L’électricité coûte trois à cinq fois plus cher que le gaz naturel en Europe, une distorsion fiscale qui freine la transition énergétique. Bruxelles veut baisser les taxes sur l’électricité pour atteindre 46% d’électrification d’ici 2040, mais l’Allemagne bloque la réforme au nom de sa souveraineté budgétaire, prolongeant une aberration économique qui pèse sur les factures des ménages.
L’UE veut baisser les taxes sur l’électricité, l’Allemagne s’insurge

Votre facture d'électricité pèse trois à cinq fois plus lourd que celle du gaz naturel. Une aberration qui freine la transition énergétique et grève le budget des ménages européens. Bruxelles propose de corriger cette distorsion fiscale pour accélérer l'électrification du continent, mais Berlin bloque la manœuvre au nom de la souveraineté budgétaire. Derrière ce bras de fer institutionnel se cache une question simple : combien payez-vous réellement pour votre énergie, et pourquoi ?
L'électricité coûte 3 à 5 fois plus cher que le gaz : une aberration économique
Dans vingt-cinq pays européens sur vingt-sept, le gaz naturel reste fiscalement plus avantageux que l'électricité. Seules la Suède et la Finlande taxent davantage le gaz que le courant électrique. Résultat : les consommateurs et entreprises européens paient leur électricité entre trois et cinq fois le prix du gaz naturel, freinant l'adoption de technologies décarbonées comme les pompes à chaleur ou les véhicules électriques.
Les données de la Commission européenne révèlent que 27% de la facture d'électricité des ménages disparaissent dans les frais de réseau et les taxes. Pour les entreprises, cette part atteint 21%. Ces prélèvements alourdissent artificiellement le coût de l'électricité, alors même que sa production devient de plus en plus compétitive grâce aux énergies renouvelables. Un paradoxe qui pénalise directement le portefeuille des Européens.
Ce que propose la Commission : baisser les taxes pour rendre l'électricité compétitive
La Commission européenne veut inverser cette logique fiscale. Son objectif : atteindre 46% d'électrification de l'économie européenne d'ici 2040, contre environ 30% aujourd'hui. Pour y parvenir, Bruxelles propose de réduire les taxes sur l'électricité par rapport au gaz naturel, rendant ainsi les solutions décarbonées financièrement attractives. L'enjeu dépasse le climat : réduire la dépendance européenne aux combustibles fossiles importés, notamment dans un contexte d'instabilité géopolitique au Moyen-Orient.
Berlin ne conteste pas l'objectif d'électrification, mais la méthode employée. Bastian Fleig, directeur général au ministère allemand des Finances, dénonce une manœuvre procédurale : « Une telle approche portait directement atteinte à la souveraineté budgétaire et fiscale de chaque pays ». L'Allemagne reproche à la Commission d'intégrer des règles fiscales dans la législation sur le marché de l'électricité, adoptable à la majorité qualifiée, plutôt que par la voie fiscale traditionnelle qui exige l'unanimité des États membres. Un compromis antérieur sur la directive de taxation de l'énergie avait pourtant garanti aux pays membres le droit de définir eux-mêmes leurs structures fiscales énergétiques.
Quel compromis pour 2040 ? Les trois scénarios possibles
Trois issues se dessinent. Premier scénario : Bruxelles renonce à sa proposition et laisse chaque État membre ajuster sa fiscalité énergétique, au risque de perpétuer les distorsions actuelles. Deuxième option : un compromis procédural garantit la souveraineté fiscale allemande tout en établissant des objectifs communs de rééquilibrage fiscal. Troisième possibilité : l'urgence climatique et géopolitique force l'Allemagne à assouplir sa position, moyennant des garanties sur d'autres dossiers européens. Les négociations de l'automne 2026 trancheront entre ces trajectoires.