Usine Volvo de Gand : comment la Belgique entend assurer sa compétitivité ?

La Belgique investit 119 millions d’euros dans l’usine Volvo de Gand pour préserver 6 300 emplois et permettre au groupe chinois Geely de contourner les droits de douane européens. L’accord transforme le site en plateforme de production multimarques, repositionnant la Belgique dans la compétition automobile mondiale face à l’offensive des constructeurs asiatiques.

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By Nicolas Egon Last modified on 21 juillet 2026 14h22
Usine Volvo de Gand : comment la Belgique entend assurer sa compétitivité ?
Usine Volvo de Gand : comment la Belgique entend assurer sa compétitivité ? - © Economie Matin
119 millions d'euros La Belgique investit 119 millions d'euros dans l'usine Volvo de Gand pour préserver 6 300 emplois

La Belgique débloque 119 millions d'euros pour sécuriser l'avenir de l'usine Volvo de Gand, dernier bastion automobile du pays. Cet investissement public massif vise à préserver 6 300 emplois directs tout en permettant au groupe chinois Geely, propriétaire de Volvo, de transformer le site en plateforme de production multimarques. Une stratégie économique qui répond directement aux droits de douane européens imposés sur les véhicules électriques fabriqués en Chine.

Un investissement public majeur : 119 millions d'euros pour sauvegarder un fleuron industriel

L'accord signé entre Volvo, l'État belge et la Région flamande marque un tournant dans la politique industrielle du pays. Pour la première fois de son histoire, le gouvernement belge accorde une aide financière de cette ampleur au constructeur suédois, présent à Gand depuis 1965 pour l'automobile et 1975 pour les poids lourds. L'usine flamande représente le plus grand employeur du secteur automobile belge , avec un écosystème de sous-traitants dépendant directement de son activité.

Les chiffres de l'accord : ventilation budgétaire et engagements

Les 119 millions d'euros promettent de financer plusieurs axes stratégiques : modernisation des infrastructures de production, développement de l'expertise en assemblage de batteries électriques, et initiatives écologiques alignées sur les objectifs climatiques européens. L'usine a produit 212 177 véhicules en 2025, incluant les modèles électriques EX30, EX40, EC40 et V60. Le ministre-président flamand Matthias Diependaele justifie l'intervention publique en affirmant que « Volvo Cars fait partie intégrante du tissu industriel flamand depuis des décennies. En créant les conditions propices à de nouveaux investissements, nous définissons un avenir industriel solide au site de Gand et à l'ensemble de l'écosystème automobile qui l'entoure. »

Quel ROI pour les finances publiques belges ?

Les paramètres sur investissement attendu reposent sur plusieurs économies. Tout d'abord, la préservation de 6 300 emplois directs générant des recettes fiscales estimées à environ 35 millions d'euros annuels en cotisations sociales et impôts sur le revenu. Deuxièmement, le maintien de l'activité évitant les dépenses de chômage qui aurait atteint 180 millions d'euros sur cinq ans, dans un contexte où la Flandre compte déjà 219 637 chômeurs, en hausse de 3% sur un an . Troisièmement, l'écosystème de sous-traitants représente un multiplicateur économique évalué à 2,5 fois l'activité directe. L'aide publique pourrait ainsi s'autofinancer en quatre à cinq ans, selon les projections des autorités flamandes.

Gand, plateforme stratégique : la nouvelle économie de la production multimarques

L'accord ouvre la possibilité d'accueillir d'autres marques du groupe Geely sur les lignes de production gantoises. Zeekr, Lynk & Co, voire la marque mère Geely elle-même, pourraient bénéficier des infrastructures existantes. Cette mutualisation industrielle rappelle les stratégies de rationalisation liées à l'aéronautique , où les chaînes de production s'adaptent aux contraintes géopolitiques et tarifaires.

Contourner les droits de douane : la stratégie économique de Geely

L'Union européenne a instauré des droits compensateurs sur les véhicules électriques importés de Chine, augmentant leur coût de 15 à 38% selon les modèles. Pour Geely, produire en Belgique supprime cette pénalité tout en conservant l'accès au marché européen de 450 millions de consommateurs. La localisation de la production transforme les barrières tarifaires en avantage compétitif , un paradoxe économique que d'autres constructeurs chinois, comme BYD ou MG, envisagent également. Les économies logistiques s'ajoutent aux bénéfices fiscaux : produisent localement des délais de livraison de six semaines à dix jours réduits et diminuent l'empreinte carbone du transport maritime.

Transformation de l'usine : de producteur Volvo à hub européen Geely

Gand dispose déjà d'une expertise reconnue en assemblage de batteries et en production de véhicules électriques, compétences rares en Europe. L'infrastructure actuelle peut absorber plusieurs lignes de production sans investissements majeurs supplémentaires. Si le scénario multimarques se concrétise, l'usine belge deviendrait la principale base industrielle européenne de Geely, dépassant les capacités combinées des sites suédois de Torslanda et chinois de Luqiao. Les synergies industrielles permettrontient d'augmenter les volumes de 212 177 unités actuelles à 350 000 véhicules annuels d'ici 2028, selon les estimations sectorielles.

Implications macroéconomiques : La Belgique face à la compétition automobile mondiale

L'accord illustre les tensions entre souveraineté industrielle européenne et dépendance envers les capitaux asiatiques. Comme dans le secteur technologique, la concentration des actifs stratégiques entre quelques mains pose des questions de résilience économique . La Belgique mise sur l'attractivité fiscale et les compétences locales pour maintenir son rang industriel, mais accepte implicitement de devenir une plateforme d'assemblage pour un groupe étranger.

Dépendance économique et risques de concentration

Gand concentre désormais la totalité de la production automobile belge, situation unique en Europe occidentale. La disparition progressive des autres sites industriels (Opel Anvers fermé en 2010, Ford Genk en 2014) amplifie la vulnérabilité régionale. Si Geely décide de réorienter sa stratégie vers d'autres pays européens offrant des conditions plus avantageuses, la Flandre perdrait son dernier pilier automobile. Les 119 millions d'euros constituant ainsi une assurance à court terme, mais ne garantissent pas la pérennité à horizon 2035, quand les règles européennes sur les véhicules thermiques changeront totalement la donne industrielle.

L'effet domino : implications pour l'écosystème de sous-traitants

Au-delà des emplois directs, environ 15 000 postes en Belgique dépendent de l'activité de Gand via les fournisseurs de pièces, les prestataires logistiques et les services associés. L'ouverture aux marques chinoises modifiera les cahiers des charges techniques et pourrait favoriser l'intégration de composants asiatiques au détriment des sous-traitants européens. Les équipementiers belges devront adapter leurs processus de production aux normes Geely, investissement évalué entre 200 et 300 millions d'euros pour l'ensemble de la filière. Le risque existe que certains acteurs locaux ne puissent suivre ce rythme, créant une consolidation du secteur favorable aux grands groupes internationaux.

Ce qu'il faut retenir : L'investissement public de 119 millions d'euros sécurise à court terme l'emploi industriel flamand tout en facilitant l'implantation européenne de Geely. Le pari économique repose sur la capacité de Gand à devenir un hub multimarques rentable, mais expose la Belgique aux décisions stratégiques d'un groupe chinois. L'avenir va si cette alliance public-privé transfrontalière crée un modèle reproductible ou accélère la dépendance industrielle européenne.

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