Reste à charge santé : 150 euros… ou 910 euros selon votre profil

La Drees révèle que les Français paient en moyenne 150 euros annuels de reste à charge pour leur santé, mais 10% de la population supporte 910 euros ou plus. Ces disparités reflètent des inégalités de revenus, d’âge et de qualité de complémentaire santé, avec un impact disproportionné sur les ménages modestes qui consacrent 4 à 5% de leurs revenus à la santé contre 2% pour les plus aisés.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 6 novembre 2026 5h33
Mutuelle Sante
Reste à charge santé : 150 euros… ou 910 euros selon votre profil - © Economie Matin
40 EUROSQuatre Français sur cinq dépensent en moyenne 40 euros par an seulement.

Selon la Drees, les Français dépensent en moyenne 150 euros annuels de leur poche pour la santé. Mais ce chiffre masque une réalité bien différente : 10% de la population paie 910 euros ou plus, tandis que les ménages modestes consacrent jusqu'à 5% de leurs revenus aux soins. L'étude publiée le 5 novembre 2026 par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques révèle des inégalités massives dans le financement de la santé en France.

La moyenne qui cache tout : 150 euros, mais pour qui ?

En 2023, chaque Français a dépensé en moyenne 3 154 euros pour sa santé. L'Assurance maladie en finance 81%, les complémentaires santé 15%, et le reste à charge des patients représente 4%, soit 150 euros annuels. Un montant apparemment modeste qui dissimule des écarts vertigineux entre les citoyens.

80% des Français paient peu, 20% paient très cher

La distribution de ce reste à charge révèle une fracture économique. Quatre Français sur cinq dépensent en moyenne 40 euros par an seulement. À l'inverse, les 20% les plus exposés déboursent 580 euros, et 10% de la population paie 910 euros ou plus, selon la Drees. « Cette moyenne masque de très fortes disparités », souligne l'organisme statistique des ministères sociaux.

Les personnes en affection longue durée (ALD), bien que remboursées à 100% sur les soins liés à leur pathologie, supportent néanmoins 240 euros annuels. Leurs dépenses de santé atteignent sept fois la moyenne nationale, et les dépassements d'honoraires ou équipements non couverts grèvent leur budget.

D'où vient vraiment cet argent ? Optique, dentaire, dépassements

Sur les 150 euros de reste à charge moyen, 120 euros proviennent d'équipements facturés au-delà des tarifs de la Sécurité sociale : lunettes, prothèses dentaires, audioprothèses. Les dépassements d'honoraires des médecins spécialistes complètent cette facture. Les 20 euros restants correspondent aux franchises médicales et participations forfaitaires sur les consultations et médicaments.

« Un reste à charge élevé peut survenir en cas d'hospitalisations répétées ou prolongées, ou en cas de recours à des biens médicaux ou à des spécialistes exerçant une liberté tarifaire », explique la Drees dans son rapport publié mardi dernier.

L'effet revenu : la santé coûte 5 fois plus cher aux pauvres

L'analyse économique dévoile une injustice structurelle. Lorsqu'on additionne les cotisations aux complémentaires santé, les prélèvements obligatoires finançant l'Assurance maladie et le reste à charge direct, le poids total représente 4 à 5% du revenu des ménages modestes, contre seulement 2% pour les plus aisés.

Cette disproportion s'explique par plusieurs mécanismes. Les ménages à revenus élevés bénéficient de mutuelles d'entreprise avantageuses, souvent prises en charge partiellement par l'employeur. Ils accèdent également à des professionnels pratiquant des tarifs conventionnés ou disposent d'une capacité financière pour anticiper les dépenses de santé.

À l'inverse, les ménages modestes subissent un double handicap : cotisations individuelles plus onéreuses pour une couverture moindre, et obligation de recourir à des professionnels pratiquant des dépassements d'honoraires faute d'alternative géographique.

Complémentaire santé : un luxe inabordable pour certains

La qualité de la complémentaire santé détermine directement le reste à charge. Un assuré disposant d'un contrat parmi les moins couvrants paie trois fois plus qu'un bénéficiaire d'un contrat haut de gamme. Les contrats collectifs d'entreprise offrent généralement des garanties supérieures à tarifs compétitifs. Les contrats individuels, souscrits par les travailleurs indépendants, retraités ou chômeurs, présentent des garanties variables et des tarifs souvent prohibitifs pour les budgets serrés.

Âge et couverture : la double pénalité des seniors

L'âge constitue un facteur déterminant dans l'évolution du reste à charge. Entre 20 et 39 ans, les Français dépensent 80 euros annuels de leur poche. Entre 40 et 59 ans, la facture grimpe à 150 euros. Les 60-69 ans atteignent 220 euros, et les plus de 70 ans supportent 290 euros par an.

Cette progression s'explique par l'augmentation naturelle des besoins de santé avec l'âge : consultations spécialisées, équipements optiques et auditifs, soins dentaires. Mais un paradoxe surgit : les seniors bénéficient pourtant de meilleurs remboursements de l'Assurance maladie que les jeunes actifs.

Pourquoi les retraités perdent en couverture malgré des remboursements meilleurs

« Les seniors bénéficient, en moyenne, de moins bonnes garanties de la part de leur complémentaire santé, notamment du fait de la perte des avantages liés aux contrats d'entreprise lors du passage à la retraite », précise la Drees. Au moment de quitter la vie active, les retraités perdent leur mutuelle collective et doivent souscrire un contrat individuel. Les tarifs augmentent avec l'âge, tandis que les garanties se réduisent, créant un effet ciseaux qui pénalise lourdement cette population.

Les dépassements d'honoraires pèsent particulièrement sur les plus âgés, qui consultent davantage de spécialistes. Les équipements auditifs et optiques, indispensables au maintien de l'autonomie, représentent des postes de dépenses majeurs insuffisamment couverts par les contrats standards.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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