Stellantis sort le carnet de chèques pour en finir avec les pannes moteur

Stellantis promet de “réparer le cœur” de ses voitures : moteurs et transmissions. En jeu, un investissement annoncé de 13 milliards de dollars sur quatre ans, destiné à fiabiliser des mécaniques contestées et à relancer des marques fragilisées. Derrière, une bataille de réputation, de coûts… et de survie commerciale.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 23 février 2026 16h26
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Stellantis sort le carnet de chèques pour en finir avec les pannes moteur - © Economie Matin

Le 21 février 2026, Stellantis remet sur la table un chiffre qui frappe : 13 milliards de dollars d’investissement aux États-Unis sur quatre ans, soit environ 11,0 milliards d’euros au taux de référence de la Banque centrale européenne du 20 février 2026. L’objectif affiché est simple : Stellantis veut moderniser ses moteurs et ses transmissions afin de réduire les pannes, et donc les retours en atelier, les indemnisations et la défiance des clients, dans un contexte où la marque traîne une image de fiabilité dégradée, notamment en Europe.

Stellantis, 13 milliards : à quoi sert vraiment l’argent ?

Stellantis ne présente pas cet investissement comme un “coup marketing” mais comme un rattrapage industriel. L’enveloppe doit financer la rénovation des groupes motopropulseurs, avec un accent sur les moteurs et les boîtes de vitesses, et accompagner un plan produit comprenant cinq nouveaux véhicules et 19 modèles “rafraîchis” d’ici 2029. La logique est économique autant que technique : pour Stellantis, un moteur qui casse, ou une transmission qui fatigue trop vite, finit toujours par coûter plus cher qu’une évolution de conception, parce que le coût de garantie s’ajoute au coût d’image.

L’investissement vise aussi, très concrètement, à redonner de l’oxygène à des marques clés sur le marché américain. Stellantis met la priorité sur les États-Unis, sans exclure une mobilisation des sites européens, et souligne que le groupe cible la fiabilité et l’expérience de conduite plutôt que “l’effet d’annonce”. Le développement du moteur GMET4 EVO, un quatre-cylindres est également présenté comme stratégique pour relancer Jeep et Dodge, deux marques pour lesquelles la perception client et les coûts de maintenance pèsent lourd sur les ventes.

Moteur, panne : comment Stellantis en est arrivé à devoir redorer sa réputation

Pour comprendre pourquoi Stellantis met autant d’argent sur la table, il faut revenir à la mécanique du doute. Le cas du PureTech, associé à une courroie de distribution à bain d’huile réputée s’user prématurément, a taillé à Stellantis une réputation devenue si visible qu’un concurrent s’en est moqué publiquement. Or, dans l’automobile, la fiabilité n’est pas qu’un sujet d’ingénieurs : elle structure la valeur de revente, le coût d’assurance, le choix des flottes, et même la confiance d’un ménage qui achète à crédit. Quand Stellantis perd cette confiance, il ne perd pas seulement un client, il perd souvent la famille, puis le voisinage, puis l’entreprise locale.

À cela s’ajoute un contexte de repositionnement produit qui a parfois aggravé la perception de fragilité. Le groupe a réduit le diesel sur de nombreux modèles familiaux, puis commence à le réintroduire sur certains véhicules, ce qui signale une adaptation aux usages réels. On note aussi des inquiétudes autour de motorisations récentes, comme le 1.5 BlueHDi. Même si chaque cas technique a sa réalité, l’effet global est limpide : Stellantis a vu se multiplier des récits clients de pannes coûteuses, ce qui alimente une défiance durable.

Le malaise se lit enfin dans la comparaison entre l’offre et l’usage. « On avait supprimé le thermique. Vous n’avez plus de thermique sur Berlingo, et Berlingo électrique, en véhicule particulier, c’est quand même pas la panacée, ça ne marche pas. (…) La seule chose qu’on a réussi à faire, c’est envoyer tous nos clients chez Dacia. », selon Xavier Chardon. Cette phrase n’est pas un débat idéologique : elle pointe un enchaînement industriel classique. Quand la motorisation ne colle pas à l’usage, la marque perd du volume, et quand elle perd du volume, elle perd aussi l’argent qui permet d’améliorer moteurs, boîtes et qualité perçue.

Investissement, moteur, panne : la stratégie Stellantis se joue aussi sur le débat entre diesel, hybride, électrique

L’investissement de Stellantis ne se comprend pas sans ce que le groupe ajuste en parallèle : son mix de motorisations. Stellantis assume vouloir conserver du diesel dans son portefeuille, au nom d’une “demande clients”. Le groupe veut « maintenir des moteurs diesel dans son portefeuille et, dans certains cas, augmenter son offre de motorisations », tout en affirmant répondre à une « demande soutenue de ses clients ». Cette posture est cohérente avec une idée simple : Stellantis ne veut plus forcer le marché à suivre un calendrier unique, parce que ce calendrier a fragilisé la compétitivité prix de certaines voitures et l’adéquation usage/produit.

Le cœur du pari de Stellantis, désormais, est donc double. D’un côté, l’entreprise veut que les moteurs et transmissions cessent d’être un sujet de “pannes” et de coûts cachés. De l’autre, Stellantis veut vendre des voitures qui collent aux usages et aux budgets, car c’est ce volume qui finance l’industrialisation et la qualité. C’est aussi pour cela que l’investissement de 13 milliards de dollars est présenté comme un plan qui touche les produits, les usines, et l’écosystème industriel, plutôt qu’un simple “programme moteur”. Les Numériques (21 février 2026) rappelle d’ailleurs que Stellantis vise aussi plus de 5 000 emplois et une hausse de 50 % de la production, dans le cadre de ce plan associé aux États-Unis.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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