Publié dans Les Echos et relayé dans plusieurs médias, l’appel en faveur de la préférence européenne a franchi une étape inédite dans le débat industriel européen. Une vaste coalition de dirigeants d’entreprises et le vice-président de la Commission européenne Stéphane Séjourné demandent à Bruxelles de concrétiser ce principe dans la commande publique
Préférence européenne : l’appel pressant des grands patrons à Bruxelles

Dans une tribune publiée le 1ᵉʳ février dans Les Echos, Stéphane Séjourné et 1.141 dirigeants d’entreprise ont lancé un appel solennel en faveur de la préférence européenne dans les achats publics et les aides européennes. Ce texte, qui rassemble des patrons de grands groupes industriels, s’inscrit dans un contexte de concurrence mondiale accrue et vise à renforcer la compétitivité des entreprises basées sur le continent face à leurs homologues étrangers.
Préférence européenne : un principe assumé par les grands groupes
L’appel lancé dans Les Echos n’émane pas de dirigeants isolés ou de secteurs marginaux. Il est porté par des groupes industriels et de services parmi les plus emblématiques de l’économie européenne, actifs dans l’énergie, l’industrie, les transports, la santé ou encore la construction.
Parmi les signataires figurent notamment des dirigeants de grands groupes comme Engie, Michelin, Bouygues, Sanofi ou Air France. Cette diversité sectorielle illustre le caractère transversal de la demande : la préférence européenne ne concerne pas un secteur en particulier, mais l’ensemble du tissu économique confronté à une concurrence mondiale jugée de plus en plus déséquilibrée.
Dans la tribune, Stéphane Séjourné et les dirigeants signataires posent un principe clair : l’Europe doit se doter « d’une véritable préférence européenne dans nos secteurs les plus stratégiques ». L’objectif affiché est de faire coïncider l’utilisation de l’argent public avec le maintien d’activités industrielles et de services sur le territoire européen.
Achats publics : un levier central pour l’industrie européenne
Les marchés publics sont au cœur du raisonnement développé par les signataires. Ils représentent chaque année plusieurs milliers de milliards d’euros à l’échelle de l’Union européenne et constituent un outil déterminant pour orienter l’activité économique.
Pour des groupes comme Bouygues, fortement exposés aux appels d’offres publics, ou Engie, acteur clé des infrastructures énergétiques, l’enjeu est majeur. Les dirigeants soulignent que les règles actuelles privilégient largement le prix, sans suffisamment tenir compte des contraintes réglementaires, environnementales et sociales auxquelles sont soumises les entreprises européennes.
Dans ce contexte, la tribune appelle à une évolution des critères de la commande publique. Pour ses auteurs, « chaque fois que de l’argent public européen est utilisé, il doit contribuer à la production européenne et à des emplois de qualité ». Une affirmation qui résume l’esprit du texte : aligner les politiques d’achat public avec les objectifs industriels et sociaux de l’Union.
Aides publiques : éviter que l’Europe finance ses propres concurrents
Les dirigeants signataires attirent également l’attention sur les politiques de soutien économique. Dans des secteurs comme la santé, l’industrie ou la transition énergétique, l’Union européenne et les États membres mobilisent des montants considérables.
Des groupes comme Sanofi ou Michelin, engagés dans des stratégies industrielles de long terme, soulignent le risque que ces aides bénéficient indirectement à des acteurs produisant hors d’Europe. Sans préférence européenne clairement définie, les subventions peuvent renforcer des chaînes de valeur largement externalisées, au détriment de la production locale.
La tribune appelle donc à conditionner plus strictement ces aides à une implantation productive en Europe, afin de préserver les capacités industrielles, l’emploi et l’innovation sur le continent.
Concurrence mondiale : un diagnostic partagé par le patronat
L’appel des dirigeants repose sur un constat commun : la concurrence internationale est loin d’être équitable. Les entreprises européennes font face à des concurrents bénéficiant de politiques industrielles très offensives dans leurs pays d’origine.
Les signataires citent en creux les stratégies américaines et chinoises. Dans ce contexte, des groupes comme Air France, confrontés à une concurrence internationale intense, ou Michelin, exposé à des marchés mondiaux très compétitifs, estiment que l’Union européenne ne peut plus rester la seule grande économie à appliquer des règles aussi ouvertes sans mécanismes de protection équivalents.
Dans la tribune, les auteurs préviennent que « sans une politique industrielle ambitieuse, efficace et pragmatique, l’économie européenne est vouée à n’être qu’un terrain de jeu pour ses concurrents ».
Un message politique adressé directement à Bruxelles
La présence de Stéphane Séjourné parmi les signataires donne à l’appel une portée politique explicite. Le texte s’adresse directement aux institutions européennes et vise à influencer les choix à venir en matière de politique industrielle et de concurrence.
Les dirigeants demandent que la préférence européenne ne reste pas un slogan, mais qu’elle soit traduite concrètement dans les règles encadrant les marchés publics et les aides. Ils estiment que l’Union dispose déjà des outils nécessaires, mais que leur utilisation reste trop prudente face à l’ampleur des défis industriels.
