Un salarié français à temps complet travaille 121 heures de moins par an qu’un Allemand. Selon l’étude Fondapol publiée ce 25 septembre, combler cet écart générerait 107 milliards d’euros de PIB supplémentaire à long terme, soit 3,6% de croissance inexploitée, tout en améliorant les finances publiques de 29,4 milliards d’euros.
Temps de travail : 107 milliards d’euros de PIB potentiellement ajoutés pour la France

Une étude de Fondapol, publiée le 25 septembre, révèle qu'un salarié français à temps plein travaille en moyenne 121 heures de moins par an qu'un salarié allemand. Ce manque à gagner représente une perte de 107 milliards d'euros de PIB à long terme, soit 3,6 % de croissance potentielle non exploitée. Bertrand Martinot, économiste et ancien conseiller social à l'Élysée, indique qu'adopter le modèle allemand pourrait avoir des retombées significatives sur les finances publiques et le pouvoir d'achat des salariés.
Écart de productivité : 121 heures de travail manquantes
En France, la durée effective du travail annuel est nettement inférieure à celle de l'Allemagne, avec un déficit de 121 heures, soit plus de trois semaines de travail par salarié à temps complet. L'étude Fondapol indique qu'en comblant cet écart, la quantité de travail disponible dans l'économie française augmenterait de 4,6 %. En comparaison, la quantité de travail par habitant en France est inférieure de 26 % à celle des États-Unis, dont 16,1 points sont liés à une durée de travail plus courte. Ces chiffres mettent en lumière une sous-utilisation chronique du potentiel productif français, au-delà du débat sur les 35 heures.
Disparités sectorielles : secteur public, services, industrie
Les écarts de temps de travail varient selon les secteurs. Le secteur public accuse un retard de 159 heures par rapport à l'Allemagne. Les services marchands affichent un déficit de 109 heures, tandis que l'industrie se limite à 79 heures d'écart. Tous les secteurs sont concernés. Le coût d'une heure supplémentaire pour une PME peut être 40 % plus élevé qu'une heure normale au Smic, dissuadant les employeurs d'augmenter la durée contractuelle. Cette réalité explique les difficultés de la France à rattraper ses voisins européens malgré une productivité horaire élevée.
Les 107 milliards d'euros : méthodologie de calcul
Le calcul économique repose sur une prémisse simple : aligner la durée de travail sur celle de l'Allemagne injecterait 4,6 % de travail supplémentaire dans l'économie. Bertrand Martinot a modélisé les effets à court et long terme, tenant compte des ajustements de productivité et des comportements d'entreprises. À court terme, l'augmentation du temps de travail génère un gain immédiat de 81 milliards d'euros. À long terme, l'accumulation de capital et les investissements augmentent ce bénéfice à 107 milliards d'euros, soit 3,6 % du PIB actuel.
Différence entre court et long terme
Les 26 milliards d'euros supplémentaires entre court et long terme s'expliquent par les investissements accrus et l'amélioration de la productivité globale. L'Allemagne elle-même anticipe une croissance renforcée, confirmant l'efficacité de son modèle de travail.
Impact budgétaire : +29,4 milliards pour les finances publiques
L'augmentation du PIB génère automatiquement une hausse des recettes de l'État. Les 107 milliards d'euros de richesse additionnelle apporteraient 29,4 milliards d'euros d'amélioration du solde public, grâce à la TVA sur la consommation, l'impôt sur les sociétés et les cotisations sociales. Réduire le déficit public en dessous de 3 % du PIB grâce à cet apport représenterait une opportunité pour financer des investissements stratégiques ou alléger la pression fiscale.
Réduction des dépenses publiques
En plus des recettes, l'augmentation du temps de travail réduit certaines dépenses comme le chômage partiel et les aides sociales. Cette double amélioration budgétaire de 29,4 milliards d'euros combine hausse des recettes et baisse des dépenses structurelles. La pression sur le budget des ménages français pourrait s'alléger grâce à une fiscalité moins lourde ou des services publics mieux financés.
Pouvoir d'achat : +6,8 % pour les ouvriers et employés
Selon Fondapol, augmenter de 5 % le temps de travail rémunéré se traduirait par une hausse de 6,8 % du pouvoir d'achat pour les ouvriers et employés. Pour un salarié à 1 800 euros nets mensuels, cela représenterait un surplus de 122 euros par mois, soit près de 1 500 euros annuels. L'augmentation de la durée de travail est donc financièrement avantageuse pour les salariés modestes, améliorant à la fois rémunération et conditions de travail.
Mesures de flexibilité : éviter un choc uniforme
Bertrand Martinot propose neuf mesures concrètes basées sur la flexibilité et le volontariat plutôt qu'un retour imposé aux 35 heures. Cela inclut la réduction des majorations d'heures supplémentaires, l'assouplissement des forfaits jours et la simplification des accords d'entreprise. L'objectif est de rendre économiquement viable l'augmentation du temps de travail en levant les freins réglementaires et financiers. Le plan gouvernemental Impulsion IA 2027 s'inscrit dans une logique d'adaptation aux transformations technologiques.
L'approche de Fondapol mise sur l'incitation économique. En rendant les heures supplémentaires moins coûteuses pour les employeurs et plus attractives pour les salariés, cela pourrait déclencher une dynamique vertueuse. Les arbitrages budgétaires dans d'autres secteurs montrent l'importance des équilibres économiques. Les 107 milliards d'euros de PIB supplémentaire ne sont pas une promesse abstraite, mais le résultat d'un calcul rigoureux fondé sur l'écart avec l'Allemagne. Reste à voir si les partenaires sociaux et le gouvernement saisiront ces propositions pour transformer ce potentiel économique en réalité.