Plan de paix de Trump : l’Europe marginalisée, les marchés s’inquiètent

Alors que Donald Trump et Vladimir Poutine peaufinent un plan de paix en Ukraine sans consultation de Bruxelles, l’Union européenne redoute de voir ses intérêts économiques et stratégiques sacrifiés. Si Washington cherche à imposer un nouvel équilibre mondial, c’est bien l’Europe qui pourrait payer le prix d’une paix dictée par d’autres.

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By Rédaction Published on 21 novembre 2025 10h31
Plan Paix Trump Ukraine
Plan de paix de Trump : l’Europe marginalisée, les marchés s’inquiètent - © Economie Matin
40L’Union européenne est le premier partenaire commercial de l’Ukraine, avec 40 % de ses échanges extérieurs.

Depuis le 19 novembre 2025, un projet de plan de paix en Ukraine, voulu par Donald Trump et rédigé par l’émissaire américain Steve Witkoff en lien avec Moscou, circule discrètement entre chancelleries. Révélé par Euractiv, il prévoit que Kiev cède des territoires au Kremlin et réduise ses capacités militaires. Pourtant, « les Européens n’ont pas été consultés », a confirmé la Haute représentante Kaja Kallas, ajoutant : « Pour qu’un plan fonctionne, il faut que les Ukrainiens et les Européens y adhèrent ». Ce désaveu diplomatique inquiète Bruxelles : la paix, si elle est obtenue au prix d’une déstabilisation des marchés énergétiques et d’une perte d’influence stratégique, pourrait coûter cher au continent.

Bruxelles tenue à distance d’une paix américano-russe

Les négociations du plan Trump-Poutine se sont déroulées dans le plus grand secret, à Washington, Doha et Istanbul. Selon Le Point, l’administration Trump et la Russie ont rédigé un document en 28 points « orienté en faveur de Moscou », prévoyant la reconnaissance de la Crimée et du Donbass comme territoires russes et la neutralisation de l’armée ukrainienne. Mais pour l’Europe, c’est moins la géopolitique que la méthode qui choque : la décision de discuter de la paix sans l’Union européenne. À Bruxelles, plusieurs responsables estiment que cette mise à l’écart mine l’unité transatlantique et marginalise les efforts de médiation menés depuis 2022.

« L’Europe est le principal soutien de l’Ukraine, tant sur le plan financier que militaire », a rappelé le ministre polonais des Affaires étrangères Radosław Sikorski. Selon l’Institut de Kiel, les États membres de l’UE ont déjà consacré plus de 88 milliards d’euros à l’aide militaire et humanitaire à Kiev depuis le début de la guerre. Pour les capitales européennes, être exclues d’un accord sur la paix revient donc à en subir les conséquences sans en maîtriser les termes.

Cette inquiétude est partagée par plusieurs diplomates. Le ministre danois Lars Løkke Rasmussen a souligné que « le soutien général à ce plan restait incertain », précisant qu’il fallait d’abord « déterminer si ce sont réellement les grands acteurs qui sont à l’origine de ce plan ». L’Europe redoute un scénario où Washington et Moscou scelleraient une entente bilatérale au détriment de son équilibre énergétique et de ses échanges commerciaux.

Les marchés européens face au risque d’une paix instable

Derrière la promesse d’une paix rapide, les économistes européens voient un risque majeur pour les marchés. Selon Les Échos, la perspective d’une levée partielle des sanctions américaines sur la Russie pourrait « déstabiliser la politique énergétique européenne », alors que le continent a investi plus de 210 milliards d’euros dans la diversification de ses approvisionnements depuis 2022. La possible réouverture du commerce énergétique avec Moscou, encouragée par Washington, fragiliserait les contrats signés par les États membres avec la Norvège, le Qatar ou les États-Unis pour compenser le gaz russe.

De plus, le plan de Donald Trump inclurait, selon Le Point, des clauses restreignant les exportations d’armes européennes vers l’Ukraine et limitant la taille de son armée. Ces dispositions inquiètent les industriels de la défense, déjà touchés par la baisse de la demande. En France, l’action de Thales a reculé de 3,2 % à l’ouverture de la Bourse le 20 novembre, tandis que Rheinmetall a perdu 2,7 % à Francfort. Pour le politologue britannique John Lough, du Chatham House, « ce plan n’a aucune chance d’être appliqué », mais il « envoie déjà un signal néfaste aux investisseurs européens, qui craignent un gel prolongé des contrats de reconstruction ».

Enfin, la question du coût de la paix préoccupe Bruxelles : si Kiev devait céder 15 % de son territoire, comme le prévoit la version divulguée du document, le plan de reconstruction européen de 50 milliards d’euros serait à renégocier, avec des incertitudes sur la gestion des zones annexées.

Une paix qui redessine l’ordre économique européen

En coulisse, les chancelleries européennes redoutent qu’une paix imposée par Washington et Moscou ne marque la fin du leadership économique européen sur l’Ukraine. D’après Euractiv, « l’Europe exige d’être impliquée dans ces décisions », car sa sécurité — mais aussi ses intérêts industriels — dépendront de l’issue du conflit. Le ministre français de l’Europe, Jean-Noël Barrot, l’a résumé sans ambiguïté dans Le Point : « Nous voulons la paix, les Ukrainiens veulent la paix, une paix juste qui respecte la souveraineté de chacun […], mais la paix, ça ne peut pas être la capitulation ».

Au-delà de la morale politique, cette mise en garde traduit un enjeu économique. L’Union européenne est le premier partenaire commercial de l’Ukraine, avec 40 % de ses échanges extérieurs. En cas d’accord unilatéral piloté par Washington, Bruxelles pourrait voir son rôle dans la reconstruction marginalisé au profit d’entreprises américaines ou russes. Selon Les Échos, les milieux financiers de Francfort et Paris craignent une « diplomatie du deal » à l’américaine : Washington proposerait d’alléger les sanctions contre Moscou en échange de contrats énergétiques et d’investissements massifs, notamment dans le secteur pétrolier.

Enfin, certains experts redoutent que le plan de Donald Trump ne vienne fissurer le marché unique européen en matière d’énergie. Une levée partielle des sanctions sur les hydrocarbures russes créerait une concurrence inégale entre États membres encore dépendants du gaz russe (comme la Hongrie ou la Slovaquie) et ceux qui ont engagé des efforts de transition coûteux. Comme le souligne Euractiv, « la sécurité de l’Europe sera renforcée ou affaiblie en fonction de l’issue de cette guerre ».

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