La Suisse lève son interdiction historique de la course automobile après 70 ans, ouvrant la voie à de nouvelles compétitions dès 2026. Cette décision marque un tournant économique majeur pour un pays qui concentre pourtant l’une des plus importantes communautés d’amateurs automobiles d’Europe.
Course automobile : 70 ans après, la Suisse veut les réautoriser

Course automobile : la Suisse tourne la page de 70 ans d'interdiction
Après sept décennies d'une prohibition aussi stricte que symbolique, la Suisse s'apprête à rouvrir ses circuits à la compétition automobile. Cette révolution réglementaire, officiellement entérinée par le Conseil fédéral au 1er juillet 2026, signe la fin d'un interdit historique dont les racines plongent dans la tragédie du Mans de 1955. Pour un pays qui abrite pourtant l'une des plus fortes concentrations de collectionneurs de course de prestige du continent européen, cette décision revêt une portée à la fois économique et culturelle considérable.
Cette évolution s'inscrit dans un contexte particulièrement sensible pour la Confédération helvétique. Depuis la disparition définitive du légendaire Salon de l'automobile de Genève, après plus d'un siècle d'existence, l'économie automobile suisse cherche un nouveau souffle. La levée de cette interdiction séculaire pourrait bien constituer le tremplin attendu.
Le Mans, 1955 : quand la tragédie a forgé la loi
Pour mesurer l'ampleur de ce revirement, il faut remonter à l'origine de la prohibition. Le 11 juin 1955, les 24 Heures du Mans basculent dans l'horreur. La Mercedes 300 SLR du pilote français Pierre Levegh percute violemment la voiture qui le précède, s'envole et se désintègre au milieu d'une foule massée dans les tribunes. Le bilan demeure à ce jour le plus lourd de l'histoire du sport automobile : 84 morts et plus de 120 blessés.
Face à cette catastrophe sans précédent, plusieurs nations européennes suspendent immédiatement toute épreuve de vitesse sur leur territoire. Tandis que la France reprend rapidement les compétitions après avoir drastiquement renforcé ses normes de sécurité, les autorités suisses optent pour une voie radicalement différente — et définitive.
Une interdiction gravée dans le marbre législatif pendant sept décennies
Dès 1956, la loi sur la circulation routière (LCR) verrouille hermétiquement toute forme de course en peloton sur sol helvétique. Subsistent uniquement les rallyes et les courses de côte, tolérés dans la mesure où les concurrents s'élancent individuellement contre le chronomètre, sans confrontation directe entre véhicules.
Cette posture inflexible engendre un paradoxe saisissant. D'un côté, la Suisse concentre l'une des plus importantes populations de collectionneurs d'automobiles de prestige d'Europe, où des bolides valant plusieurs centaines de milliers d'euros sillonnent quotidiennement les routes alpines. De l'autre, ces mêmes passionnés se voient contraints de franchir la frontière pour accéder à un circuit fermé et explorer les limites de leurs machines.
Des investissements colossaux pour combler soixante-dix ans d'absence
L'autorisation légale ne constitue toutefois que le premier échelon d'un défi autrement plus complexe. En raison de sept décennies d'interdiction, le territoire suisse ne dispose d'aucune infrastructure capable d'accueillir des compétitions de haut niveau. La construction d'un circuit homologué représente des investissements estimés entre 50 et 200 millions d'euros selon le niveau d'équipement visé. Il s'agit d'une somme considérable, même à l'échelle d'une économie aussi prospère que la Confédération.
Ces projets devront en outre naviguer dans un environnement réglementaire et riverain particulièrement exigeant. Les promoteurs auront à convaincre des populations locales traditionnellement hostiles à toute nuisance, tout en élaborant des modèles économiques viables sur un marché encore vierge. L'exemple du Circuit des 24 Heures du Mans illustre pourtant le potentiel du secteur : un événement d'envergure internationale peut générer plus de 300 millions d'euros de retombées économiques annuelles pour une région entière.
