Le travail dissimulé atteint en 2025 un niveau de redressement inédit, avec 1,503 milliard d’euros récupérés par l’URSSAF. Derrière ce chiffre record, le bilan 2025 révèle une intensification des contrôles, un ciblage affiné grâce aux données et une stratégie globale contre la fraude qui redessine le paysage du droit du travail.
Travail dissimulé : 1,5 milliard d’euros redressé en 2025, un record

Travail dissimulé : des redressements record et un ciblage plus efficace
En 2025, le travail dissimulé a donné lieu à 1,5 milliard d’euros de redressements (hors dossiers exceptionnels), un montant record, annonce l'URSSAF. Au sein de ce pactole, 1.041 millions d’euros correspondent à des cotisations et contributions non déclarées, tandis que 462 millions d’euros relèvent de sanctions et de remises en cause d’exonérations.
Cependant, au-delà du montant global, c’est la dynamique qui retient l’attention. Sur la période 2023-2027, l’objectif fixé dans la Convention d’objectifs et de gestion atteint 5,5 milliards d’euros pour le travail dissimulé, alors même que 4,3 milliards d’euros ont déjà été enregistrés sur les trois premières années. Par conséquent, le rythme annuel de redressement apparaît environ deux fois supérieur à celui observé sur la période précédente. Cette montée en puissance traduit un changement d’échelle dans la lutte contre le travail dissimulé, tant en matière de ciblage que de professionnalisation des équipes.
Travail dissimulé et fraude : 38.108 actions, des secteurs sous pression et un recouvrement complexe
En 2025, 38.108 actions de lutte contre le travail dissimulé ont été engagées par l'URSSAF. Parmi elles, 7.665 actions ciblées ont été menées, dont 4.896 auprès d’employeurs et 2.769 auprès de travailleurs indépendants. À cela s’ajoutent 770 exploitations de procès-verbaux transmis par des partenaires comme la police ou l’inspection du travail, ainsi que 28.577 actions de prévention. Ainsi, près de 75% des interventions relèvent d’une logique pédagogique et préventive, ce qui montre que le travail dissimulé est traité autant en amont qu’en aval.
Surtout, 84,5% des actions ciblées ont abouti à un redressement. Plus de 90% des sommes redressées proviennent d’interventions auprès d’entreprises employeurs. Les secteurs les plus exposés au travail dissimulé restent le BTP, les services aux entreprises et le commerce. Or, le recouvrement effectif des créances demeure un défi. En 2025, près de 150 millions d’euros ont été recouvrés dans le cadre de la lutte contre la fraude, dont environ 100 millions d’euros directement liés au travail dissimulé. Toutefois, les fraudeurs organisent fréquemment leur insolvabilité ou cessent leur activité avant la mise en recouvrement, ce qui complique le processus.
Le datamining, un allié précieux dans la lutte contre le travail dissimulé
Le travail dissimulé ne se limite plus à la simple dissimulation d’heures ou d’emplois. Il englobe désormais la dissimulation d’activité indépendante, la fausse sous-traitance assimilable à du salariat déguisé, ainsi que certaines fraudes à la mobilité internationale. Dans ce contexte, le devoir de vigilance des donneurs d’ordre, notamment pour les contrats supérieurs à 5.000 euros hors taxes, constitue un levier clé contre le travail dissimulé. En 2025, 11 millions de demandes d’attestations de compte à jour ont été traitées, selon l’Urssaf, ce qui illustre l’importance de la sous-traitance dans la prévention de la fraude.
Parallèlement, la lutte contre le travail dissimulé s’inscrit dans un cadre plus large de lutte contre toutes les formes de fraude. Depuis 2023, plus de 25.000 situations potentiellement frauduleuses hors travail dissimulé ont été identifiées. Le recours au datamining, c’est-à-dire à l’analyse massive de données, permet désormais de croiser des centaines de critères pour détecter des profils à risque. En outre, les coopérations avec la police, la gendarmerie, l’Office central de lutte contre le travail illégal et les services fiscaux renforcent la capacité d’enquête de l'URSSAF. Enfin, un projet de loi relatif à la lutte contre les fraudes sociales et fiscales, en cours d’examen parlementaire, prévoit notamment la création d’une « flagrance sociale », l’extension de la solidarité financière en cas de sous-traitance en cascade et la taxation des revenus illicites, ce qui pourrait encore durcir l’arsenal contre le travail dissimulé.
