Les clés de la stabilisation et de l'union monétaires

868,9 MILLIARDS €
Il y a 868,9 milliards d'euros en circulation.

Dans l’ensemble des monnaies aujourd’hui en usage dans le monde, il y a le sous-groupe des monnaies légales. Leur principe est fort simple. Sur un espace géographique où une monnaie a cours légal, aucun paiement ne peut être refusé au motif qu’il est fait dans cette monnaie, quelle que soient ses défauts.

De plus sur le même espace géographique, national ou multinational, les paiements des prélèvements obligatoires ainsi que celui des salaires ne peuvent être effectués que dans cette monnaie.

Monnaies légales, cryptomonnaies, étude de cas

Dès lors, il devient inévitable et nécessaire que la monnaie légale soit, pour l’espace où elle est instaurée l’unité de compte la plus employée pour valoriser des stocks et des flux de valeur d’échange marchand. Les cryptomonnaies, telles que par exemple le bitcoin, n’y changeront rien, d’autant plus que leur tolérance ne pourra jamais être inscrite dans le marbre du laisser-faire intelligent, entre autres raisons parce qu’une cryptomonnaie qui deviendrait une monnaie légale cesserait sur le champ d’être une cryptomonnaie, à savoir celle dont on cache (crypto) qu’elle est privée alors que la présence dans le système des poids et mesures d’une unité monétaire légale répond à une nécessité publique d’organisation générale des échanges marchands et des transferts de leurs termes.

Les mines dubitatives et les mains crochues que les cryptomonnaies attirent sont révélatrices d’un grand désarroi monétaire, lui-même révélateur d’une profonde crise de la pensée économique qui a eu pour conséquence de fermer les autorités et l’opinion publiques à l’étude de cas que voici. 1) Soit deux zones monétaires, A et B, chacune étant composée d’une seule nation ou de plusieurs – comme dans le cas de l’euro – et ayant sa propre monnaie à cours légal, appelée A pour l’une et B pour l’autre. 2) Il se trouve que les mêmes cinq points forts de politique économique, voir ci-après, sont en vigueur dans les deux zones A et B. 3) Qu’en résulte-t-il quant à l’évolution des taux de change entre les monnaies A et B ?

Premier point fort

Avoir lié la croissance premièrement aux placements directs en capital social constitue un point fort de politique économique. La référence aux placements non intermédiés en capital social rend cette orientation collective si précise qu’elle rompt avec tout un complexe de désirs et de raisonnements qui constellent les doctrines de la croissance économique aujourd’hui les plus en vue.

Ce complexe repousse jusqu’à présent l’idée que la salubrité systémique des placements directs en capital (dont ceux des propriétaires d’entreprise en nom personnel dans leur propre affaire) est nettement plus élevée que celle des financements par crédit de toute origine et durée. Je reviendrai sur ce premier point fort dans mon prochain article.

Deuxième point fort

Avoir lié la croissance deuxièmement au respect de deux règles de gestion du prélèvement public constitue un point fort de politique économique. L’une de ces règles a trait aux charges publiques : une augmentation de ces charges durablement plus forte que celle du total des revenus franchit un seuil à partir duquel leur poids devient une cause de croissance insuffisante des échanges marchands. L’autre de ces règles a trait aux investissements publics : partout les assimilations d’investissements à des charges sont fautives ; en finances publiques et en raisonnement macroéconomique, elles sont massivement fautives.

Dans la deuxième partie de mon Précis d’économie objective, la problématique de ces deux règles de gestion générale des finances publiques est abordée à propos de l’emploi. Son analyse est complétée dans la troisième partie. Je reviendrai aussi sur le deuxième point fort dans mon prochain article.

Troisième point fort

Avoir instauré le plein échange salarial est un point fort de politique économique. D’une part, le principe même des parts patronales qui ont pour assiette du salaire est une fiction dommageable. D’autre part, l’étatisation des sécurités économiques (maladies, accidents, chômage, retraites) crée des pieuvres bureaucratiques qui étendent l’emprise de l’administration publique sur la société, ce moyennant une autre fiction, elle aussi hautement ravageuse : les affectations de recettes à des dépenses.

