Annoncée comme temporaire en juin 2025, la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises s’apprête à devenir un impôt permanent. Les 7,3 milliards d’euros qu’elle génère masquent un coût réel : l’inflation des prix supportée par les ménages, conséquence directe d’une fiscalité qui grignote les marges des 300 plus grands groupes français.
La surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises pourrait être reconduite

Initialement annoncée comme temporaire en juin 2025, la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises est en passe de devenir un impôt structurel. Les 7,3 milliards d'euros qu'elle génère chaque année ne quitteront pas le budget 2027. Cependant, c'est à travers la hausse des coûts de production et l'inflation que les ménages français en ressentiront l'impact sur leurs dépenses quotidiennes.
Une surtaxe pérenne : adaptation fiscale aux réalités budgétaires
Le 17 juin 2025, Amélie de Montchalin, alors ministre du Budget, promettait que la surtaxe sur les sociétés disparaîtrait en 2026. Cependant, quinze mois plus tard, Roland Lescure admettait la difficulté de se passer de cette source de revenus. Cette promesse a été supplantée par la nécessité de combler le déficit budgétaire français.
Environ 300 entreprises générant plus de 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires sont concernées. Pour celles dont les revenus se situent entre 1,5 et 3 milliards, le taux d'imposition augmente à 30,15%, et pour celles dépassant 3 milliards, il atteint 41,2%. Des groupes tels que TotalEnergies, LVMH, Bouygues et Orange voient leurs marges réduites. Olivier Roussat, directeur général de Bouygues, a indiqué en février 2026 que cette surtaxe représentait 69 millions d'euros, soit 6,27% des profits nets annuels du groupe.
Les entreprises ajustent leurs stratégies de prix en réponse à cette charge fiscale accrue. Les grands groupes, souvent intégrés verticalement, répercutent ces coûts sur leurs produits et services. Le consommateur final, sans en être conscient, en subit les répercussions sur son budget.
Olivier Roussat a résumé la situation ainsi : « Si vous retirez des moyens aux entreprises pour créer des richesses, elles créent moins de richesse et donc il y en a moins à partager ». Cela illustre un cercle vicieux où investissements, innovation et compétitivité diminuent, entraînant une hausse des prix pour compenser la pression fiscale. Les secteurs à forte intensité en capital, tels que le BTP ou les télécommunications, sont particulièrement affectés.
Les raisons de la dépendance gouvernementale à la surtaxe
Roland Lescure a reconnu implicitement la persistance de la situation : « Nous sommes dans une situation qui a tendance à durer ». Le déficit public français, qui devrait atteindre 5% du PIB en 2027, est structurel plutôt que conjoncturel. Les dépenses publiques dépassent les recettes de 30%, nécessitant des réformes profondes. Le gouvernement préfère maintenir la surtaxe temporaire plutôt que de réduire les dépenses.
Les crises successives sont invoquées pour justifier cette décision, mais elles ne modifient pas le problème de fond : la France dépense plus qu'elle ne gagne. Certains pays ont réussi des ajustements drastiques en période de crise, mais Paris choisit d'augmenter la fiscalité des acteurs économiques.
Le gouvernement envisage également de réduire les dépenses sociales pour combler le déficit. Parmi les mesures envisagées : la désindexation des pensions pour les retraités aisés, le gel du RSA et la réduction des aides au logement. Politiquement risquées, ces mesures sont moins populaires que la reconduction discrète de la surtaxe sur les grandes entreprises.
En juillet, Sébastien Lecornu, Premier ministre, avait promis « la stabilité fiscale », affirmant qu'il n'y aurait ni augmentation ni création d'impôts. Reconduire une surtaxe existante ne viole pas cette promesse. Ce jeu sémantique permet de maintenir la pression fiscale sans l'avouer, grignotant ainsi le pouvoir d'achat des contribuables par une inflation indirecte.
Conséquences économiques pour la France
Bouygues a déboursé 69 millions d'euros en 2025 au titre de la surtaxe, équivalant à plusieurs centaines d'emplois ou de projets d'infrastructure. TotalEnergies, LVMH et Orange subissent une ponction similaire. Bien que souvent accusés de profits excessifs, ces groupes réinvestissent massivement dans la R&D et les infrastructures. La surtaxe réduit directement leurs budgets.
La compétitivité internationale dépend de marges souvent faibles. Un taux d'imposition de 41,2% place la France parmi les pays les plus taxateurs d'Europe, poussant les centres de décision et les investissements stratégiques vers des juridictions plus favorables.
Chaque euro prélevé par la surtaxe est un euro qui ne finance pas l'innovation, n'embauche pas et ne modernise pas. Les grandes entreprises peuvent souvent ajuster en délocalisant ou en reportant des investissements, mais les PME sous-traitantes subissent la pression sans pouvoir réagir. L'emploi indirect en souffre également, car les investissements réduits contractent l'activité de tout l'écosystème économique.
Le projet de loi de finances 2027, attendu fin septembre, confirmera ou non cette reconduction. Les déclarations de Roland Lescure laissent peu de doute sur son maintien. La surtaxe de 2025 est désormais une caractéristique durable du paysage fiscal français, impactant les ménages à travers une inflation rampante et une croissance entravée. Comme dans d'autres conflits fiscaux internationaux, les véritables perdants sont souvent les consommateurs et les acteurs économiques pris en étau.
