Le conflit en Iran fait flamber le prix du pétrole. Pour la plupart des pays européens, c'est un choc externe difficile à absorber. Pour la France, c'est bien pire : c'est un révélateur brutal de l'état catastrophique de nos finances publiques. Quand on arrive à la guerre avec les caisses vides, on n'a aucune marge de manœuvre.
3 460 milliards €
Le montant de la dette publique française — soit plus de 112% du PIB — qui prive la France de toute capacité de réaction face aux chocs extérieurs.
Le choc iranien frappe plus fort là où l'État est le plus fragile
Imaginez un ménage surendetté qui subit une panne de voiture. Pas de réserves, pas de crédit disponible, pas d'épargne. Il est bloqué. C'est exactement la situation de la France face à la flambée des prix de l'énergie provoquée par la guerre en Iran.
L'essence repart à la hausse. L'inflation, que l'on croyait enfin maîtrisée, menace de repartir. Les entreprises voient leurs coûts de production gonfler. Et les ménages, dont les salaires réels ont à peine récupéré leur niveau de 2021 selon les dernières données européennes — +0,1% seulement en France depuis cinq ans —, n'ont aucun coussin pour amortir le coup.
Dans ce contexte, que peut faire un État qui emprunte déjà à des taux élevés pour financer ses dépenses courantes ? Pratiquement rien. Chaque point de taux d'intérêt supplémentaire sur la dette française coûte plusieurs milliards d'euros par an au contribuable. La charge de la dette dépasse déjà 60 milliards d'euros annuels — premier poste budgétaire devant l'Éducation nationale. Un choc inflationniste prolongé, et ce chiffre s'envole. On paie ainsi deux fois : à la pompe, et sur nos impôts futurs.
Nos voisins ont des amortisseurs. Nous avons des discours.
Comparez avec l'Allemagne, la Suède ou le Danemark. Ces pays ont traversé la crise énergétique de 2022 avec des finances publiques en bien meilleur état. Ils disposaient de réserves, de marges budgétaires, d'une dette maîtrisée. Ils ont pu baisser temporairement certaines taxes sur l'énergie, soutenir ciblé les ménages les plus fragiles, sans compromettre leur trajectoire fiscale.
La France, elle, dépense 58,2% de son PIB en dépenses publiques — record d'Europe occidentale — et n'a pourtant aucune capacité de réponse sérieuse. On promet des boucliers tarifaires qu'on finance à crédit. On annonce des aides d'urgence qu'on improvise. Les mutuelles préviennent déjà que les mesures d'économies sur la santé vont se traduire par des hausses de cotisations pour les assurés. Résultat : le pouvoir d'achat trinque par-devant, et par-derrière via la fiscalité future.
Force est de constater que 5,7 millions de fonctionnaires, 400 000 normes, des régimes de retraite encore disparates entre public et privé, un mille-feuille territorial coûteux — rien de tout cela ne disparaît quand le pétrole monte. Au contraire, cette machine dépensière continue de tourner, quoi qu'il arrive.
Réduire la dépense publique : une question de survie, pas d'idéologie
On peut débattre à l'infini du bon niveau de services publics. Mais un choc géopolitique majeur pose la question de manière brutale et concrète : est-ce qu'on se donne les moyens d'y faire face, oui ou non ?
La réponse passe obligatoirement par un redressement structurel des comptes publics. Pas des coupes sauvages et désorganisées, mais une révision méthodique de chaque euro dépensé, en commençant par évaluer sérieusement l'efficacité des politiques publiques. Cinq points de PIB de dépenses en moins sur dix ans : c'est l'ordre de grandeur nécessaire pour retrouver des marges de manœuvre réelles.
La guerre en Iran ne créera pas la volonté politique qui manque depuis vingt ans. Mais elle devrait, au minimum, convaincre les derniers sceptiques que la dépense publique incontrôlée n'est pas un luxe que la France peut encore s'offrir. Le prochain choc ne sera peut-être pas absorbable.