Le mode le plus accompli de plein échange salarial est celui dans lequel il n’y a plus aucun salaire indirect, mais où c’est sur le compte en banque de l’individu qui perçoit une rémunération du travail que sont prélevées les primes d’assurance et des cotisations à des régimes de sécurisation par transfert. Dans ce mode, le lien entre le coût d’une prestation et l’étendue de cette prestation redonne à la mutualisation son honnêteté foncière. J’en dirai davantage sur le troisième point fort, puis sur les deux suivants, dans mes autres articles sur la politique économique.

Quatrième point fort

Avoir institutionnellement remis le réglage de la répartition du revenu total du travail à la subjectivité collective est un point fort de politique économique. La problématique réelle du revenu total du travail fait partie de ce dont détourne le complexe de désirs et de raisonnements, ci-dessus évoqué à propos du premier point fort.

Beaucoup de gens se déclarent disposés à reconnaître que, quoi qu’on fasse, nation par nation les rémunérations du travail les plus hautes réduisent le niveau moyen des rémunérations du travail qui leur sont inférieures. En revanche, il y a encore de nos jours des milieux qui s’arcboutent au déni de cette réalité. Dans un éditorial titré Les sept leçons de Carlos Ghosn (Les Echos du 31 juillet), Nicolas Barré écrit : « Le choix de la bonne personne est crucial et c’est pourquoi les polémiques sur la rémunération n’ont aucun sens ». La première de ces assertions est incontestable, sans toutefois impliquer (« et c’est pourquoi ») le refus d’admettre que les revenus nationaux du travail, qui sont le produit d’une multitude de compétences, font l’objet d’une répartition en rémunérations individuelles du travail, celles des cadres supérieurs comprises.

Cinquième point fort

L’administration de la concurrence axée sur la levée des entraves à l’égalisation des rentabilités de même appartenance est un point fort de politique économique. En vue de commenter ce cinquième point dans un article à venir, je viens de vérifier l’argumentation produite dans l’avant-dernier chapitre de la partie science économique. Cette argumentation commence par un lien qui renvoie à la définition du concept crucial de rentabilité directe de même appartenance.

Comme une entreprise en tant qu’entité juridique est moins vulnérable si en son sein les rentabilités de même appartenance, ou rentabilités comparables, sont sans cesse rapprochées, l’économie d’une nation et d’une zone monétaire est moins vulnérable si les rentabilités des entreprises juridiquement constituées sont sans cesse ramenées vers leur moyenne nationale.

La volatilité des taux de change réduite par les pleins échanges marchands

Il y a tout lieu de s’attendre à ce que les taux de change entre les monnaies légales A, B, etc. varient d’autant plus lentement qu’au sein des zones monétaires A, B, etc. les cinq points forts sont établis. Notons qu’il en résulte ce que doivent avoir, ou finir par avoir, de semblable les politiques économiques des nations qui ont opté pour une monnaie commune, comme dans la zone euro. Cette dernière deviendra économiquement aussi stable et apte à la croissance que ses promoteurs l’ont espéré si seulement elle se tourne vers la pratique, par chaque nation, des trois pleins échanges marchands que mentionne le paragraphe suivant.

Dans les cinq points forts, trois concernent cette pratique. Le moteur primordial de croissance que constituent les placements directs en capital social ne fonctionne à plein régime que moyennant le plein échange actionnarial (proposition 6.5). L’abrogation des cotisations patronales – la fiche de paie vérité promue par Jacques Bichot – instaure le plein échange salarial (Economie Matin du 7 septembre). La concurrence réductrice des inégalités de rentabilité de même appartenance conduit au plus près du plein échange final, celui qui a pour échangistes les entreprises et leurs clients, y compris par-dessus les frontières. Le vide consécutif à la suspension des accords de Bretton Woods à partir de 1971 a été un appel d’air à la guerre économique via des manipulations monétaires, avec les fléaux sociaux et écologiques que cela implique. Une mondialisation plus pacifique poindra lorsque dans les institutions internationales commencera à prévaloir le désir des trois pleins échanges marchands, sous contrainte de charges publiques qui ne soient plus du tout cofinancées par de l’emprunt – les nouvelles dettes souveraines n’étant plus alors contractées que pour financer des investissements publics.


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Dominique Michaut

Dominique Michaut a été directeur des études du Centre consulaire de formation de Metz puis conseiller de gestion, principalement auprès d’entreprises. Depuis 2014, il administre le site L’économie demain, dédié à la publication d’un précis d’économie objective (préface de Jacques Bichot).