La SNCF fait face mercredi 10 juin à sa première grève unitaire de l’ère Castex, avec seulement 2 TGV sur 3 et 1 Intercités sur 2 en circulation. Les syndicats contestent l’ouverture à la concurrence et réclament des améliorations salariales dans un climat social tendu marqué par 13 suicides depuis janvier.
Grève SNCF : ce qui vous attend mercredi 10 juin

Une mobilisation syndicale inédite paralyse le réseau ferroviaire
Ce mercredi 10 juin 2026, la SNCF subit sa première grève unitaire depuis décembre 2024. Les quatre syndicats représentatifs, CGT Cheminots, Unsa Ferroviaire, Sud-Rail et CFDT Cheminots, orchestrent ensemble un mouvement de grève de 24 heures qui s'annonce massivement suivi. Cette convergence exceptionnelle intervient dans un contexte de tensions sociales exacerbées par les restructurations liées à l'ouverture du marché à la concurrence.
"C'est une grève unitaire de quatre fédérations, chose qui n'était pas arrivée depuis décembre 2024", confirme Thierry Nier, secrétaire général de la CGT Cheminots, premier syndicat du groupe. Cette union traduit un malaise profond au sein de l'entreprise publique, confrontée aux bouleversements concurrentiels.
Des perturbations massives sur l'ensemble du territoire
Les voyageurs devront s'armer de patience. Les prévisions de circulation s'annoncent drastiquement réduites : seulement deux TGV sur trois circuleront (touchant les TGV Inoui, Ouigo et TGV Lyria), un train Intercités sur deux fonctionnera de jour comme de nuit, et le trafic régional sera "fortement perturbé", notamment en Île-de-France "sur la plupart des lignes".
"Grâce aux places restant disponibles, l'ensemble des clients devrait pouvoir voyager dans la journée", tempère la direction de la SNCF, qui promet de recontacter tous les voyageurs concernés par les annulations. L'entreprise ferroviaire autorise l'annulation ou l'échange des billets sans frais pour tous les déplacements prévus ce jour-là.
Transilien SNCF Voyageurs et Île-de-France Mobilités recommandent explicitement aux usagers franciliens de "reporter leurs déplacements en train" lorsque cela reste possible. Les prévisions détaillées par ligne seront communiquées dès mardi soir à partir de 17 heures sur les applications SNCF Connect.
La stratégie de filialisation dans le viseur syndical
Au-delà des revendications salariales traditionnelles, cette grève cristallise une opposition frontale à la politique d'ouverture à la concurrence menée sous l'ancien président Jean-Pierre Farandou. Les syndicats dénoncent particulièrement la "balkanisation" du système ferroviaire français à travers la création de multiples filiales.
"Si on veut un système ferroviaire efficace, et plus de trains, il faut un système intégré et pas une balkanisation du système", martèle Julien Troccaz, secrétaire fédéral de Sud-Rail. Cette stratégie de filialisation vise pourtant à répondre aux appels d'offres régionaux en proposant des coûts plus compétitifs.
Paradoxalement, cette opposition à la concurrence domestique contraste avec les ambitions internationales de la SNCF. L'entreprise française profite largement de l'ouverture des marchés européens, participant aux appels d'offres dans de nombreux pays et se félicitant de sa présence à l'international.
L'équation tarifaire au centre des débats économiques
L'enjeu concurrentiel dépasse les considérations sociales pour toucher directement le portefeuille des usagers. Les tarifs ferroviaires français figurent parmi les plus élevés d'Europe, particulièrement sur les liaisons TGV. L'introduction de nouveaux opérateurs pourrait exercer une pression baissière sur ces prix, à l'image de ce qui s'observe dans le transport aérien depuis sa déréglementation.
Thomas Cavel, secrétaire général de la CFDT Cheminots, conteste cette logique en citant un récent rapport du Sénat : "Ce système ne permet pas de faire des économies, n'est pas à destination des usagers, son objectif est uniquement de filialiser la SNCF en réduisant les droits des salariés." Il dénonce une "fausse concurrence" opposant principalement la SNCF à RATP DEV, autre entreprise publique.
Cette argumentation mérite néanmoins d'être nuancée. L'expérience européenne démontre que la concurrence ferroviaire, lorsqu'elle s'établit durablement, tend effectivement à modérer l'inflation tarifaire tout en améliorant la qualité de service.
Une détresse sociale alarmante révélée par des statistiques choc
Les revendications syndicales s'appuient sur des statistiques particulièrement préoccupantes. Le début 2026 a été marqué par treize suicides de salariés, "du jamais vu de mémoire de cheminots" selon les représentants du personnel.
"On constate un mal-être en ce qui concerne le sens du travail, un malaise global, notamment dans l'encadrement : les réorganisations broient certains de nos collègues", témoigne Fabrice Charrière de l'Unsa Ferroviaire. Cette détresse sociale s'accompagne d'une hausse significative des accidents du travail et des arrêts maladie liés à la santé mentale.
Face à ces accusations, la direction de la SNCF revendique un "dialogue social constructif et très nourri", soulignant avoir signé douze accords avec les syndicats au cours des trois dernières années. L'entreprise met également en avant ses 1 500 embauches nettes annuelles depuis 2022 et sa vigilance sur les questions de pouvoir d'achat.
Jean Castex confronté à son premier défi social majeur
Cette mobilisation constitue le baptême du feu social pour Jean Castex, arrivé à la direction générale de la SNCF en novembre 2025. L'ancien Premier ministre, qui s'était illustré par sa capacité de dialogue à la RATP, devra démontrer ses talents de négociateur dans un contexte autrement plus complexe.
"Le PDG de la SNCF doit se préparer à sa première épreuve de force. Nos revendications sont connues, la direction du groupe doit y répondre le plus rapidement possible", préviennent les syndicats. Une réunion intersyndicale est programmée jeudi 11 juin, suivie d'une rencontre avec Jean Castex le 23 juin, que les organisations souhaitent voir avancée.
Pour atténuer l'impact de la grève, l'entreprise ferroviaire mobilisera ses cadres volontaires, conformément aux dispositifs légaux de continuité de service. "Notre but n'est pas d'anéantir la grève mais d'assurer le meilleur service pour nos clients", précise la direction, tout en reconnaissant ne pas avoir "les moyens de combler de façon exhaustive" l'ensemble des absences prévues.
