Tourisme : le boycott de Trump par les Canadiens coûte cher aux USA

Le tourisme américain vacille alors que des millions de voyageurs canadiens revoient leurs plans, motivés par un boycott inédit lié aux tensions politiques avec Donald Trump. Tandis que les pertes s’accumulent, les États-Unis voient se fissurer l’un de leurs marchés les plus précieux, au moment où l’industrie comptait sur une reprise vigoureuse.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 14 novembre 2025 8h01
Las Vegas Etats Unis
Tourisme : le boycott de Trump par les Canadiens coûte cher aux USA - © Economie Matin
5 MILLIARDS $Le secteur du tourisme pourrait perdre plus de 5 milliards de dollars à cause de TRump

Depuis le début de l’année 2025, les relations Canada–États-Unis se tendent, et cela affecte directement le tourisme, avec une chute spectaculaire des déplacements vers le sud. Cette contraction, observée mois après mois, s’inscrit dans un contexte où les voyageurs canadiens dénoncent ouvertement la politique commerciale et migratoire de Donald Trump, attribuant à cette orientation un motif clair de boycott. Le mouvement, désormais structuré, entraîne une crise sans précédent pour les professionnels américains.

Pourquoi le Canada boycotte les États-Unis, et comment Trump a rallumé l’incendie

Le tourisme transfrontalier entre le Canada et les Etats-Unis marquait déjà un ralentissement lorsque les premières mesures tarifaires imposées par Donald Trump ont intensifié les tensions, alimentant un mécontentement profond au Canada. De nombreux voyageurs ont interprété ces décisions comme une attaque directe contre leur économie, ce qui a contribué à structurer un véritable mouvement de boycott. Ainsi, les mois se sont succédé avec, selon les données officielles citées par le New York Times, une baisse de 24 % des voyages par avion et de plus de 30 % des déplacements routiers en octobre 2025. Pour beaucoup, la dimension politique est devenue aussi importante que la dimension économique. «

Le tourisme souffre également de l’effet domino provoqué par l’« affaire des frontières », une série de resserrements migratoires décidés par la présidence américaine. Selon le Washington Post, de nombreux Canadiens se sentent stigmatisés par ces procédures, ce qui renforce le sentiment d’injustice et amplifie le choix du boycott. Pour une partie de la population, voyager aux États-Unis reviendrait à cautionner une vision politique contestée. Cette dimension morale, ajoutée aux tensions commerciales nourries par Trump, explique en grande partie la désertion massive observée aux postes frontaliers.

Un effondrement du tourisme canadien qui frappe l’économie des États-Unis

Le recul du tourisme canadien est continu. Selon Business Insider, avril 2025 a été le mois le plus brutal avec une chute de 35 % des retours routiers. L’été n’a pas inversé la tendance : le Guardian rapporte un effondrement de 36,9 % des retours par voiture en juillet et de 25,8 % des retours par avion. D’après un rapport de la U.S. Travel Association, les Canadiens avaient pourtant dépensé 20,5 milliards $US en 2024, finançant près de 140 000 emplois. La contraction massive de ces flux entraîne donc des pertes concrètes dans des secteurs entiers où les marges reposaient historiquement sur ce marché fidèle.

Les répercussions économiques du tourisme sont d’autant plus sévères que les Canadiens constituent le premier contingent de visiteurs internationaux. Les projections citées par Economic Times prévoient une chute de 3,2 % des dépenses touristiques internationales en 2025, correspondant à environ 5,7 milliards de dollars de manque à gagner, soit plus de 5,2 milliards d’euros. Dans certaines régions, l’impact est encore plus sévère : l’Associated Press indique que Las Vegas a perdu jusqu’à 62 % d’arrivées canadiennes dans certains aéroports en juin 2025, ce qui représente une perte stratégique pour un État qui vit essentiellement de l’afflux de touristes dans ses casinos.

Un marché touristique américain en quête de solutions

Face à la chute du tourisme, plusieurs États américains multiplient les campagnes de séduction destinées au Canada, cherchant à sauver une saison déjà compromise. Pourtant, malgré ces efforts, les réservations ne repartent pas. Le Washington Post rapportait même en avril que certaines agences canadiennes constataient « zéro » nouvelle réservation vers les États-Unis depuis février.

Ce phénomène, rarissime, est renforcé par un discours politique qui reste, malgré les appels à l’apaisement, marqué par les orientations du président Trump. Les restrictions migratoires, les taxes punitives et la rhétorique frontale continuent de nourrir les tensions, freinant toute reprise solide du tourisme transfrontalier.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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