TotalEnergies a annoncé ce samedi une augmentation de son dividende de 5% par an jusqu’en 2030, alors que les automobilistes français font face à une flambée des prix à la pompe. Cette décision, qui s’appuie sur des bénéfices exceptionnels de 5,4 milliards de dollars au T2 2026, ravive le débat sur les superprofits pétroliers à quelques jours de la présentation du budget 2027.
Pendant que vous payez plus cher, TotalEnergies gâte ses actionnaires

Alors que les automobilistes en France subissent une hausse marquée des prix des carburants en raison des tensions au Moyen-Orient, TotalEnergies a annoncé le 28 septembre une augmentation annuelle de 5% de son dividende jusqu'en 2030. Cette décision ravive le débat sur les superprofits pétroliers, à quelques jours de la présentation du budget 2027 et à l'approche de l'élection présidentielle.
Hausse du dividende face à l'envolée des prix des carburants
Lors de sa journée dédiée aux investisseurs à New York, TotalEnergies a annoncé une stratégie financière avantageuse pour ses actionnaires. Le conseil d'administration a décidé d'une politique de dividende avec une augmentation de plus de 5% par an de 2026 à 2030, selon le communiqué officiel. Cette politique repose sur une croissance prévue de la production de pétrole et de gaz de plus de 3% par an entre 2025 et 2030.
TotalEnergies prévoit également d'augmenter son free cash-flow d'environ 10 milliards de dollars entre 2025 et 2030, à prix constant, ce qui équivaut à plus de 4 dollars par action. Pour Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, cela reflète la solidité financière du groupe et sa capacité à rémunérer durablement ses actionnaires.
Au deuxième trimestre 2026, TotalEnergies a doublé son bénéfice net par rapport à l'année précédente, atteignant 5,4 milliards de dollars. Cette augmentation est due à la fermeture du détroit d'Ormuz et à des tensions au Moyen-Orient qui ont fait grimper les prix du pétrole et du gaz. L'action TotalEnergies a progressé de 45% depuis le début de 2026, montrant l'enthousiasme des investisseurs. Selon Barclays, TotalEnergies se distingue par sa forte croissance du flux de trésorerie disponible.
Le contraste est frappant. Tandis que TotalEnergies célèbre ses profits, les automobilistes français voient leur budget carburant exploser avec des prix à des niveaux records, réduisant le pouvoir d'achat des ménages. Pour une famille parcourant 15 000 kilomètres par an, la facture a augmenté de plusieurs centaines d'euros.
L'enrichissement des actionnaires en question
En plus du dividende, TotalEnergies a augmenté son programme de rachats d'actions pour le quatrième trimestre 2026 à 2,5 milliards de dollars, contre 1,5 milliard précédemment. Cette stratégie soutient le cours de l'action en réduisant le nombre de titres en circulation, bénéficiant mécaniquement aux actionnaires.
TotalEnergies s'engage à distribuer au moins 40% de son cash-flow aux actionnaires, combinant dividendes et rachats d'actions, ce qui contraste avec les appels à la modération. L'analyse de Boursorama indique que le groupe parie sur la durabilité des prix élevés des hydrocarbures. Patrick Pouyanné défend cette stratégie en affirmant que les résultats sont le fruit de la gestion et des investissements passés, bien que la hausse des profits soit liée à la crise géopolitique. Sans la fermeture du détroit d'Ormuz, ces bénéfices n'auraient pas atteint de tels sommets.
Budget 2027 : le débat sur les superprofits refait surface
L'annonce de TotalEnergies complique la tâche du gouvernement. Jean-Luc Mélenchon, de La France insoumise, a demandé en mai que le groupe contribue davantage, proposant même de bloquer les marges des raffineurs pour protéger les consommateurs. Les écologistes ont proposé une loi pour permettre à l'État d'entrer au capital de TotalEnergies et d'accélérer sa transition énergétique, ce qui résonne dans une opinion publique exaspérée par les prix des carburants.
Roland Lescure, ministre de l'Économie, résiste à l'idée d'une taxe sur les compagnies pétrolières, isolant la France au sein de l'Union européenne où six pays, dont l'Allemagne, ont adopté de telles mesures. Le gouvernement craint que cela pousse TotalEnergies à délocaliser ou réduire ses investissements en France.
La stratégie de TotalEnergies vise une croissance de la production d'hydrocarbures de plus de 3% par an jusqu'en 2030, tandis que l'électricité ne représentera que 20% du mix énergétique à cet horizon. Dans un contexte où la dette française inquiète, le gouvernement doit arbitrer entre attractivité du territoire et équité fiscale.
