Ce 4 juin marque la Journée mondiale anti-contrefaçon. L’occasion de rappeler l’ampleur d’un phénomène qui touche désormais tous les secteurs de l’économie, des jouets aux médicaments en passant par les cosmétiques, l’alimentation ou encore les pièces automobiles. Derrière les faux produits se cachent des réseaux criminels organisés, des pertes économiques massives et des risques sanitaires souvent sous-estimés.
La contrefaçon, un fléau qui coûte des milliards et menace les consommateurs

La contrefaçon, un marché mondial illicite en pleine expansion
La contrefaçon n’est plus un phénomène marginal. Selon les estimations de l’OCDE, la contrefaçon représente aujourd’hui 2,5% du commerce mondial. Au niveau européen, 5,8% des importations de biens seraient constituées de produits contrefaits. En 2023, les autorités des États membres de l’Union européenne ont saisi 152 millions d’articles contrefaisants, pour une valeur supérieure à 3,4 milliards d’euros.
La France n’échappe pas à cette progression. Selon les résultats présentés en mars 2025 par Amélie de Montchalin, alors ministre des Comptes publics, les douanes françaises ont intercepté plus de 21,47 millions de produits contrefaisants en 2024. Leur valeur est estimée à 645,2 millions d’euros. Il s’agit de la cinquième année consécutive de hausse des saisies.
Cette progression est notamment alimentée par l’explosion du commerce en ligne. L’Union des fabricants pour la protection internationale de la propriété intellectuelle (Unifab) rappelle que le volume mondial de colis a bondi de 150% entre 2016 et 2022, passant de 64 milliards à 161 milliards d’envois. Dans le même temps, 77% des saisies mondiales de contrefaçons réalisées entre 2017 et 2019 concernaient des colis postaux. Or, les douanes ne contrôlent que 2 à 3% des marchandises importées, ce qui laisse un vaste champ d’action aux trafiquants.
La contrefaçon touche désormais tous les produits
Longtemps associée aux sacs de luxe ou aux montres, la contrefaçon concerne aujourd’hui pratiquement tous les biens de consommation. Les jouets figurent parmi les catégories les plus touchées. En 2024, les autorités françaises ont saisi plus de 5,76 millions de jouets et jeux contrefaisants, soit 26,8% de l’ensemble des articles retirés du marché.
Les cosmétiques et parfums représentent également un secteur majeur. Plus de 2,19 millions de produits contrefaits ont été interceptés en France en 2024. Le secteur subirait par ailleurs près de 800 millions d’euros de pertes annuelles sur le marché français.
L’alimentation est elle aussi concernée. Les douanes françaises ont saisi 1,12 million de produits alimentaires contrefaits en 2023. À l’échelle européenne, l’opération OPSON XIII coordonnée par Europol a permis en 2024 la saisie de 22.000 tonnes de denrées alimentaires et de 850.000 litres de boissons contrefaisantes, pour une valeur estimée à 91 millions d’euros.
Les pièces automobiles ne sont pas épargnées. Plus de 80.000 pièces falsifiées ont été interceptées en France en 2024 pour une valeur supérieure à 4 millions d’euros.
Le tabac constitue un autre marché particulièrement lucratif : 15,4% des cigarettes vendues en France seraient contrefaisantes, soit le taux le plus élevé d’Europe. Environ 300 millions de paquets auraient été écoulés en 2023, générant une perte fiscale estimée à 2 milliards d’euros.
Une menace pour l’économie, l’emploi et la sécurité des consommateurs
Au-delà des pertes pour les entreprises, la contrefaçon constitue désormais une source majeure de revenus pour le crime organisé. Le rapport de l’Unifab rappelle qu’Europol a identifié 31 organisations criminelles majeures impliquées dans la contrefaçon, dont 13 en ont fait leur principale activité. Les profits générés alimentent également d’autres formes de criminalité, notamment le trafic de stupéfiants, la traite d’êtres humains ou le blanchiment d’argent.
Les conséquences économiques sont considérables. Dans l’Union européenne, la contrefaçon provoquerait chaque année 83 milliards d’euros de pertes dans onze secteurs stratégiques, 15 milliards d’euros de recettes fiscales perdues et la destruction de 670.000 emplois. Christophe Blanchet, député et coprésident du Comité national anti-contrefaçon, estime que « le manque à gagner pour l’État français se chiffre à 6,7 milliards d’euros de pertes de ventes directes, assorties de 38.000 emplois supprimés chaque année ».
Les risques sanitaires sont également majeurs. L’Unifab rappelle que les médicaments contrefaits peuvent contenir des substances dangereuses ou être dépourvus de principe actif. Une opération internationale menée en 2024 a conduit à la saisie de plus de 89 millions d’articles contrefaisants et au démantèlement de 16 laboratoires clandestins.
2 Français sur 5 déclarent avoir déjà acheté au moins un produit contrefait
D'après un sondage IFOP réalisé pour l’Unifab et l’INPI, la contrefaçon fait désormais partie du quotidien de nombreux consommateurs. On y lit que 40% des Français déclarent avoir déjà acheté au moins un produit contrefait. Les vêtements arrivent en tête des achats déclarés avec 19%, devant les parfums (17%), la maroquinerie (16%) et les articles de sport (15%). L’enquête révèle également que 36% des Français affirment avoir déjà acheté une contrefaçon sans savoir qu’il s’agissait d’un faux produit au moment de l’achat. Les jeunes sont particulièrement exposés. Parmi les 15-18 ans, 41% déclarent avoir déjà acheté un produit contrefait et 43% indiquent avoir déjà été victimes d’un achat involontaire de contrefaçon.
Ces chiffres illustrent la difficulté croissante à distinguer les produits authentiques des copies. Les réseaux criminels perfectionnent sans cesse leurs méthodes, utilisant emballages sophistiqués, faux certificats, QR codes falsifiés et plateformes en ligne pour écouler leurs marchandises.
À l’heure où se tient la Journée mondiale anti-contrefaçon, les acteurs de la lutte contre ce phénomène rappellent ainsi que l’achat d’un faux produit ne constitue pas seulement une atteinte aux marques. Il participe aussi au financement d’une économie criminelle mondialisée dont les conséquences touchent directement les consommateurs, les entreprises et les finances publiques.
