Tourisme : comment Trump a fait fuir des millions de voyageurs

Le tourisme aux États-Unis vacille, et ce n’est pas un mystère. En exigeant des voyageurs un accès élargi à leur vie privée numérique, l’administration Trump a transformé une formalité de voyage en épreuve de confiance. Résultat prévisible : le tourisme recule, les annulations s’enchaînent et les voyageurs choisissent d’aller ailleurs. What did you expect ?

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 29 janvier 2026 8h08
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Tourisme : comment Trump a fait fuir des millions de voyageurs - © Economie Matin
34%34 % des voyageurs internationaux interrogés se disent moins enclins à visiter les USA

Fin janvier 2026, l’administration américaine confirme son intention de modifier les règles de l’ESTA. Officiellement, il s’agit de renforcer la sécurité. Concrètement, les touristes souhaitant se rendre aux États-Unis devraient fournir des informations détaillées sur leurs réseaux sociaux, leurs contacts et leurs communications passées. Le tourisme devient alors un arbitrage simple : voyager… ou renoncer à sa vie privée.

Tourisme et réseaux sociaux : quand la frontière devient intrusive

Le tourisme international repose sur une promesse implicite : franchir une frontière sans se sentir suspect par défaut. Or, la réforme envisagée de l’ESTA rompt cet équilibre. Les voyageurs issus de 42 pays du programme d’exemption de visa seraient invités à déclarer leurs comptes de réseaux sociaux utilisés au cours des cinq dernières années, ainsi que diverses informations personnelles complémentaires. Certes, l’administration Trump invoque la sécurité nationale. Cependant, dans les faits, le tourisme se heurte à une demande jugée disproportionnée par de nombreux voyageurs.

Car enfin, à quoi s’attendait-on ? À ce que des millions de touristes acceptent docilement de livrer leur historique numérique pour un simple voyage de loisirs ? Selon une enquête menée pour le World Travel & Tourism Council, 34 % des voyageurs internationaux interrogés se disent moins enclins à visiter les USA si ces règles entrent en vigueur, relaye The Business Travel Magazine. Le tourisme est un choix, pas une obligation, et les alternatives ne manquent pas.

D’autant que la défiance vis-à-vis des réseaux sociaux est déjà forte. Les scandales liés à la protection des données ont laissé des traces. Et l’administration Trump a de plus en plus de relents d’autoritarisme. Dans ce contexte, demander un accès indirect à la vie numérique des visiteurs revient à dresser un panneau dissuasif à l’entrée du pays.

Le tourisme en chute libre aux Etats-Unis à cause de Donald Trump

Les conséquences économiques des décisions de l’administration Trump ne se sont pas fait attendre. Selon les projections du WTTC, la mise en œuvre de ces nouvelles règles pourrait entraîner une baisse de 23,7 % des arrivées internationales depuis les pays concernés dès 2026. Cela représenterait environ 4,7 millions de visiteurs en moins. Pour le tourisme américain, l’addition est salée, mais elle était largement prévisible.

Côté dépenses, l’organisation estime la perte potentielle à 15,7 milliards de dollars, soit environ 14,7 milliards d’euros, selon CNN. Un manque à gagner colossal pour un secteur qui tente encore de se remettre des chocs successifs des dernières années. La présidente du WTTC, Gloria Guevara, résume la situation sans détour : « Il y a tellement de destinations possibles, les voyageurs soumis à l’ESTA choisiront une autre option », relaye CNN. Le tourisme mondial est concurrentiel. Face à une contrainte supplémentaire, le voyageur arbitre rapidement. Et souvent, il arbitre ailleurs.

Les régimes sécuritaires n’attirent pas les voyageurs

Du point de vue politique, la logique de l’administration Trump est constante. Sécurité maximale, filtrage renforcé, contrôle accru. Donald Trump l’a d’ailleurs rappelé : « Nous voulons la sécurité, nous voulons être sûrs de ne pas laisser entrer les mauvaises personnes », selon Sky News. Le message est clair. Mais appliqué au tourisme, il produit un effet mécanique.

Les touristes, ce sont des individus, des familles, des voyageurs d’affaires ou de loisirs, qui comparent, hésitent et décident. En France, les premiers signaux sont déjà visibles. Selon Le Monde, le nombre de visiteurs français aux États-Unis a reculé de 7 % en 2025. Les tour-opérateurs évoquent même une baisse de 15 % de leur clientèle vers les USA, tandis que les réservations pour l’été 2026 accusent un retard de 30 %.

À l’échelle globale, la tendance est tout aussi parlante. Les arrivées internationales aux États-Unis ont reculé de 5,4 % en 2025, alors que le tourisme mondial progressait de 4 %. Autrement dit, le problème n’est pas le voyage en général. C’est bien la destination USA, perçue comme plus complexe, plus dangereuse, et plus intrusive.

En fin de compte, fallait-il vraiment s’étonner ? En plaçant l’accès aux réseaux sociaux au cœur de la procédure ESTA, l’administration Trump a transformé un voyage en déclaration de transparence forcée. Face à ce choix, les touristes ont répondu de la manière la plus rationnelle possible : « Non ».

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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