Course automobile : 70 ans après, la Suisse veut les réautoriser

La Suisse lève son interdiction historique de la course automobile après 70 ans, ouvrant la voie à de nouvelles compétitions dès 2026. Cette décision marque un tournant économique majeur pour un pays qui concentre pourtant l’une des plus importantes communautés d’amateurs automobiles d’Europe.

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By Jean-Baptiste Giraud Published on 1 juin 2026 11h52
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Course automobile : 70 ans après, la Suisse veut les réautoriser - © Economie Matin
200 millions d'eurosLa Suisse va réautoriser les courses automobiles après 70 ans d'interdiction.

Course automobile : la Suisse tourne la page de 70 ans d'interdiction

Après sept décennies d'une prohibition aussi stricte que symbolique, la Suisse s'apprête à rouvrir ses circuits à la compétition automobile. Cette révolution réglementaire, officiellement entérinée par le Conseil fédéral au 1er juillet 2026, signe la fin d'un interdit historique dont les racines plongent dans la tragédie du Mans de 1955. Pour un pays qui abrite pourtant l'une des plus fortes concentrations de collectionneurs de course de prestige du continent européen, cette décision revêt une portée à la fois économique et culturelle considérable.

Cette évolution s'inscrit dans un contexte particulièrement sensible pour la Confédération helvétique. Depuis la disparition définitive du légendaire Salon de l'automobile de Genève, après plus d'un siècle d'existence, l'économie automobile suisse cherche un nouveau souffle. La levée de cette interdiction séculaire pourrait bien constituer le tremplin attendu.

Le Mans, 1955 : quand la tragédie a forgé la loi

Pour mesurer l'ampleur de ce revirement, il faut remonter à l'origine de la prohibition. Le 11 juin 1955, les 24 Heures du Mans basculent dans l'horreur. La Mercedes 300 SLR du pilote français Pierre Levegh percute violemment la voiture qui le précède, s'envole et se désintègre au milieu d'une foule massée dans les tribunes. Le bilan demeure à ce jour le plus lourd de l'histoire du sport automobile :  84 morts et plus de 120 blessés.

Face à cette catastrophe sans précédent, plusieurs nations européennes suspendent immédiatement toute épreuve de vitesse sur leur territoire. Tandis que la France reprend rapidement les compétitions après avoir drastiquement renforcé ses normes de sécurité, les autorités suisses optent pour une voie radicalement différente — et définitive.

Une interdiction gravée dans le marbre législatif pendant sept décennies

Dès 1956, la loi sur la circulation routière (LCR) verrouille hermétiquement toute forme de course en peloton sur sol helvétique. Subsistent uniquement les rallyes et les courses de côte, tolérés dans la mesure où les concurrents s'élancent individuellement contre le chronomètre, sans confrontation directe entre véhicules.

Cette posture inflexible engendre un paradoxe saisissant. D'un côté, la Suisse concentre l'une des plus importantes populations de collectionneurs d'automobiles de prestige d'Europe, où des bolides valant plusieurs centaines de milliers d'euros sillonnent quotidiennement les routes alpines. De l'autre, ces mêmes passionnés se voient contraints de franchir la frontière pour accéder à un circuit fermé et explorer les limites de leurs machines.

Des investissements colossaux pour combler soixante-dix ans d'absence

L'autorisation légale ne constitue toutefois que le premier échelon d'un défi autrement plus complexe. En raison de sept décennies d'interdiction, le territoire suisse ne dispose d'aucune infrastructure capable d'accueillir des compétitions de haut niveau. La construction d'un circuit homologué représente des investissements estimés entre 50 et 200 millions d'euros selon le niveau d'équipement visé. Il s'agit d'une somme considérable, même à l'échelle d'une économie aussi prospère que la Confédération.

Ces projets devront en outre naviguer dans un environnement réglementaire et riverain particulièrement exigeant. Les promoteurs auront à convaincre des populations locales traditionnellement hostiles à toute nuisance, tout en élaborant des modèles économiques viables sur un marché encore vierge. L'exemple du Circuit des 24 Heures du Mans illustre pourtant le potentiel du secteur : un événement d'envergure internationale peut générer plus de 300 millions d'euros de retombées économiques annuelles pour une région entière.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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