Ukraine : comment Kiev structure son commerce international d’armes

L’Ukraine s’apprête à franchir un seuil inédit. En pleine guerre, Kiev prévoit d’ouvrir dix centres d’exportation d’armes en Europe dès 2026. Une stratégie industrielle assumée, qui pose une question sensible : un pays exportateur d’armement peut-il encore justifier un soutien financier massif de l’Union européenne ?

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By Adélaïde Motte Published on 9 février 2026 11h59
Ukraine Kiev Commerce International Armes
Ukraine : comment Kiev structure son commerce international d’armes - © Economie Matin

Le 8 février 2026, Volodymyr Zelensky officialise une décision lourde de conséquences. L’Ukraine va structurer l’exportation de son armement via dix centres implantés en Europe. Cette annonce intervient alors que le pays continue de bénéficier d’un soutien financier et militaire exceptionnel de l’Union européenne, posant un débat inédit sur la cohérence de ce modèle.

Ukraine : dix centres d’export d’armes pour structurer une offre européenne

L’Ukraine prévoit d’ouvrir dix centres d’export d’armes en Europe d’ici la fin de l’année 2026. Ces structures seront implantées principalement dans les États baltes et dans le nord de l’Europe, selon une déclaration de Volodymyr Zelensky. Leur rôle sera de centraliser, encadrer et accélérer la commercialisation de matériels militaires ukrainiens à destination de partenaires étrangers.

Ces centres ne sont pas présentés comme de simples vitrines commerciales. Ils doivent aussi servir d’interfaces logistiques, juridiques et industrielles. L’objectif est d’inscrire durablement l’Ukraine sur le marché international de l’armement, avec des procédures compatibles avec les standards européens. Volodymyr Zelensky a précisé que seules des capacités non critiques pour l’armée ukrainienne seraient proposées à l’export.

La montée en puissance de ces centres s’inscrit dans un calendrier précis. L’Ukraine anticipe une phase de déploiement progressif dès 2026, avec des capacités opérationnelles complètes avant la fin de l’année. Cette structuration vise à éviter des exportations ponctuelles et à installer une logique industrielle de long terme, à rebours de l’image d’une économie uniquement tournée vers l’effort de guerre immédiat.

Une industrie d’armement testée au combat et désormais exportable

L’argument central de l’Ukraine repose sur l’expérience opérationnelle de ses équipements. Kiev met en avant des systèmes « testés sur le champ de bataille », un atout commercial majeur dans un secteur où la crédibilité opérationnelle conditionne souvent les ventes. Cette rhétorique vise à positionner l’Ukraine comme un fournisseur crédible face aux industriels occidentaux établis.

Cette ambition se traduit par des investissements industriels hors du territoire national. Dès mi-février 2026, une ligne de production de drones ukrainiens doit entrer en service en Allemagne. Volodymyr Zelensky a confirmé qu’il recevrait le premier exemplaire issu de cette chaîne. Des capacités de production existent également au Royaume-Uni, illustrant une stratégie de délocalisation partielle.

L’exportation d’armes est présentée comme un outil de financement. Les autorités ukrainiennes expliquent que les revenus générés serviront à soutenir la recherche, le développement et l’acquisition de nouvelles capacités militaires. Cette logique vise également à attirer des capitaux étrangers et à intégrer l’industrie ukrainienne de défense dans les chaînes de valeur européennes.

Exporter des armes tout en recevant des aides massives de l’UE

Cette montée en puissance industrielle intervient alors que l’Ukraine reste largement dépendante de l’aide européenne. Depuis le début du conflit, l’Union européenne finance directement le budget ukrainien, soutient son effort militaire et prend en charge une partie de sa reconstruction. Dans ce contexte, l’exportation d’armes par l’Ukraine introduit une nouvelle complexité économique. Selon les données officielles du Conseil de l’Union européenne, l’ensemble de l’assistance fournie par l’UE et ses États membres depuis le début de l’invasion russe dépasse 193,3 milliards d’euros. Ce montant inclut l’aide financière, économique, humanitaire, militaire et le soutien aux réfugiés déplacés à l’intérieur de l’UE.

L’Ukraine insiste sur la notion de surplus exportable. Les exportations concerneront uniquement des équipements dont Kiev ne manque pas pour sa défense nationale. Toutefois, la coexistence entre aide publique européenne et recettes commerciales issues de l’armement pose une question de principe : à partir de quel seuil un pays exportateur peut-il continuer à bénéficier d’un soutien financier exceptionnel ?

Cette évolution pourrait, à terme, nourrir des débats au sein des États membres. L’ouverture de bureaux d’exportation à Berlin et à Copenhague montre que cette stratégie est déjà intégrée dans les capitales européennes. Elle souligne aussi le basculement progressif de l’Ukraine d’un statut de bénéficiaire vers celui d’acteur du commerce international de l’armement.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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