Dans la veille stratégique, les femmes au cœur de l’adoption de l’IA générative

Paradoxe dans la veille stratégique : les femmes y occupent une position centrale tout en utilisant des technologies d’IA développées majoritairement par des hommes. Cette articulation génère des dynamiques singulières dans l’adoption technologique.

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By Arnaud Marquant Published on 19 mars 2026 4h00
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Dans la veille stratégique, les femmes au cœur de l’adoption de l’IA générative - © Economie Matin
2000 MILLIARDS $D'ici 2030, le marché de l'intelligence artificielle devrait représenter près de 2000 milliards de dollars

De plus en plus technique, le métier de la veille stratégique s’appuie sur l’IA afin de mener à bien ses missions. Un paradoxe s’y dessine : les femmes y occupent une position centrale et y utilisent des technologies développées et soutenues par des hommes. Avec quels effets ?

La journée internationale du droit des femmes offre l’occasion d’aborder l’un des paradoxes actuellement observé dans le secteur de la veille stratégique. D’un côté, il est de notoriété publique que les métiers de l’intelligence artificielle, parce que liés à la technologie et à l’ingénierie, restent très majoritairement masculins. De l’autre, les métiers de la veille stratégique sont, pour des raisons historiques, largement féminisés. Ainsi, la veille présente une forme de singularité. Une population professionnelle essentiellement féminine y utilise des modèles conçus et entraînés essentiellement par des hommes : dans quelle mesure cette articulation peut-elle contribuer à améliorer les processus de veille au sein des organisations ?

Une adoption technologique encore structurellement masculine

Les données les plus récentes le confirment : l’intelligence artificielle demeure un territoire majoritairement masculin. Les travaux de l’Unesco sur l’IA et l’égalité de genre soulignent la sous-représentation persistante des femmes dans les filières STEM (sciences, technologie, engineering, mathématiques) et dans les métiers liés à la conception des systèmes algorithmiques. À l’échelle mondiale, les femmes représentent moins d’un tiers des professionnels de l’IA. La Commission européenne observe la même tendance dans son Tableau de bord numérique, tout comme en France la Banque publique d’investissement .

La presse économique française a récemment relayé plusieurs enquêtes montrant que les femmes utilisent les outils d’IA générative sensiblement moins que les hommes, avec des écarts pouvant atteindre 20 à 25 % selon les panels étudiés. Quatre effets scientifiques permettent d’éclairer ce phénomène.

  • L’effet de capital numérique : les hommes sont historiquement plus présents dans les filières techniques.
  • L’effet de socialisation : les travaux en sociologie du genre montrent que les femmes déclarent plus fréquemment attendre un cadre institutionnel ou une validation organisationnelle avant d’adopter un nouvel outil technologique.
  • L’effet d’exposition professionnelle : l’IA générative se diffuse d’abord dans les métiers techniques et de la data, secteurs encore largement masculinisés.
  • L’effet de perception du risque : plusieurs études indiquent que les femmes manifestent une vigilance accrue concernant la confidentialité, la fiabilité des sources ou les implications juridiques.

La veille stratégique : un déplacement discret du pouvoir technologique

C’est ici que le secteur de la veille stratégique présente une dynamique singulière. Historiquement issu des métiers de la documentation et de la gestion de l’information, il demeure largement féminisé, y compris dans des postes à responsabilité. Or ce sont précisément ces professionnelles qui se trouvent désormais en prise avec l’intégration de l’IA générative dans les organisations.

Nous pouvons ici formuler l’hypothèse d’une hybridation qui, à terme, pourrait se révéler vertueuse. Car les éditeurs de veille qui intègrent actuellement l’IA générative au cœur de leurs solutions le font en lien étroit avec leurs clients. Afin d’ajuster leurs pilotes (les POC, ou Proof of Concept), les équipes R&D échangent avec les professionnels de la veille, donc majoritairement avec des femmes. Une diversité de points de vue peut ainsi s’exprimer à la source, enrichissant des modèles le plus souvent déployés par des ingénieurs hommes. Cette dimension est loin d’être anodine. Articulant des modèles « masculins » avec des usages « féminins », l’hybridation actuelle devrait permettre à terme de rendre les systèmes de veille à la fois plus robustes, plus équitables et en capacité de répondre aux besoins réels de la veille stratégique.

Elle démontrera également au passage combien l’être humain, loin d’être sous la coupe de l’IA générative, la précède au contraire, tordant le cou au mythe du remplacement de l’être humain par la machine…

Amarquant

Directeur des opérations KB Crawl

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