Divine surprise et victoire finale

3 %
Le taux de chômage aux Etats-Unis a été revu à la hausse de 3%.

Les chiffres de l'emploi américain de mai ont bien sûr fait « chaud au cœur » du marché. Il n'empêche que les temps devant restent challenging pour l'économie américaine. A ce titre, l'attention va rester centrée sur la politique économique. Si la Fed ne doit pas annoncer cette semaine de nouvelles mesures, elle reste prête à agir si nécessaire. Un nouveau plan budgétaire de soutien à l'activité reste aussi du domaine du possible.

Les chiffres de l'emploi américain de mai, publiés vendredi, ont été une sacrée surprise. Ils ont été salués par les marchés, avec des hausses d'indices boursiers supérieures à 3% en clôture en Europe et de respectivement 2,6% et 3,2% pour les indices américains S&P 500 et Dow Jones. Alors, que s'est-il passé ? 2,5 millions nouveaux postes de travail ont été créés ; le consensus des économistes tablait sur 7,5 millions détruits. Le taux de chômage a baissé de 14,7% à 13,3% ; les attentes étaient à une hausse à 19%. L'erreur est évidemment colossale. Elle s'explique avant tout par le caractère exceptionnel des évènements en cours. On ne sait pas bien penser le déroulé d'un choc, qui n'est ni cyclique, ni sectoriel, ni financier, mais sanitaireLe mix formé par la séquence confinement – dé-confinement, qui plus est différencié selon les endroits du pays, et par l'ampleur des mesures de soutien apporté sont très certainement à l'origine de la confusion. Une partie des contrats de travail, mis entre parenthèses en avril, a été réenclenchée en mai. La réouverture de l'économie et les initiatives publiques prises l'ont permis. 
 
Notons au passage que tout le monde « perd un peu son latin » dans ce moment si particulierLe Bureau des statistiques du travail reconnait une erreur dans les réponses apportées en ce qui concerne le statut des salariés. Une partie de ceux ne pouvant plus travailler à cause de l'épidémie ne s'est pas déclarée comme étant au chômage, mais plutôt comme employée et n'allant pas au travail. Corrigé de ces réponses erronées, le taux de chômage serait supérieur de quelque 3 points. 
 
Plus fondamentalement, les perspectives du marché américain du travail vont dépendre à la fois de la réponse de l'économie à la sortie de la crise sanitaire et à l'efficacité des mesures de soutien. Les deux points sont évidemment liés. Pointons un élément de calendrier ; il est d'importance. Le Paycheck Protection Program, qui lie financement aux entreprises et maintien de l'emploi, prévu pour 8 semaines, est sensé s'arrêter aujourd'hui. Quant au Federal Pandemic Unemployment Compensation, sa date de péremption est à fin juillet. 
 
Comment ne pas considérer qu'une « divine surprise » ne fasse pas gagner une guerre ! Les temps devant vont rester très challenging pour l'économie américaine
 
Au-delà de ces chiffres de l'emploi et du message qu'ils envoient sur le profil de l'activité l'économie outre-Atlantique, il est intéressant de s'arrêter un instant sur un nouvel indicateur proposé par la Fed de New York. Le Weekly Economic Index a comme ambition de proposer sur une base hebdomadaire (en fait deux fois par semaine, avec des mises à jour le mardi et le jeudi) une évolution « en temps réel » du PIB sur un an. Eh bien, peu de progrès ont été réalisés de la mi-avril à la fin mai. La baisse se poursuit à un rythme compris entre -10% et -10,5%. Les progrès sont encore à venir ! 
 

 
Passons à la politique économique. L'idée d'un deuxième plan de relance fait son chemin. On se souvient que début avril une première initiative, d'un montant un peu inférieur à 3000 milliards d'USD, avait été votée par le Congrès et ratifié par la Maison Blanche. Plus récemment, la Chambre des représentants, à majorité démocrate, proposait une deuxième « tranche » d'une ampleur comparable. Les Républicains du Congrès n'étaient pas très « chauds » pour apporter ne serait-ce qu'un soutien critique. En fin de semaine dernière, mais avant la parution des chiffres de l'emploi de mai, le Président Trump a proposé de nouvelles mesures à hauteur de 1000 milliards de dollars. Si tant est qu'il reste sur la même ligne, on pourrait imaginer qu'un compromis apparaisse autour de ce calibrage et avec un contenu qui privilégierait le soutien aux collectivités territoriales, aux PMEs et à l'emploi. A suivre donc. 
 
 
Du côté de la politique monétaire, la Fed réunit son comité de politique monétaire. Les résultats des délibérations seront connus mercredi soir (heure d'Europe continentale). Sans doute, ne faut-il pas s'attendre à des annonces fortes. On sera attentif à quatre points : 
 

Les perspectives économiques dressées : un prudent optimisme devrait dominer ; 

La forward guidance (guidage prospectif) : sera-t-elle précisée avec soit des éléments de calendrier, soit des cibles en matière de chômage et d'inflation ? Peut-être ; 

Les prévisions : elles ne devraient pas être très différentes du consensus 

La trajectoire attendue du taux des fonds fédéraux : sans doute pas de hausse d'ici à fin 2022. 

 
Passons à la politique, juste pour noter qu'il faut suivre les programmes économiques des deux candidats. Pour ce qui est du secteur de la Tech, tant Biden que Trump veulent durcir la réglementation (contrôle des contenus et lutte contre des positions dominantes), accentuer le découplage avec la Chine et en matière de fiscalité le seul Biden veut qu'un plancher soit instauré. Attention alors aux implications sur le parcours boursier du secteur ! 
 


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Hervé Goulletquer

Hervé Goulletquer est stratégiste de la Direction de la gestion de La Banque Postale Asset Management depuis 2014. Ses champs d’expertises couvrent l’économie mondiale, les marchés de capitaux et l’arbitrage entre classe d’actifs. Il produit une recherche quotidienne et hebdomadaire, et communique sur ces thèmes auprès des investisseurs français et internationaux.

Après des débuts chez Framatome, il a effectué toute sa carrière dans le secteur financier. Il était en dernier poste responsable mondial de la recherche marchés du Crédit Agricole CIB, où il gérait et animait un réseau d’une trentaine d’économistes et de stratégistes situés à Londres, Paris, New York, Hong Kong et Tokyo.

Il est titulaire d’une maîtrise d’économétrie, d’un DEA de conjoncture et politique économique et diplômé de l’Institut d’Administration des Entreprises de Paris.