SpaceX dépense 18,4 milliards en IA : la Bourse sanctionne

SpaceX affiche une croissance de revenus de 92% au deuxième trimestre 2026, atteignant 7,81 milliards de dollars, mais l’action chute de 7 à 8% en raison de dépenses en capital explosives de 18,4 milliards. Elon Musk sacrifie délibérément la rentabilité immédiate pour investir massivement dans l’intelligence artificielle et les data centers spatiaux, provoquant un choc avec les attentes traditionnelles de Wall Street.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 5 août 2026 5h21
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PARIS, FRANCE - June 16, 2023: Elon Musk, founder, CEO, and chief engineer of SpaceX, CEO of Tesla, CTO and chairman of Twitter, Co-founder of Neuralink and OpenAI, at VIVA Technology (Vivatech) - © Economie Matin
541 MILLIONS $SpaceX a publié une perte nette de 541 millions de dollars

SpaceX a publié des résultats trimestriels qui auraient dû réjouir les investisseurs : 7,81 milliards de dollars de revenus, soit 92% de croissance et un dépassement des attentes de 13%. Pourtant, le marché a puni l'action de 7 à 8% en séance prolongée. La raison ? Les dépenses en capital ont explosé à 18,4 milliards de dollars, multipliant par six les investissements d'un an auparavant. Ce paradoxe révèle une fracture fondamentale : SpaceX construit une économie d'innovation radicalement différente de celle que Wall Street a appris à évaluer.

Une croissance de revenu spectaculaire masquée par des dépenses stratégiques

Les chiffres qui racontent deux histoires : +92% de revenus, mais 18,4 milliards en capex

Le premier rapport trimestriel post-IPO de SpaceX, publié le 4 août 2026, dévoile une performance contrastée. Selon Business Insider, le chiffre d'affaires bondit de 92% pour atteindre 7,81 milliards de dollars, dépassant largement les prévisions de 6,93 milliards. La perte nette recule simultanément à 541 millions de dollars, soit 9 cents par action, contre 1 milliard un an auparavant. Ces indicateurs traduisent une dynamique commerciale robuste et une amélioration opérationnelle tangible.

Pourtant, le Straits Times rapporte que les dépenses en capital atteignent 18,4 milliards de dollars au deuxième trimestre 2026, contre moins de 3 milliards douze mois plus tôt. Elon Musk oriente massivement ces capitaux vers l'infrastructure d'intelligence artificielle et les data centers spatiaux, domaines où la rentabilité immédiate n'existe pas encore. Wall Street, habituée aux cycles courts de retour sur investissement, sanctionne immédiatement : l'action chute de 42% depuis son pic de juin 2026, tombant à 116 dollars.

Starlink : l'arbre qui cache la forêt des pertes opérationnelles

Starlink demeure l'unique division rentable du conglomérat. Le service d'internet par satellite génère 4,29 milliards de dollars de revenus et 1,66 milliard de bénéfice opérationnel au deuxième trimestre. Le nombre d'abonnés double pour atteindre 12 millions, confirmant la domination du marché. Elon Musk déclare : « Il n'est pas impossible qu'à un moment donné, Starlink fournisse la majorité de l'internet mondial. » L'ambition reflète une stratégie de captation de parts de marché avant même l'émergence d'une concurrence structurée.

Parallèlement, les divisions spatiales et intelligence artificielle accumulent des pertes opérationnelles considérables. La branche IA enregistre à elle seule un déficit de 1,26 milliard de dollars. Les activités de lancement et d'infrastructure orbitale ne parviennent pas encore à l'équilibre. Starlink finance donc indirectement les paris technologiques de SpaceX, transformant les revenus stables en capital-risque interne. Le modèle rappelle celui d'Amazon, où AWS a longtemps subventionné les pertes du commerce en ligne avant de devenir le moteur de profitabilité du groupe.

Le modèle économique de l'innovation : investir massivement aujourd'hui pour dominer demain

La division IA : 1,26 milliard de dollars de pertes, un pari sur l'avenir

SpaceX a fusionné avec xAI en février 2026 et acquis Cursor pour 60 milliards de dollars en juin, intensifiant son engagement dans l'intelligence artificielle générative et les outils de codage assisté. Les pertes de 1,26 milliard au deuxième trimestre témoignent d'investissements massifs en infrastructure de calcul, recrutement de talents et développement algorithmique. Elon Musk affirme : « Nous anticipons une amélioration spectaculaire du rythme de développement de l'IA. »

Le directeur financier Bret Johnsen défend une vision radicale : « Toutes les dépenses en capital ne se valent pas. Spécifiquement sur le calcul IA, nous déployons le capital de manière à obtenir un retour sur investissement inférieur à un an. » L'affirmation suppose que les capacités de calcul déployées en orbite génèreront des revenus dès 2027, notamment via la location de puissance de traitement pour l'entraînement de modèles d'IA tiers. Le pari repose sur la baisse continue des coûts de lancement grâce à Starship et sur la demande exponentielle en ressources computationnelles.

Data centers spatiaux : quand Musk parie sur des délais de rentabilité inférieurs à un an

Les data centers spatiaux constituent le pari le plus audacieux. SpaceX déploie des satellites équipés de processeurs Nvidia en orbite basse, exploitant l'absence de gravité et les températures extrêmes pour optimiser les performances énergétiques. Les coûts de refroidissement disparaissent, l'énergie solaire devient gratuite et illimitée, et la latence diminue pour certaines applications géolocalisées. Le modèle économique suppose toutefois que la demande en calcul orbital justifie les milliards investis dans les infrastructures de lancement et les satellites.

Le vol d'essai réussi de Starship le 24 juillet 2026 renforce la crédibilité technique du projet. Le lanceur a déployé des satellites et effectué un retour contrôlé, démontrant la faisabilité opérationnelle. Si Starship atteint la cadence de lancement promise (plusieurs vols hebdomadaires), le coût marginal d'envoi d'un satellite chutera drastiquement, transformant l'économie spatiale. Wall Street reste sceptique : aucun précédent historique ne valide un délai de rentabilité aussi court pour une infrastructure aussi complexe.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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