Stellantis accuse une perte de 22,3 milliards d’euros en 2025, l’une des plus lourdes jamais enregistrées par un groupe français coté. Derrière ce choc financier, un virage électrique précipité, une demande insuffisante et un marché sous tension qui interrogent la stratégie industrielle du constructeur.
Stellantis annonce une perte historique de 22,3 milliards d’euros : le tournant électrique en question

Le 26 février 2026, Stellantis a officialisé ses résultats annuels 2025. Le groupe automobile affiche une perte nette de 22,3 milliards d’euros. Un chiffre massif. L’entreprise parle d’un exercice marqué par des dépréciations d’actifs, des coûts de restructuration et un environnement commercial dégradé, notamment en Europe et en Amérique du Nord.
Cette perte intervient après plusieurs années de bénéfices records. Le contraste est brutal. En quelques mois, le constructeur est passé d’une rentabilité élevée à l’une des plus lourdes pertes jamais enregistrées par un groupe industriel français coté à Paris. Ce retournement révèle un changement de cycle, mais aussi une remise en cause stratégique plus profonde.
Stellantis et la perte de 22,3 milliards d’euros : un choc industriel
La perte de 22,3 milliards d’euros provient en grande partie de dépréciations liées aux investissements massifs consentis dans l’électrification. Stellantis avait engagé plusieurs dizaines de milliards d’euros pour adapter ses plateformes, développer des batteries et convertir ses usines. Or, la demande n’a pas suivi au rythme anticipé.
Le groupe évoque également des provisions liées aux stocks de véhicules électriques et à l’ajustement de capacités industrielles. Autrement dit, certaines usines produisent moins que prévu, tandis que des modèles électrifiés peinent à trouver preneur. Le ralentissement du marché européen, conjugué à une pression concurrentielle accrue venue d’Asie, a amplifié les difficultés.
Les volumes de vente ont reculé sur plusieurs marchés clés. Parallèlement, les marges se sont contractées sous l’effet de remises commerciales plus importantes pour écouler les modèles électriques. Ce mécanisme pèse mécaniquement sur le résultat net.
Le pari électrique de Stellantis face à la réalité du marché
Depuis plusieurs années, Stellantis a misé sur une transition rapide vers le tout-électrique, en ligne avec les objectifs climatiques européens. L’Union européenne prévoit en effet l’arrêt de la vente de véhicules thermiques neufs en 2035. Le groupe avait donc anticipé cette échéance.
Cependant, le marché montre aujourd’hui des signes d’essoufflement. Les consommateurs hésitent. Les prix des véhicules électriques restent élevés malgré les aides publiques. L’inflation et la hausse des taux d’intérêt ont réduit la capacité d’achat des ménages. Résultat : les modèles électriques sont perçus comme coûteux et parfois inadaptés aux usages quotidiens.
De surcroît, la fin ou la réduction progressive de certaines subventions nationales a freiné les commandes. Plusieurs gouvernements européens ont ajusté leurs dispositifs d’aide, ce qui a directement impacté les carnets de commandes. Le décalage entre ambition réglementaire et pouvoir d’achat réel apparaît désormais clairement.
Pour les consommateurs et les salariés, des conséquences importantes
Pour les consommateurs, cette perte de Stellantis pourrait se traduire par un repositionnement stratégique. Le groupe pourrait ralentir certains lancements 100 % électriques et maintenir plus longtemps des motorisations hybrides ou thermiques optimisées. Cela pourrait offrir davantage de choix à court terme.
En revanche, pour les salariés, l’impact est plus sensible. Les restructurations annoncées impliquent des ajustements d’effectifs dans certaines usines européennes et nord-américaines. La transition vers l’électrique nécessite moins de main-d’œuvre dans l’assemblage. Cette réalité industrielle crée des tensions sociales, notamment dans les régions historiquement dépendantes de l’automobile.
Quelle trajectoire pour Stellantis après une perte de 22,3 milliards d’euros ?
Cette perte ne signifie pas l’effondrement du groupe. Stellantis conserve une présence mondiale, un portefeuille de marques solide et une base industrielle étendue. Néanmoins, le signal envoyé est fort. Le marché sanctionne les anticipations trop optimistes sur la vitesse d’adoption du véhicule électrique.
Le constructeur devra désormais arbitrer entre impératifs réglementaires, contraintes financières et réalité commerciale. Une stratégie plus progressive, combinant hybride, thermique optimisé et électrique, pourrait émerger. Par ailleurs, la maîtrise des coûts et l’adaptation des capacités de production seront centrales pour restaurer la rentabilité.
Au fond, cette perte de 22,3 milliards d’euros dépasse le seul cas de Stellantis. Elle illustre les risques d’une transformation industrielle accélérée, portée autant par des objectifs climatiques que par des considérations politiques, alors même que la demande solvable reste limitée. Le groupe entre ainsi dans une phase décisive de son histoire.
