La Suède relance une stratégie nucléaire d’ampleur en confiant la phase finale à deux entreprises anglo-saxonnes. Objectif : sécuriser l’énergie du sud industriel, à contenir les prix et à attirer des investissements, tout en s’alignant sur la trajectoire bas-carbone européenne.
La Suède choisit le nucléaire modulaire pour sécuriser ses prix

Le 21 août 2025, Vattenfall a retenu Rolls-Royce SMR (Royaume-Uni) et GE Vernova (États-Unis) pour fournir de nouveaux réacteurs nucléaires modulaires à Ringhals, avec une capacité d’environ 1 500 MW selon l’option retenue (cinq réacteurs BWRX-300 de GE Vernova ou trois SMR de Rolls-Royce).
Nucléaire : Rolls-Royce et GE Vernova en lice en Suède
Vattenfall a officialisé une short-list à deux pour les réacteurs nucléaires : GE Vernova (BWRX-300) et Rolls-Royce SMR. L’entreprise publique explique que ces offres présentent les meilleures « prérequis pour livrer dans un délai et un budget raisonnables » sur la péninsule de Värö, où se trouve Ringhals. « C’est une nouvelle étape vers le premier chantier nucléaire suédois depuis plus de 40 ans », a déclaré Anna Borg, directrice générale de Vattenfall, en soulignant l’objectif d’un « projet réussi sur la péninsule de Värö » et la perspective de « réacteurs supplémentaires » sur l’emprise de Ringhals 1 et 2.
D’un point de vue économique, la logique est celle d’une série d’unités nucléaires standardisées. « Construire une série de plus petites unités apporte des avantages nets de coûts ; elles exigent moins d’espace, beaucoup moins de personnel et des logistiques plus maîtrisables », a expliqué Desirée Comstedt, vice-présidente et responsable du Nouveau nucléaire chez Vattenfall. Ce dernierl rappelle que l’électricien public d’Ontario (OPG) a pris la décision finale d’investissement pour un BWRX-300, attendu en service en 2029, et que la République tchèque a choisi la filière Rolls-Royce SMR pour le milieu des années 2030.
Sur la configuration de projet, Vattenfall précise envisager cinq BWRX-300 ou trois Rolls-Royce SMR pour environ 1 500 MW à Ringhals, avec la possibilité d’ajouter 1 000 MW supplémentaires pour compenser les arrêts passés de Ringhals 1 et 2. En outre, Rolls-Royce SMR soutient qu’une unité peut alimenter « un million de foyers » sur plus de soixante ans, relaye Reuters
L’énergie nucléaire nécessaire pour faire face à la hausse de la demande en électricité
La demande suédoise d’électricité devrait doubler d’ici deux décennies, pour atteindre environ 300 TWh, sous l’effet du projet industriel de l’« acier vert », des biocarburants et de l’hydrogène. Aujourd’hui, la production est déjà quasi sans fossiles, avec environ 40 % d’hydroélectricité, 30 % de nucléaire et 20 % d’éolien, un mix qui montre toutefois ses limites dans le sud du pays, plus consommateur. Là, les prix restent plus volatils et parfois élevés, d’où l’intérêt du nucléaire pour stabiliser le réseau régional, remarque le Financial Times.
Cette géographie des prix explique le projet de Ringhals. Le sud industriel a besoin d’une base nucléaire modulable et disponible afin d’asseoir l’attractivité du territoire pour la chimie, la sidérurgie et les gigafactories. Vattenfall insiste d’ailleurs sur l’écosystème entreprise : l’initiative Industrikraft, qui regroupe 17 grands groupes suédois, a été associée « dès l’origine » et « travaille avec Vattenfall pour créer les conditions de l’investissement commun dans la société de projet », a déclaré Tom Erixon, président d’Industrikraft.
Côté financements, Reuters rappelle qu’un « livre blanc » a chiffré des prêts d’État entre 300 et 600 milliards de couronnes suédoises (soit 31 à 63 milliards de dollars) et envisagé des prix garantis sur quarante ans, via des mécanismes de type contrats. Le gouvernement prévoit au moins 2 500 MW nucléaires d’ici 2035, puis l’équivalent d’environ dix réacteurs de grande taille à l’horizon 2045.
