Le sondage Que Choisir révèle une hausse alarmante du renoncement aux soins : 23% des Français ne peuvent plus se soigner pour des raisons financières en 2025. Une fracture sanitaire qui dessine une France à deux vitesses médicales.
Soigner coûte trop cher : 23% des Français renoncent aux soins médicaux

Une fracture sanitaire inquiétante frappe près d'un quart des Français
L'accès aux soins médicaux se transforme progressivement en privilège économique en France. Le sondage Que Choisir Ensemble de 2025, révélé par RMC le 11 juin dernier, dresse un constat alarmant : 23% des Français ont renoncé à se soigner pour des raisons financières en 2025, soit une progression de 5 points par rapport à 2023. Au-delà de la statistique brute, une véritable fracture sanitaire se dessine dans l'Hexagone.
L'enquête révèle également que 36% des Français ont renoncé à un soin faute de réussir à obtenir un rendez-vous médical. Parallèlement, 17% des Français se considèrent physiquement en mauvaise santé, une perception qui s'intensifie à mesure que le revenu annuel diminue. La corrélation entre précarité financière et renoncement aux soins dessine les contours d'une France sanitaire à deux vitesses.
Soins dentaires et spécialistes, premières victimes des arbitrages budgétaires
Le sondage Que Choisir Ensemble s'appuie sur une méthodologie rigoureuse pour établir le lien entre situation financière et accès aux soins. L'étude distingue deux types de renoncement : celui lié aux contraintes économiques (23% des répondants) et celui provoqué par l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous (36%). Soigner devient ainsi un parcours du combattant où les obstacles s'accumulent.
Les soins dentaires arrivent en tête des renoncements financiers, touchant 14% des Français, suivis par les consultations chez les médecins spécialistes (8%). L'enquête met également en lumière la perception de l'état de santé selon le niveau de revenus, révélant une inégalité criante dans l'appréhension même du bien-être physique.
Une progression inquiétante dans un contexte inflationniste
La progression de 5 points entre 2023 et 2025 confirme une tendance préoccupante : le renoncement aux soins s'amplifie. L'augmentation intervient dans un contexte d'inflation générale qui érode le pouvoir d'achat des ménages les plus modestes. Les postes de dépenses incompressibles (logement, alimentation, énergie) grignotent progressivement les budgets consacrés à la santé.
L'évolution démographique française accentue également la problématique. Avec une population vieillissante et des besoins de soins croissants, la tension entre demande médicale et capacité financière ne cesse de s'intensifier. Les familles monoparentales et les foyers aux revenus modestes paient le prix fort de l'équation impossible entre besoins de santé et contraintes budgétaires.
Anatomie du renoncement : quand les frais annexes découragent
Plusieurs facteurs convergent pour expliquer pourquoi certains Français ne parviennent plus à soigner leurs pathologies. Le coût des soins non remboursés constitue le premier obstacle, particulièrement prégnant pour les soins dentaires et les consultations spécialisées. Les dépassements d'honoraires, légaux mais parfois prohibitifs, creusent l'écart entre tarifs conventionnels et réalité tarifaire.
La géographie médicale française aggrave également les inégalités. Les déserts médicaux contraignent les patients à parcourir de longues distances, générant des coûts de transport et des pertes de revenus liées aux arrêts de travail. Pour les familles précaires, ces frais annexes représentent un obstacle insurmontable. L'avance des frais médicaux en fin de mois, les dépassements d'honoraires non maîtrisés, les coûts de transport vers les centres spécialisés, la perte de salaire lors des consultations et les complémentaires santé insuffisantes ou inexistantes constituent autant de barrières à l'accès aux soins.
Le coût caché du renoncement pour l'économie nationale
Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière française, alerte sur les conséquences à long terme de ces renoncements. "Ne pas avoir recours aux médecins et renoncer aux soins, c'est probablement développer des complications. Et toute complication peut être délétère pour la personne", souligne-t-elle.
Paradoxalement, les économies réalisées à court terme par les ménages précaires génèrent des surcoûts considérables pour le système de santé. Une carie négligée évolue vers des soins prothétiques complexes, un diabète mal surveillé conduit à des hospitalisations d'urgence, un cancer détecté tardivement nécessite des traitements lourds et coûteux.
L'impact économique dépasse le seul secteur sanitaire. L'absentéisme professionnel lié aux pathologies non traitées pèse sur la productivité nationale. Les arrêts de travail prolongés, les incapacités temporaires ou permanentes représentent un manque à gagner pour l'économie française estimé à plusieurs milliards d'euros annuellement.
Vers une société de classes sanitaires
Le renoncement aux soins dessine progressivement une France à plusieurs vitesses sanitaires. D'un côté, les ménages aisés accèdent à une médecine de qualité, parfois préventive et personnalisée. De l'autre, les populations précaires subissent une médecine d'urgence, réactive et souvent tardive.
L'égalité républicaine face à la maladie, principe fondateur de la Sécurité sociale, se fissure sous la pression des contraintes budgétaires. Les inégalités de santé se creusent, reproduisant et amplifiant les inégalités sociales existantes. Un cercle vicieux s'installe : la précarité engendre des problèmes de santé qui, mal soignés, aggravent la situation économique des familles.
La transmission intergénérationnelle de ces inégalités constitue un défi majeur pour l'avenir. Les enfants de familles modestes, privés de soins préventifs et curatifs optimaux, risquent de développer des pathologies chroniques qui handicaperont leur parcours professionnel et social. Comme dans d'autres secteurs économiques, la France se trouve confrontée à un choix de société crucial : accepter la marchandisation progressive de la santé ou renforcer les mécanismes de solidarité nationale.
Les témoignages de Marine et Nadège ne sont que la partie émergée d'un iceberg sanitaire qui menace l'égalité républicaine et la cohésion nationale. L'enjeu dépasse largement le seul domaine médical pour toucher aux fondements même du pacte social français.