À court d'idées et à sec de courage politique, l'État français lorgne désormais sur les retraités. Taxer les 17 millions de Français qui ont déjà cotisé toute leur vie : voilà le dernier horizon d'une classe politique incapable de réformer la dépense. C'est l'aveu d'un échec retentissant.
17 000 000
C'est le nombre de retraités français dans le viseur du gouvernement pour de nouvelles ponctions fiscales avant 2027.
Quand l'État manque d'idées, il fouille dans les poches des retraités
Les pistes s'accumulent comme des dossiers sur un bureau de ministère : hausse de la CSG, réduction des abattements fiscaux, taxation du patrimoine accumulé. À l'approche de la présidentielle de 2027, et sans oser toucher à l'âge de départ à la retraite, le gouvernement explore méthodiquement comment faire rendre davantage à ceux qui ont déjà tout donné.
On peut se demander ce qui, dans la logique française, justifie de cibler prioritairement ceux qui ont cotisé pendant quarante ans. Imaginez un instant le message envoyé : travaillez toute votre vie, économisez, constituez un patrimoine — et attendez-vous ensuite à ce que l'État vienne reprendre une part supplémentaire au moment où vous pensiez souffler.
Ce n'est pas une politique fiscale. C'est une politique du désespoir. En Allemagne ou en Suède, lorsque les finances publiques se tendent, on réforme les structures de dépense. On rationalise, on évalue, on coupe dans ce qui ne sert à rien. En France, on invente de nouveaux prétextes pour taxer davantage. Le réflexe est pavlovien, il est destructeur, et il finit par décourager jusqu'à l'épargne de précaution.
Le vrai problème ? Une dépense publique hors de contrôle
Soyons précis. La France consacre 58,2 % de son PIB à la dépense publique. C'est dix points de plus que l'Allemagne, douze points de plus que la Suisse. Aucun autre pays développé ne dépense autant proportionnellement à sa richesse nationale. Et pourtant, à chaque nouveau trou budgétaire, la réponse est toujours la même : chercher de nouvelles recettes plutôt que de questionner les dépenses.
Force est de constater que jamais la question fondamentale n'est posée : à quoi servent réellement ces 400 milliards d'euros de dépenses sociales annuelles ? Sont-elles évaluées ? Produisent-elles les effets attendus ? On ne le sait pas, parce qu'on ne veut pas le savoir. L'évaluation systématique des politiques publiques reste, en France, un vœu pieux agité lors des discours de rentrée et oublié dès la première résistance syndicale.
Taxer les retraités est infiniment plus simple politiquement que de supprimer des doublons administratifs, de fusionner des agences inutiles ou d'aligner enfin les régimes spéciaux sur le droit commun. C'est l'effort zéro pour l'État, l'effort maximum pour les citoyens.
Ce que le courage politique commanderait vraiment
Il existe une alternative. Elle n'est pas mystérieuse. Elle est appliquée par nos voisins depuis des années avec des résultats tangibles.
Le Danemark a réformé en profondeur son modèle de protection sociale sans alourdir la pression fiscale : en rendant chaque euro de dépense conditionnelle à son efficacité prouvée. La Suède a restructuré son système de retraite en y introduisant une part de capitalisation individuelle, rendant chacun acteur de son avenir et allégeant la charge collective.
En France, on préfère ponctionner plutôt que réformer. C'est moins douloureux à court terme pour les élus, catastrophique à long terme pour le pays.
Les retraités ne sont pas la solution au problème budgétaire français. Ils en sont les témoins, et bientôt les victimes collatérales. Il est urgent que la classe politique ose enfin s'attaquer à la vraie source du mal : une dépense publique incontrôlée, non évaluée, protégée par des corporatismes que personne n'ose affronter. Le courage politique a un prix. L'inaction en a un bien plus élevé.
