La mairie de Rome s’apprête à renverser une règle qui semblait presque intangible, un signe fort non seulement de son approche de la mobilité urbaine mais aussi de sa relation avec les automobilistes et, plus largement, avec le bon sens politique.
ZFE : Rome veut interdire aussi les voitures électriques !

Jusqu’à aujourd’hui, comme dans la plupart des grandes villes italiennes, les voitures 100 % électriques circulaient librement dans les Zones à Trafic Limité (ZTL), l’équivalent des ZFE françaises à quelques détails près, du centre historique sans avoir à payer d’autorisation, et pouvaient même se garer gratuitement sur les « strisce blu » sous réserve d’enregistrement préalable : l’objectif affiché de ce système avait été conçu pour encourager la transition vers des véhicules propres tout en réduisant les entrées de voitures polluantes dans les quartiers historiques.
Mais le nouveau projet de la Ville, porté par le conseiller à la Mobilité Eugenio Patanè, propose de faire payer 1 000 euros par an aux voitures électriques non-résidentes qui souhaitent accéder à la ZTL, en remplacement du libre accès gratuit qui prévalait jusqu’à présent pour ces véhicules zéro émission, explique Il Corriere della Sera ce 12 février 2026. Dans la logique municipale, ce permis onéreux s’ajoute à une révision du statut des hybrides « mild hybrid », qui perdront eux aussi leur gratuité pour le stationnement dans les zones payantes, au nom de la réduction des flux de trafic privé dans le cœur urbain.
Il y a trop de voitures électriques à Rome !
L’argument officiel mérite d’être cité : selon la mairie, l’augmentation du nombre de véhicules électriques en circulation a massivement gonflé les autorisations d’accès à la ZTL, au point de menacer la fluidité du trafic et la disponibilité de places de stationnement, même sans émissions locales. Il s’agit donc — dans le raisonnement de l’administration — de « réguler la mobilité urbaine tout en protégeant la vivabilité du centre historique ».
Ce qui va changer, en termes concrets, est pourtant déroutant. Une voiture électrique, qui fonctionne sans combustion, qui ne participe pas directement à la pollution atmosphérique locale et qui jusqu’ici bénéficiait d’un accès privilégié, se voit désormais assimilée — pour l’accès au centre — à une voiture thermique classique dès lors qu’elle n’est pas immatriculée dans Rome : il faudra passer à la caisse, ou tourner autour des remparts. On peut certes comprendre l’urgence de décongestionner, mais transformer un instrument de transition écologique en prélèvement quasi fiscal à l’entrée de la ville ressemble à une régression politique plus qu’à une avancée environnementale.
La ZFE comme arme anti-voitures… toutes motorisations confondues
Tout le monde n’est pas dupe : cette mesure confond allègrement régulation des flux et taxation punitive, sans lien évident avec la qualité de l’air ou les objectifs climatiques ; elle contraint des conducteurs qui ont justement investi dans une mobilité propre à contribuer — littéralement — au budget municipal. Elle fait d’une zone qui devrait être un espace prioritairement piétonnier ou cyclable un simple produit d’appel tarifaire. Difficile de ne pas y voir une charge idéologique déguisée en politique urbaine, un pas supplémentaire vers une ville où l’automobile n’est plus invitée, mais surtaxée dans des proportions qui rappellent davantage une taxe d’entrée touristique que la gestion pragmatique d’un centre urbain historique.
Si l’on ajoute à ce projet l’introduction récente d’une limitation généralisée à 30 km/h dans la ZTL historique — une mesure qui s’inscrit elle aussi dans une logique de « calme urbain » mais qui s’ajoute encore aux contraintes imposées aux véhicules privés — la cohérence de l’ensemble commence à ressembler à une gestion hypertrophiée du contrôle du trafic, où chaque avancée écologique devient prétexte à une nouvelle règle contraignante plutôt qu’à une simplification intelligente de la mobilité.
Dans un climat politique déjà tendu autour des politiques urbaines, cette réforme risque de faire vibrer le clivage entre les tenants d’une écologie punitive et ceux qui appellent à une transition raisonnée du transport. Rome, ville millénaire, pourrait bien devenir un cas d’école de la façon dont une ville choisit de gouverner. Reste à savoir si la mairie ira jusqu'à l'absurde ou si elle trouvera un peu de raison.
