Orange déploie une nouvelle arme contre le spam téléphonique : l’affichage vérifié du nom de l’appelant. Présentée au Mobile World Congress 2026, cette solution doit permettre aux entreprises légitimes d’être identifiées immédiatement sur l’écran du smartphone. Une innovation qui vise à restaurer la confiance dans les appels entrants, au moment où la lutte contre les fraudes et le démarchage s’intensifie.
Spam téléphonique : Orange veut afficher le nom vérifié de l’appelant

Aujourd’hui, un numéro inconnu déclenche d’abord la méfiance, y compris lorsqu’il s’agit d’un appel légitime. C’est sur cette rupture de confiance qu’Orange entend intervenir avec son dispositif de "Branded Calling", présenté au Mobile World Congress 2026, qui vise à afficher l’identité vérifiée de l’entreprise appelante directement sur l’écran du smartphone, pour redonner de la lisibilité à un canal devenu brouillé par le spam et la fraude.
Spam : Orange veut redonner une identité aux appels
Avec le "Branded Calling", Orange ne cherche pas seulement à ajouter une information de plus sur l’écran du smartphone. L’opérateur veut permettre à une entreprise de faire apparaître son identité au moment de l’appel, y compris lorsque son numéro n’est pas enregistré dans les contacts du destinataire. Dans son communiqué, le groupe présente cette technologie comme une « solution sécurisée permettant aux entreprises d’afficher leur identité lors des appels, renforçant la confiance et luttant contre la fraude ».
L’objectif est clair : différencier un appel utile d’un appel suspect avant même que l’utilisateur ne décide de décrocher. Selon Clubic, le service est intégré au cœur du réseau 4G/5G et doit permettre d’afficher le nom certifié de l’appelant directement sur l’écran. Le site souligne aussi que cet affichage pourrait multiplier par cinq le nombre d’appels décrochés.
Le sujet dépasse le simple confort d’usage. Le téléphone reste un outil de relation client pour confirmer un rendez-vous, signaler une livraison, traiter un dossier ou joindre un assuré. Or, dès qu’un numéro inconnu s’affiche, beaucoup d’utilisateurs préfèrent désormais ne pas répondre pensant à un spam. Orange essaie donc de redonner un minimum de contexte à un canal qui s’est brouillé avec le temps. Cette logique est également relevée par d’autres médias spécialisés, qui présentent la solution comme une manière de distinguer plus vite les appels d’entreprise des appels indésirables.
Une réponse technique à la hausse des fraudes
Le contexte explique en grande partie le lancement de cette solution. Fin janvier, l’Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse (Arcep) indiquait que les signalements d’usurpation de numéros enregistrés sur la plateforme "J’alerte l’Arcep" étaient passés de 531 en 2023 à plus de 19.000 en 2025. Le régulateur précise aussi que cette usurpation est devenue la première cause de signalement qui lui est adressée.
Cette progression a une conséquence directe : le numéro affiché ne suffit plus à rassurer. Quand l’utilisateur sait qu’un identifiant peut être falsifié, il traite l’appel inconnu comme un risque potentiel, qu’il s’agisse d’un démarcheur, d’un fraudeur ou d’un interlocuteur légitime. Branded Calling s’inscrit dans ce contexte : au lieu de laisser le destinataire interpréter seul une suite de chiffres, la solution ajoute une identité visible à l’écran.
L’Arcep rappelle par ailleurs que la généralisation progressive du mécanisme d’authentification des numéros a commencé en octobre 2024 et qu’une décision entrée en vigueur le 1er janvier 2026 impose aux opérateurs de masquer certains numéros mobiles français non authentifiés lors d’appels provenant de l’étranger. Cela montre que la réponse passe déjà, en partie, par le réseau et non plus seulement par des applications de filtrage installées sur le téléphone.
Le dispositif présenté par Orange ne supprimera pas à lui seul les appels frauduleux. Il repose sur un écosystème technique, sur l’authentification des entreprises qui appellent et sur la capacité des opérateurs à transporter cette information de manière fiable. Mais il change la façon de présenter un appel entrant : au lieu d’identifier après coup un numéro douteux, il s’agit d’afficher en amont une identité vérifiée quand l’appel provient d’un acteur autorisé.
Une solution pensée pour distinguer les appels utiles des appels suspects
L’affichage d’un nom d’entreprise, s’il est fiable et compréhensible, peut avoir un effet immédiat sur le comportement de l’utilisateur. C’est précisément ce qu’Orange met en avant au Mobile World Congress 2026 en intégrant cette démonstration à sa vitrine dédiée à la connectivité et aux services numériques.
Selon Clubic, l’un des arguments du service tient aussi à son fonctionnement sans application dédiée. L’intégration au réseau 4G/5G permettrait d’éviter à l’utilisateur une installation ou un paramétrage spécifique. Ce point compte, car les outils de lutte contre les appels indésirables existent déjà, mais ils supposent souvent une démarche active de la part de l’abonné. Ici, Orange met en avant un usage plus direct, au moment même où le téléphone sonne.
Pour les entreprises, l’intérêt est tout aussi concret. Une banque, un service après-vente, un acteur de la santé ou un transporteur peuvent appeler pour une raison légitime et être ignorés par principe. En rendant l’appel plus identifiable, Orange cherche aussi à préserver l’efficacité d’un canal qui reste utile dans de nombreux parcours clients. Le sujet n’est donc pas seulement la lutte contre le spam, mais aussi la capacité de maintenir des échanges téléphoniques ordinaires dans un environnement saturé par la défiance.
Un lancement au moment où la réglementation se durcit
Le calendrier réglementaire donne un relief particulier à cette annonce. Le site du ministère de l’Économie rappelle qu’à partir du 11 août 2026, il ne sera plus possible de démarcher quelqu’un pour une raison commerciale sur son téléphone fixe ou portable sans son consentement explicite préalable, sauf dans certains cas liés à un contrat en cours. La DGCCRF précise de son côté que cette évolution découle de la loi du 30 juin 2025 et marque un basculement vers un régime d’opt-in.
Dans ce nouveau cadre, la question n’est plus seulement de savoir qui appelle, mais aussi dans quelles conditions l’appel est légitime. L’affichage vérifié du nom de l’appelant ne remplace pas le respect de la règle, mais il s’inscrit dans le même mouvement : rendre les appels commerciaux plus traçables, plus identifiables et plus faciles à distinguer des pratiques frauduleuses.
Orange arrive donc avec une solution qui répond à deux évolutions parallèles : la hausse de l’usurpation de numéros et le durcissement du cadre du démarchage. Reste à voir comment le service sera déployé, quelles entreprises y auront accès, et dans quelle mesure son affichage sera suffisamment clair pour modifier durablement les usages. Sur le principe, l’opérateur cherche à réintroduire une information simple dans un moment devenu opaque : savoir qui appelle, avant de décider de répondre.
