régulateur britannique sur la période 2015-2023 parmi les distributeurs d’électricité, d’après Engie. Cet élément est loin d’être anecdotique : dans un secteur encadré par des plafonds de rentabilité et des obligations d’investissement, la notation du régulateur conditionne directement les perspectives financières. Pour Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, l’opération dépasse la simple croissance externe. « Cette opération renforcera la trajectoire de croissance du Groupe et réduira notre profil de risque, en apportant davantage de visibilité sur les résultats futurs. »

Engie : un rachat à plus de 18 milliards d’euros

Le montant de l’opération confirme l’ambition. Engie annonce une valeur d’entreprise de 15,8 milliards de livres sterling, soit environ 18,13 milliards d’euros. La valorisation correspond à environ 1,5 fois la valeur d’actifs régulés estimée à fin mars 2026 et à environ 10 fois l’EBITDA attendu en 2027, selon le communiqué d’Engie.

La dynamique des actifs régulés constitue d’ailleurs l’un des arguments centraux. Engie indique que la base d’actifs régulés (RAV) de UKPN s’élevait à 9,2 milliards de livres sterling à fin mars 2025 et qu’elle devrait atteindre 10,5 milliards de livres sterling à fin mars 2028. Autrement dit, Engie achète un socle appelé à croître mécaniquement avec les investissements liés à l’électrification.

Un financement structuré

L’acquisition ne sera pas financée par un seul levier. Engie prévoit environ 5 milliards d’euros de dette et d’instruments hybrides, un programme de cessions d’environ 4 milliards d’euros d’ici 2028 et jusqu’à 3 milliards d’euros de fonds propres via une opération de marché de type accelerated book building, selon le communiqué du 25 février 2026. À fin 2026, l’effet combiné de l’acquisition et des cessions devrait entraîner une hausse nette du capital employé comprise entre 17 et 19 milliards d’euros et une augmentation de la dette financière nette comprise entre 13 et 15 milliards d’euros.

Malgré cet alourdissement temporaire du bilan, la direction défend le caractère relutif de l’opération. Reuters rapporte qu’Engie anticipe un impact positif sur le bénéfice par action dès la première année. L’agence indique également que le Royaume-Uni deviendrait le deuxième pays du groupe en contribution à l’EBIT après la France. En parallèle, Engie a relevé ses objectifs financiers. Selon Reuters, le groupe vise en 2026 un résultat net récurrent part du groupe compris entre 4,6 et 5,2 milliards d’euros et un EBIT hors nucléaire entre 8,7 et 9,7 milliards d’euros. À horizon 2028, ces objectifs seraient portés respectivement entre 5,2 et 5,8 milliards d’euros et entre 10,3 et 11,3 milliards d’euros.

Engie et la stratégie des réseaux : réduire le risque, capter la transition énergétique

Ce rachat s’inscrit dans une stratégie annoncée de longue date. Reuters rappelle que Catherine MacGregor avait indiqué vouloir renforcer la présence d’Engie dans les réseaux électriques, en particulier la distribution, afin de consolider la résilience du groupe face aux fluctuations des prix de marché.

Reste le calendrier. Engie vise une finalisation mi-2026, sous réserve d’autorisations réglementaires et d’approbations liées aux actionnaires des entités vendeuses, selon son communiqué du 25 février 2026. Du côté du vendeur, CK Infrastructure mentionne une date butoir fixée au 30 juin 2026, sauf accord différent, dans une annonce publiée le 26 février 2026 à la Bourse de Hong Kong.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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