SNCF : avec le départ de Christophe Fanichet, qu’est-ce qui change pour les voyageurs ?

Le départ de Christophe Fanichet de la présidence de SNCF Voyageurs le 21 juillet 2026 n’est pas qu’une simple affaire de gouvernance : il annonce une refonte de la stratégie commerciale à la SNCF. Après six ans à la tête de la principale filiale du groupe ferroviaire, Christophe Fanichet cède sa place à un binôme composé de Laurent Trevisani et Jean-Aimé Mougenot. Jean Castex, PDG du groupe SNCF depuis novembre 2025, impose ainsi sa vision d’une entreprise plus centralisée, rompant avec la logique d’autonomie défendue par son prédécesseur.

Anton Kunin
By Anton Kunin Last modified on 22 juillet 2026 8h05
Depart Christophe Fanichet Sncf Voyageurs
© SNCF

Remaniement à la SNCF : Christophe Fanichet quitte son poste avec un bilan positif

En quittant la direction de SNCF Voyageurs, Christophe Fanichet laisse derrière lui un bilan positif pour les finances du groupe. Cette filiale représente en effet le cœur économique du groupe avec un chiffre d'affaires de 20,8 milliards d'euros en 2025, en progression de 3% sur un an. Sous la direction de Christophe Fanichet, la filiale a connu une croissance remarquable : +25% de chiffre d'affaires entre 2019 et 2025, passant de 16,7 à 20,9 milliards d'euros. La fréquentation des TGV a bondi de 20% sur la même période, malgré l'arrivée de concurrents comme Trenitalia. Christophe Fanichet a notamment piloté le lancement du TGV M, nouvelle génération de trains à grande vitesse, et développé Ouigo en Espagne et en Italie.

La nouvelle gouvernance bicéphale décidée par Jean Castex marque un tournant stratégique. Laurent Trevisani, actuel directeur général délégué Stratégie et Finances, devient président du conseil d'administration. Jean-Aimé Mougenot, qui a débuté comme conducteur de train en 1980 en Midi-Pyrénées avant de diriger les TER, prend le poste de directeur général.

Fin de la stratégie « business vs service public » : quel impact sur les tarifs TGV ?

Jean Castex a suspendu le projet « Destination SNCF Voyageurs 2030 » initié par Christophe Fanichet. Ce plan prévoyait une réorganisation autour de deux pôles distincts : un pôle « Business TGV » axé sur la rentabilité et un pôle « Délégation de Service Public » regroupant TER et Intercités. Cette séparation aurait pu conduire à une différenciation tarifaire plus marquée, avec des prix TGV potentiellement plus élevés en période de forte demande et des tarifs TER davantage négociés région par région.

L'abandon de cette réforme pourrait stabiliser la politique tarifaire actuelle. Les voyageurs ne devraient pas subir de hausses brutales liées à une logique purement commerciale sur les TGV. En revanche, l'absence de séparation claire entre activités rentables et déficitaires risque de ralentir l'innovation tarifaire, notamment sur les offres promotionnelles.

Christophe Fanichet
© SNCF

Nouvelle gouvernance bicéphale : vers une centralisation des décisions tarifaires

Le choix d'un binôme à la tête de SNCF Voyageurs traduit une volonté de contrôle renforcé de la part du groupe. Laurent Trevisani, proche de Jean Castex, supervisera les grandes orientations financières, tandis que Jean-Aimé Mougenot gérera les opérations quotidiennes. Pour les usagers, cette centralisation pourrait signifier une harmonisation des tarifs entre régions, mettant fin aux disparités actuelles sur certaines lignes TER.

Les abonnés réguliers pourraient bénéficier d'une meilleure cohérence tarifaire entre TGV et TER, facilitant les trajets combinés. Toutefois, la centralisation risque aussi de ralentir les décisions commerciales locales, là où Christophe Fanichet avait donné plus d'autonomie aux directeurs régionaux. Les négociations avec les régions sur les conventions TER, dont Jean-Aimé Mougenot a l'expérience depuis 2021, deviendront cruciales pour maintenir la qualité de service sans augmenter les contributions publiques.

TER et TGV : va-t-on vers une harmonisation des offres ?

Le profil de Jean-Aimé Mougenot, spécialiste des TER, laisse présager une attention particulière aux trains régionaux. Sous Christophe Fanichet, SNCF Voyageurs a remporté 11 appels d'offres TER sur 15, preuve d'une compétitivité maintenue face aux concurrents. La nouvelle direction pourrait renforcer les synergies entre TGV et TER, notamment sur les correspondances et les tarifs combinés.

Les voyageurs peuvent espérer des billets multimodaux plus simples, combinant TGV et TER sur un seul titre de transport. L'arrivée du TGV M en septembre 2026, désormais autorisé par les instances européennes, devrait améliorer le confort et la capacité d'accueil. En revanche, l'harmonisation pourrait aussi signifier une standardisation des services, réduisant les spécificités régionales appréciées par certains usagers.

Les résultats financiers de SNCF Voyageurs plaident pour une stabilité tarifaire. Avec une croissance de 25% en six ans et une part de marché de 98% sur les TGV face à la concurrence, la filiale dispose de marges de manœuvre. Pour les abonnés, la croissance soutenue pourrait se traduire par des investissements accrus dans le matériel roulant et les infrastructures. Les politiques de remboursement, notamment en cas de retard ou d'annulation, devraient rester généreuses grâce à cette santé financière. Toutefois, la pression sur les coûts pourrait limiter les augmentations de capacité en période de pointe, maintenant la saturation sur certains axes.

Quand la compétition avec Trenitalia et Ouigo redessine les prix du rail

L'ouverture à la concurrence reste le principal facteur d'évolution tarifaire. Trenitalia opère désormais sur l'axe Paris-Lyon-Milan, tandis qu'Ouigo, filiale low-cost de la SNCF, s'est développée en Espagne et en Italie sous l'impulsion de Christophe Fanichet. La nouvelle direction devra décider si elle poursuit cette stratégie d'expansion internationale ou se recentre sur le marché français.

Pour les voyageurs français, la concurrence a déjà fait baisser les prix sur certaines liaisons. Un Paris-Lyon peut se trouver à partir de 16 euros en Ouigo contre 25 à 30 euros il y a cinq ans. La question demeure : Jean Castex maintiendra-t-il cette logique de compétitivité agressive ou privilégiera-t-il une montée en gamme du service, quitte à augmenter légèrement les tarifs ? La réponse viendra début 2027, lorsque la nouvelle gouvernance présentera ses orientations stratégiques. D'ici là, les voyageurs peuvent parier sur une période de stabilité tarifaire, le temps que le nouveau binôme prenne ses marques.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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