La guerre au Moyen-Orient pourrait provoquer une nouvelle stagflation mondiale. L’Union européenne s’inquiète d’un choc énergétique susceptible de faire grimper les prix tout en freinant l’économie. Un scénario redouté par les économistes car il rappelle les crises pétrolières des années 1970.
Stagflation : pourquoi l’Europe redoute un choc économique lié à la guerre au Moyen-Orient

Une stagflation redoutée par l’Union européenne face à la guerre au Moyen-Orient
Le 9 mars 2026, l’Union européenne a publiquement exprimé son inquiétude face aux conséquences économiques du conflit au Moyen-Orient. Bruxelles redoute que l’escalade militaire et les perturbations énergétiques qui pourraient en découler entraînent un phénomène particulièrement redouté par les économistes : la stagflation.
Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission européenne chargé de l’économie, a ainsi averti que « s'il s'éternise, avec des perturbations du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz et des attaques contre les infrastructures énergétiques des Etats du Golfe, il pourrait finir par provoquer un choc stagflationniste sur l'économie mondiale et européenne ».
Le risque de stagflation provient principalement de l’énergie. Le détroit d’Ormuz constitue l’un des passages les plus sensibles du commerce énergétique mondial : environ 20 % du pétrole transporté dans le monde y transite, selon The Guardian le 9 mars 2026. Toute perturbation dans cette zone peut donc rapidement se traduire par une flambée des prix.
Les marchés pétroliers ont d’ailleurs réagi immédiatement à l’escalade militaire. Le prix du baril a dépassé les 115 dollars. Une telle hausse renchérit les coûts de transport, d’industrie et d’agriculture, ce qui se diffuse rapidement dans toute l’économie.
Comprendre la stagflation : inflation forte et croissance en panne
La stagflation désigne une situation économique dans laquelle l’inflation reste élevée tandis que la croissance économique ralentit fortement. Ce phénomène est rare, car inflation et ralentissement économique évoluent généralement en sens inverse.
Dans un contexte normal, une économie en ralentissement voit l’inflation diminuer. Or la stagflation combine deux difficultés simultanées : des prix qui augmentent rapidement et une activité économique qui stagne.
Selon l’économiste Philippe Trainar, « les hydrocarbures resteront le principal véhicule de transmission de la crise dans le monde », explique-t-il dans un entretien publié par HuffPost le 9 mars 2026. Autrement dit, la hausse du pétrole agit comme un choc qui se propage dans tous les secteurs.
Le mécanisme est bien connu. Lorsque l’énergie devient plus chère, les entreprises voient leurs coûts de production grimper. Elles répercutent alors ces hausses sur les prix. Dans le même temps, la consommation ralentit car les ménages disposent de moins de pouvoir d’achat. L’activité économique se tasse.
Le Fonds monétaire international estime qu’une hausse de 10 % des prix du pétrole pourrait augmenter l’inflation mondiale d’environ 40 points de base et réduire la croissance mondiale d’environ 0,1 % à 0,2 %.
Un scénario qui rappelle les chocs pétroliers des années 1970
La crainte actuelle renvoie directement à un épisode historique bien connu des économistes : les chocs pétroliers des années 1970. À l’époque, la guerre du Kippour et l’embargo pétrolier avaient provoqué une envolée des prix de l’énergie.
Le prix du pétrole avait alors été multiplié par plusieurs fois en quelques mois, provoquant une hausse spectaculaire des prix dans l’ensemble des économies occidentales. Dans certains cas, les prix avaient augmenté de près de 400 %, selon les données historiques de la crise pétrolière de 1973.
Cette période avait profondément marqué les économies européennes. L’inflation s’était installée durablement, tandis que la croissance ralentissait fortement et que le chômage progressait.
Aujourd’hui, plusieurs économistes estiment que le scénario pourrait se reproduire si la guerre au Moyen-Orient perturbait durablement l’approvisionnement énergétique. Philippe Aghion, prix Nobel d'Economie 2025 prévient ainsi que « si la guerre se prolonge et que les prix du pétrole s’envolent, l’économie mondiale pourrait revivre une situation comparable au choc pétrolier des années 1970 », selon HuffPost le 9 mars 2026.
Comment l’Europe pourrait résister à un choc stagflationniste
Face à ce risque, les institutions européennes surveillent particulièrement l’évolution des marchés énergétiques. Pour l’instant, la principale inquiétude concerne les prix plutôt que les volumes d’approvisionnement.
Les stocks d’énergie disponibles dans l’Union européenne restent jugés suffisants à court terme, mais la hausse des prix pourrait peser sur la croissance économique. Une flambée durable du pétrole se diffuserait dans toute l’économie via les transports, l’industrie et l’agriculture.
Plusieurs leviers existent néanmoins pour atténuer un tel choc. Les gouvernements peuvent notamment mobiliser des réserves stratégiques de pétrole afin de stabiliser les marchés énergétiques. Les banques centrales disposent aussi d’outils monétaires pour contenir l’inflation, même si l’exercice devient délicat lorsque la croissance ralentit.
La directrice générale du Fonds monétaire international, Kristalina Georgieva, appelle d’ailleurs les responsables économiques à anticiper ce type de scénario. « Il faut penser à l’impensable et s’y préparer », a-t-elle déclaré. Dans ce contexte incertain, l’évolution du conflit au Moyen-Orient et la réaction des marchés énergétiques seront déterminantes pour l’économie mondiale dans les mois à venir.
